Livre & Film – La soupe aux choux (1981)

Le livre : 

René Fallet est un écrivain parfois très « rabelaisien » qui, en son temps (1927-83), irritait les petites habitudes bourgeoises en brossant de sa plume le portrait de personnages hauts en couleurs. Mais les anti-héros citadins ou campagnards qu’il décrivait, notamment dans La Soupe aux choux, étaient beaucoup plus profonds qu’en apparence. Fallet dans sa vie privée fréquentait Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré, chanteurs et humanistes bons vivants. La soupe aux choux est une satire sociale, où l’auteur soulève les problématiques de son époque (qui sont toujours valables aujourd’hui), notamment la disparition des petites professions humbles pour faire la place à une société de consommation déshumanisée allant de pair avec l’émergence de centres commerciaux zombifiés et de parcs d’attractions de plus en plus débiles. Le Glaude et le Cicisse n’acceptent pas de s’adapter au monde moderne de « l’expansion économique » et de l’hygiénisme (autant sanitaire qu’alimentaire) et de ce fait, deviennent d’authentiques résistants. L’extra-terrestre dans cette histoire, est au départ à l’opposé de ce sympathique duo d’originaux éthylisés et flatulents mais il finira par les embarquer avec eux, pour prêcher la bonne parole de la soupe aux choux, du « ch’ti canon » et de l’amitié à sa civilisation, qu’il sauvera ainsi de la déprime.

La soupe aux choux – René Fallet (1980)

L’histoire : 

Deux vieux paysans, deux amis, le Cicisse Chérasse et le Glaude Ratinier, achèvent modestement leur existence aux confins d’un village bourbonnais en voie de disparition. Une nuit, une soucoupe volante se pose dans le champ de Glaude. Un extra-terrestre en sort, que le Glaude appellera « la Denrée ». La Denrée vit dans un austère astéroïde où les notions de superflu sont inconnues. L’absorption d’une assiettée de soupe aux choux va plonger le voyageur interstellaire dans un tout autre monde, celui du plaisir de vivre, celui aussi de l’amitié. Et ce sera la révolution sur sa planète. Quant au Cicisse et au Glaude, ils éviterons l’hospice grâce à leur copain la Denrée!

Extraits du livre de René Fallet : 

« La soupe aux choux mon Blaise, ça parfume jusqu’au trognon, ça fait du bien partout où qu’elle passe dans les boyaux. Ça tient au corps, ça vous fait même des gentillesses dans la tête. Tu veux qu’t’y dise : ça rend meilleur. » 

« Malgré ou grâce à leur régime de bec salé, les deux voisins se portaient comme les veaux dans les prés et ne connaissaient que de vue le docteur de Jaligny, pour l’avoir rencontré au marché de cet aimable chef-lieu de canton. S’ils ressentaient parfois une aigreur d’estomac, ils s’accordaient pour en accuser la qualité du pain, qui n’était plus celle qu’ils avaient connue. Ils s’étaient de même entendus pour serrer dans leur cave voûtée un tonneau de vin différent, ce qui variait leur menu et leur permettait de froncer malignement un sourcil pour qu’en tiquât des deux le propriétaire du nanan. Le Glaude se fournissait auprès du marchand de vins de Vaumas, le Bombé honorait de sa pratique celui de Sorbier. »

« Ils fumaient, sans soupçonner que des crabes cancérigènes étaient tapis au fond de leur paquet de gris. Ils roulaient leurs cigarettes, les allumaient avec des briquets qu’ils emplissaient de mélange pour vélomoteur. »

« Malgré leurs apparences bourrues, ils se souciaient fort de leurs santés respectives. La mort de l’un aurait signé celle de l’autre, le survivant étant assuré de périr de mélancolie dans les mois qui suivraient. On ne trinque pas tout seul. On boit sans amitié, sans rien, comme une vache, et ça, ça oui, c’est mauvais, si mauvais qu’il n’y a même pas plus mauvais au corps. Si le Bombé toussait, le Glaude s’alarmait. »

« Ma pauvre défunte, expliquait Le Glaude, elle buvait point, elle fumait point, n’empêche qu’elle est en terre bien enfoncée. C’est toutes les pastilles, les sirops, les drogues du pharmacien qui me l’ont ratiboisée. Elle s’en est fourré des kilos dans le coco, de leurs denrées. Des pleines lessiveuses. Résultat: le pré carré ! »

Le film : 

Même si le Film, sorti en 1981 et réalisé par Jean Girault, reprend de nombreux dialogues du livre de Fallet, il est franchement plus burlesque et délirant, l’ouvrage étant plutôt plutôt une ode poignante à la France rurale en voie de disparition d’après la Seconde guerre mondiale. Les acteurs principaux sont Louis de Funès (Le Glaude), Jean Carmet (Le Bombé ou Cicisse) et Jacques Villeret (La Denrée). C’est l’avant dernier film de Louis de Funès qui décèdera un an plus tard à l’âge de 68 ans.

Voir sur YouTube :  « La Soupe aux choux (1981) – Bande-annonce » par CineComedies Bandes-annonces

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