L’héliophore (Années 70)

L’inventeur de l’héliophore :

Louis Dufay, né en 1874 en Franche-Comté et mort en 1936, inventa dès le début du XXe siècle un procédé de photographie couleur, le Dioptichrome, puis de cinéma couleur, le Dufaycolor exploité en Angleterre, et enfin un étonnant procédé d’impression, l’Héliophore. Dans les années 30 Louis Dufay revint à Besançon pour se consacrer à sa passion : la collection de papillons. C’est en observant le chatoiement des ailes de Morphos, ces papillons bleu d’Amérique du sud, qu’il chercha à reproduire leur irisation sur une feuille d’Aluminium. L’Héliophore était né. Ce procédé restera dans la famille de Dufay, et traversera le siècle à travers de multiples utilisations, notamment des couvertures de disques et de livres.

L’héliophore est un système d’animation visuel de plaques de couleur métallisées qui exploite le renvoi des lumières incidentes par une trame de 24 lignes par millimètre orientées selon des angles variés pour réaliser d’étonnants effets spatiaux avec le déplacement du support ou des sources lumineuses. Les plaques ou feuilles Héliophores sont réalisées au moyen d’une technique entre industrie et artisanat. Un complexe de feuilles d’aluminium coloré collées sur une couche de cire et contrecollées sur carton sont estampées grâce à des matrices de plastique gravées à la main par des dessinateurs. Les feuilles sont assez fragiles mais peuvent être imprimées et façonnées. Elles furent utilisées dans la réalisation d’images décoratives ou publicitaires, dans le conditionnement de disques, de livres et de toutes sortes d’objets dans les années 70.

Voir sur Vimeo : Louis Dufay, La Couleur et l’Héliophore

Pour en savoir plus sur l’Héliophore

Voir sur YouTube : « Hélio Studio » par Ed Wood

Les disques : « Prospective 21e Siècle » : (1967-77)

Collection « Prospective 21e Siècle » chez Philips

La collection créée par Philips en 1967 dirigée par François Bayle et Pierre Henry, était dédiée à la musique électroacoustique et avant-gardiste. Pendant son existence assez courte, de nombreux disques furent produits uniquement en tirage limité. L’abstraction évocatrice de chaque motif fait allusion à un futur élémentaire, mystérieux, parfait pour la musique qu’il présage. Le designer des pochettes n’est pas crédité et reste à ce jour inconnu. On remarquera notamment sur ses couvertures irisées, l’étonnant Procédé Héliophore qui permet de graver des motifs sur des feuilles d’aluminium provoquant des effets optiques. Quelques pressages ultérieurs ont remplacé la feuille avec de l’encre grise standard. Bien que la série soit française, il existe des éditions de certains titres qui ont été publiés aux Pays-Bas, en Angleterre, en Espagne et au Japon.

Les livres : « Ailleurs & Demain » : (1969-91)

Ailleurs et demain : Sorties 1976

Ce design futuriste a été à la même époque utilisé pour promouvoir la collection de littérature de science-fiction « Ailleurs & Demain », aux éditions Robert Laffont, qui est dirigée depuis sa création en 1969 par l’écrivain de Science Fiction Gérard Klein. Ce dernier l’évoque sous son pseudo Gilles d’Argyre sur le forum de BDFI en 2009 :

« Je dois beaucoup au procédé Héliophore que j’ai dû découvrir vers 1965 au moyen des jaquettes des disques Philips Prospective 21° siècle, une des plus belles collections de musique contemporaine que je connaisse et dont j’espère avoir la série complète. Que les artisans et les artistes qui l’ont créée en soient ici remerciés. Pour moi, ce n’est jamais passé de mode. Du reste, après avoir utilisé ces couvertures pour Ailleurs et demain de 1969 à 1991, puis avoir cessé pour des raisons de coût, nous avons recommencé à les employer depuis le début 2009, au départ pour un volume, pour le quarantième anniversaire de la collection. Puis, nous avons continué. Je ne sais pas ou plus quelle est l’économie du procédé. J’espère que nous pourrons persévérer. Mais je voudrais encore une fois rendre hommage à un procédé qui, après avoir génialement illustré une grande collection de disques, a non moins génialement illustré une collection de science-fiction dont j’espère que mes efforts l’ont portée à la même hauteur. Quant aux variantes et variations, elles résultent de la disposition des feuilles, parfois tête-bêche, et elles démontrent en tout cas qu’un tel procédé, bien choisi et bien utilisé, est sans égal. (…)

Il est normal qu’on retrouve les mêmes thèmes en alu, en or et éventuellement en cuivre. Il y avait même une version bleue que je n’ai jamais utilisée. En effet, Héliophore ne disposait que d’un catalogue limité de thèmes correspondant à des matrices, et dont la plupart faisaient boite de chocolat. je choisissais donc les meilleures à mon goût en essayant parfois de les faire correspondre au thème général du livre. Entreprise subtile. Il a pu arriver que certaines feuilles aient été présentées à l’envers, ce qui expliquerait des différences subtiles. Chaque feuille permettait deux couvertures. L’avantage du procédé, c’était qu’il était possible d’utiliser un stock jusqu’à la dernière feuille, au risque, fréquemment couru, d’avoir plusieurs illustrations pour un même titre. Personne ne s’en est jamais plaint et cela fait aujourd’hui la joie (ou le désespoir) des collectionneurs obsessionnels. Mais les collectionneurs de timbre connaissent bien ça. (…) 

La machine qui produisait les planches Heliophore gravait l’aluminium et contrecollait le carton en même temps. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir plusieurs modèles pour une même feuille. En revanche, elles ont pu être livrées vierges pour repiquage à l’éditeur. Il est alors possible, si l’imposition l’autorise, que certaines feuilles aient été positionnées « tête en bas » dans la machine, auquel cas certaines séries de couvertures pourraient être différentes. Ce n’est pas de l’alu « à emballer le poisson ». Je comprends l’analogie, mais il faut rendre justice à ceux qui ont fait vivre ces œuvres. C’est de la haute technologie d’artisanat. Savez-vous que chaque motif était gravé à la main la première fois dans une matrice en plastique par une seule personne ? J’ai vu travailler cet artiste, qui faisait aussi bien les motifs géométriques que les paysages… Et puis petit à petit, les gens se sont lassés, c’est passé de mode… »

Bien évidemment, le contenu de ces livres est lui aussi superbe :

Robert Silverberg – Les monades urbaines
R.A.Lafferty – Autobiographie d’une machine Ktistèque
Philip Jose Farmer – Le fleuve de l’éternité
Philip K. Dick – Coulez mes larmes dit le policier
Philip K. Dick – Ubik

Image d’illustration en tête d’article : « L’Enfer », du réalisateur Henri-Georges Clouzot (1964).

Une réflexion sur « L’héliophore (Années 70) »

  1. L’héliophore que j’ai découvert en 1954 et que j’ai représenté en 1962/1963 a été ma passion partagée avec Enrico Campagnola, sculpteur et peintre, collaborateur de Louis Dufay . Ce procédé que j’ai présenté a Eric Duvivier qui l’a à son tour conseillé a Henri-Georges Clouzot pour son film inachevé « L’enfer ». J’ai fait don au musée du cinéma de la visionneuse d’origine qui permet l’utilisation des disques promotionnels.

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