Album – Eagles – On The Border (1974)

Ce groupe californien archétypal des années 70 s’est formé avec des musiciens qui ont vécu les meilleurs moments de la West Coast, avec Poco (Randy Meisner) ou les Flying Burrito Bros (Bernie Leadon). Ils doivent leur réputation au soin extrême qu’ils apportent à toutes leurs productions ainsi qu’à la sophistication de leur musique.

La formation du groupe :

En 1971, le guitariste/chanteur Glenn Frey, le batteur/chanteur Don Henley, le guitariste/chanteur Bernie Leadon et le bassiste/chanteur Randy Meisner forment les Eagles. L’idée initiale vient de Frey à qui David Geffen avait conseillé de former un groupe qui jouerait pour Linda Ronstadt pendant sa tournée. L’œil tourné vers son futur groupe, il s’approche de Henley qui devient le batteur. Avec l’aide de John Boylan (le producteur de Ronstadt), Frey attire Leadon et Meisner, deux autres membres du groupe de la tournée. En 1971, ils jouent ensemble pour la première fois à Disneyland, soutenant Ronstadt. Ils jouent si bien que rapidement, ils se retrouvent dans les bureaux de Geffen pour signer un contrat et faire leur propre disque.

Geffen les rattache au célèbre producteur Glyn Johns pour enregistrer leur premier album Eagles (1972), qui est réalisé à Londres en moins de trois semaines. Johns les guide vers le son country-rock qui les rendit célèbre avec les tubes “Take It Easy”, “Peaceful Easy Feeling” et “Witchy Woman”.

“On the Border” ou Le passage de la Country Rock au Pop Rock :

Leur premier disque a d’ailleurs aidé à lancer le boom du country-rock des années 70, mais c’est à partir de leur troisième album que les Eagles mettent l’accent sur la partie “rock” de leur son.

Dans un interview de l’époque, le batteur des Eagles, Don Henley soulignait d’ailleurs: “Faire notre premier album avec Glyn Johns a été un coup de génie du groupe au complet. Surtout de sa part d’ailleurs. Parce qu’il était un producteur solide face à aux difficultés posées par le réalisation d’un premier album. Il a réussi à dire: «Hé, Henley, allez-y, Frey, faites ceci, et même si vous ne savez pas où cela mène, croyez-moi, essayez, c’est pour le mieux.» Il nous a vraiment aidés à faire ces deux albums.”

Les cessions d’enregistrement du troisième disque en mars 1974, se sont avérées plus problématiques. Après avoir enregistré une paire de chansons avec Johns (dont “Best of My Love” qui allait  devenir un énorme tube), le groupe l’a viré et a engagé Bill Szymczyk parce que, comme Henley l’a dit plus tard au magasine rock Crawdaddy, Glyn pensait que nous étions un groupe country rock et semi-acoustique, et chaque fois que nous voulions faire du rock’n’roll, “il aurait pu citer mille groupes britanniques qui pouvaient le faire mieux”.

“Je déteste quand les gens nous qualifient de groupe country-rock parce qu’ils adorent cette musique”, se plaint d’ailleurs le guitariste Glenn Frey dans une interview pour Phonograph Record. “Nous pouvons faire n’importe quoi! Nous pouvons faire du rock and roll, nous pouvons faire de la musique country,  n’importe quoi d’autre.”

L’arrivée de Don Felder : 

Quelles que soient les véritables raisons de la scission, les choses se sont calmées une fois que le groupe a rejoint Szymczyk, et le niveau du groupe s’est encore amélioré après l’arrivée d’un nouveau guitariste, Don Felder, qui est resté dans le groupe après avoir joué sur un solo de slide guitare sur “Good Day in Hell”. (Note explicative: La Slide guitare est une méthode particulière pour jouer de la guitare. Au lieu d’appuyer la corde sur les frètes, un objet appelé «slide» est placé dessus pour faire varier sa longueur donc sa vibration. Ce slide être déplacée le long de la corde sans la soulever (d’où le nom), créant ainsi des transitions lissées et permettant un vibrato large et expressif.)

“J’ai été un fan de Don Felder pendant environ un an et demi !» dit Frey enthousiaste pendant l’entretient avec Crawdaddy” Depuis que je l’ai entendu jouer à Boston une nuit. Je l’ai vu à un concert sur L.A. et je lui a demandé s’il était d’accord pour jouer un solo de slide guitare sur «Good Day in Hell», et à chaque prise, il nous a tous soufflé. S’il n’est pas Duane Allman réincarné, je ne sais pas qui il est. Je me sens mieux que jamais depuis qu’il nous a rejoint. On est meilleurs sur scène maintenant.”

“La chose importante à retenir avec ce groupe est que le tout est plus grand que la somme de ses parties”, déclarait un jour Don Henley au Hit Parader. «Le groupe Eagles et ce que nous avons créé est plus grand que nous cinq ensemble. C’est dur quand cinq gars veulent tout faire. Vous voyez, il n’y a pas de leader dans les Eagles, parce que tout le monde est égocentrique. X peut être leader pour une journée avant que quelqu’un se lève et dise «F..k-you.» C’est parfois dur, mais c’est ce qui nous permet de rester bon.”

L’album : 

“On The Border”: Les paroles ont été écrites au plus fort du scandale du Watergate et de la mise en accusation du président Richard Nixon. Elle évoquait l’inquiétude des gens sur le gouvernement américain qui dépassait les bornes en ce qui concerne les questions de vie privée.

«Good Day in Hell» fut le petit hommage de Glenn à Danny Whitten et Gram Parsons. C’est aussi notre opinion sur les dangers de l’industrie de la musique et le mode de vie qui va souvent de pair avec elle.

Sur des chansons comme “Already Gone”, “James Dean” et “Good Day in Hell”, les Eagles ont un son plus rock & roll. Bien que Glenn Frey ait été fasciné par le nouveau mouvement «country rock», et bien qu’il n’oublie jamais ses racines Motown, son premier amour a été le rock & roll. Peut-être grâce à l’influence de son ami et mentor, Bob Seger.

Glenn Frey est mort le 19 janvier 2016 à l’âge de 67 ans.

Discographie après On The Border :

One Of These Nights (1975) : Le deuxième meilleur album du groupe. Dernier album avec Bernie Leadon.

Hotel California (1976) : Leur grand tube, évidemment. Et aussi la présence de Joe Walsh, venu d’un groupe du Midwest, le James Gang. Une musique taillée pour le plaisir, reflet de l’hédonisme californien. Un des 10 meilleurs disques de Soft Rock. Le titre éponyme est superbe mais je préfère “New Kids in Town”.

The Long Run (1979) : Le groupe s’est séparé de Randy Meisner et l’a remplacé par Timothy B. Schmit. Un autre album monumental avec “I can’t tell you why” et le splendide “King of Hollywood”.

Eagles Live (1980) : Double album contenant les meilleurs tubes. Tout est bon sauf peut-être le son de l’enregistrement qui ne restera pas dans les annales des audiophiles…Le groupe se sépare en juillet 1980.

Hell Freezes Over (1994) : Le groupe se reforme 14 ans plus tard. C’est un album live contenant quelques nouveaux titres enregistrés en studio (Get Over It, Love Will Keep Us Alive).

Long Road Out Of Eden (2007) : Un double album correct mais sans plus.

Voir sur YouTube : “THE EAGLES (LIVE 1977) “Best Of My Love” – RUSS TERRY CHANNEL” par Russ Terry ; “Eagles – I can’t tell you why (original video)” par Reposter (Dailymotion) ; “hotel california video oficial” par domenico catauro

Billet d’humeur – La revente de pièces en métaux précieux

J’ai écrit cet article en septembre 2012 mais il est toujours d’actualité. 

Entre 2008 et 2012, comme un grand nombre de mes concitoyens, j’ai acheté des euros en métaux précieux dès leur sortie, soit à la Poste directement au guichet, soit à la Monnaie de Paris en payant par internet.

J’en ai pris pour un total de 1105 euros : 255 euros en argent : 2 pièces de 5 euros, 3 de 10, une de 15, 2 de 25, une de 50 et enfin, une de 100 euros. 850 euros en or : une pièce de 250 euros, quatre pièces de 100 euros et une pièce de 200 euros.

Comme j’ai pu le constater à chaque fois, l’opération de vente coordonnée par la poste et MDP a eu beaucoup de succès auprès du public.

Je suis vendeur occasionnel sur ebay et, las de voir que certaines de ces pièces d’euros en argent n’avaient gagné aucune valeur intrinsèque ou numismatique depuis leur date de sortie, j’ai décidé d’en mettre huit à la vente avec un prix de réserve raisonnable (120 euros pour 105 euros de valeur faciale). Je n’étais pas gourmand quant au bénéfice vu leur faible côte, les 15 euros de marge me servant seulement à couvrir les frais de vente facturés par Ebay et Paypal.

A ma grande déception, les enchères n’ont pas dépassé 108 euros pour les huit pièces, soit 12 euros de perte avec les frais. J’ai donc abandonné ce premier projet de vente.

Écartant d’office les petites annonces gratuites sans frais certes, mais sans intermédiaire sécurisant (par les temps qui courent, il vaut mieux être prudent…) j’ai tenté de me servir de mes euros argentées pour payer les commerçants chez qui je me sers habituellement, cinq différents, allant de l’épicier du coin au bureau de tabac en passant par mon boulanger. Bien que je les connaisse tous sans exception, leur refus amusé à été d’abord aimablement incertain puis est devenu sympathiquement définitif.

Au final, seule la poste a accepté mes pièces (j’ai pu leur en refourguer deux de 10 et une de 5 euros contre 3 carnets de timbres majorés de quelques authentiques euros de monnaie, en ferraille certes, mais acceptés par tout le monde). Après 5 minutes de paperasserie et un aller-retour vers une porte au fond de la salle d’accueil, le vendeur polyvalent (car aussi conseiller financier , réceptionniste, magasinier et agent d’entretient de machines distributrices de timbres régulièrement en panne)  m’a lancé :

« C’est dommage, il fallait les garder ; un jour elles auront de la valeur ! »

Ma répartie cinglante l’a quelque peu étonné :

« En ce moment en tout cas, personne sauf vous ne les accepte, et je ne parle pas d’un échange contre des vrais billets, je parle simplement de paiement pour acquérir des biens de consommation courante ».

Allégé de 25 euros en argent, j’ai donc repris la quête laborieuse du graal de l’adepte des euros en métaux précieux qui tente de convertir son pécule en billets et je me suis dirigé vers ma banque pour réciter la litanie du vendeur de rondelles en carafe. La caissière, quelque peu étonnée par cette demande inhabituelle a appelé le directeur.

J’ai essuyé un refus catégorique sur toute la ligne ; pas d’échange, impossible même de mettre cet argent sur mon compte alors que ces pièces ont soit disant cours légal dans notre pays. Pour mon banquier, qu’ils soient en or ou en argent, les euro de la MDP valent peanuts.On ne reprend que les pièces d’or côtées (Napoléon, Souverain, 50 Pesos, 20$…) par l’intermédiaire de CPOR devises. Si elles sont scellées par CPOR, elles sont reprises sans être examinées à la côte CPOR moins 8% de taxe plus 2% de commission pour la banque. L’argent est versé sur votre compte dans un délai d’un mois environ”. Dixit le directeur de l’agence.

Quelque peu désenchanté par toutes ces embûches, j’ai fini par appeler au téléphone deux numismates de ma région qui ont pignon sur rue : et là…devinez…De nouveau un refus ferme. Motif : revente difficile voire impossible.

En désespoir de cause, j’ai appelé la Banque de France de Béziers. Une dame m’a répondu sèchement et son refus a été cinglant.

Question-Réponse :

Moi: “Reprenez-vous les euros en métaux précieux?”

B.F. : « Non Monsieur. »

Moi : « Mais Madame, les pièces d’euros en argent métal ont cours légal en France à leur valeur faciale, c’est officiel. Si la Banque de France ne les reprend pas, qui va le faire ?

B.F. : « Cette monnaie n’a pas été émise par nous Monsieur mais par la Monnaie De Paris, essayez de la revendre chez un numismate. »

Moi : « Les numismates n’en veulent pas. »

B.F. : « Désolé Monsieur, alors je ne peux rien pour vous. »

Moi : « Madame, cet argent à cours en France, vous devez me le reprendre, c’est la loi ! »

B.F. : « Essayez la Monnaie de Paris ».

Moi : « Madame, la Monnaie de Parie vends les monnaies, elle ne les rachète pas! »

(Là, imaginez-moi le visage tout rouge avec des jets de vapeur sortant par mes narines et mes oreilles.)

B.F. : « Monsieur, vous pouvez continuer à parler ainsi pendant des heures, il n’empêche que je ne pourrai toujours rien pour vous ! »

Moi : « Mais c’est de l’escroquerie pure et simple !!! » et je lui raccroche au nez, excédé.

(M.A.J. 2016) Après renseignements, je ne suis pas le premier à avoir essuyé des refus, je pense notamment à ce pauvre retraité de Lézignan Corbières qui a cru faire une affaire en achetant 380 pièces de 10 euros des régions pour 3800 euros, alors que cela lui a fait perdre en réalité 2200 euros si on se réfère au prix spot de l’argent métal…, et certainement beaucoup plus. Source: L’Indépendant.

Coriace, je tente à nouveau ma chance mais cette fois en appelant la Banque de France de Montpellier. Pour éviter d’être refoulé comme à Béziers, je demande le service de la monnaie fiduciaire (il vaut mieux s’adresser au bon dieu qu’au Saint). Et là…Enfin on me répond positivement.

Moi: “Reprenez-vous les euros en métaux précieux?”

B.F. : « Oui, mais d’abord adressez-vous auprès de votre banquier, il est obligé de les accepter. »

Moi : « Mon banquier refuse de les reprendre. »

B.F. : « Insistez, dites que c’est la loi. Ces pièces ont cours légal. »

Moi : « Je le lui ai dit et il s’en moque éperdument. »

Je prends donc rendez-vous avec la banque de France le mercredi matin suivant où j’ai finalement décidé de me débarrasser de tous mes euros en métaux précieux dont la valeur faciale est supérieure à la valeur métallique, soit toutes les pièces en argent que j’ai acquis depuis 2008 et la pièce en or de 200 euros de 2011 dont la valeur intrinsèque ne décolle pas.

Après avoir passé trois points de contrôle, je me retrouve face à un employé de la Banque de France et l’informe des raisons de ma visite. Et là, devinez ce que je m’entends répondre :

« Mais monsieur, on vous a mal informé. Nous ne reprenons pas les euros en métaux précieux. »

Mon sang ne fait qu’un tour. J’informe l’employé que j’ai un rendez-vous avec le guichetier de la monnaie fiduciaire. Au son de ma voix, il devine que je maîtrise encore ma colère mais qu’il ne faut pas aller plus loin. Il appelle donc le guichetier mais il me dit « qu’il y a un problème. » Le guichetier s’installe derrière son comptoir. Je lui réitère ma demande. Il me dit que ce n’est pas à lui de reprendre ces euros mais à ma banque. Je lui explique que mon banquier refuse et je le menace d’alerter la presse. C’est sûrement le sésame magique. Il se décide enfin et me tend le formulaire de reprise. Je récupère mon cash après qu’il ait scrupuleusement vérifié mes pièces.

Juste avant que je ne quitte les lieux il me précise :

« Vous savez, ce travail, c’est celui des banques, ce n’est plus le nôtre. Dans quelques mois, notre guichet va fermer et les banques devront prendre notre relais pour les opérations fiduciaires ».

Mise à jour Décembre 2016 et Conclusion :

Aux dernières nouvelles, la banque de France ne reprend plus les Euros en métaux précieux depuis 2014. Voici un petit aperçu du ratio valeur intrinsèque/valeur faciale de certaines pièces en métaux précieux qui vous aidera à faire le tri entre bonne affaire et attrape gogos. Les prix de référence des métaux précieux sont ceux du jour.

Pour les Euros en Or métal.

Valeur métallique de la pièce 100 euros en or 999 (éditions 2008, 2009, 2010) :

3,1 Grammes x 34,8 euros le gramme d’or = 108 euros. Bonne affaire malgré la chute de l’or. Vente sans problème sur ebay à 150 euros environ.

Valeur métallique de la pièce 250 euros en or 920 (éditions 2009, 2010, 2011) :

8,45 Grammes x 0,920 x 34,8 euros le gramme d’or = 270 euros. Bonne affaire, et vente sans problème sur ebay à 390 euros. Tiens, c’est bizarre… MDP n’en sort plus! En effet, la pièce 250 euros de 2016 ne pèsent plus que 4,5 grammes d’or 999 contre 7,77 grammes en 2009, soit une valeur métallique de 157 euros seulement… C’est devenu une mauvaise affaire. Et oui mon bon Monsieur, on met moins d’or dans nos pièces, c’est l’inflation…

Pour les Euros en argent métal : 

Valeur métallique de la pièce 100 euros en argent 900/1000 :

50 Grammes x 0,900 x 0,5 euros le gramme d’argent = 22,5 euros. Mauvaise affaire. Il faudra que le prix de l’argent quadruple pour que certains commencent à s’y intéresser…

Valeur métallique de la pièce 10 euros en argent de 2016 teneur 333/1000 :

17 Grammes x 0,5 x 0,333 euros le gramme d’argent = 2,83 euros. Mauvaise affaire aussi.

Pour les Francs Or :

Valeur métallique de la pièce Napoléon 20 Fr en 2006:

5,81 Grammes x 15,4 Euros = 89 Euros

Valeur métallique de la pièce Napoléon 20 Fr en 2016:

5,81 Grammes x 34,8 Euros = 202 Euros! Bonne affaire!

Pour les Francs Argent : 

Valeur métallique de la pièce 50 Fr Hercule en 2006:

30 Grammes x 0,3 Euros = 9 Euros

Valeur métallique de la pièce 50 Fr Hercule en 2016:

30 Grammes x 0,5 Euros = 15 Euros! Pas mal, n’est-ce pas!

Le calcul est donc vite fait : Si un jour vous voulez acheter des pièces en métaux précieux, investissez dans des pièces boursables (sous scellé) que ce soit pour l’or ou l’argent (pièces à faible prime: Napoléon 20 Fr, Krugerrand 1 once, 50 Pesos); n’achetez des pièces d’or ou d’argent en Euros que pour étoffer votre collection numismatique, car si vous voulez payer avec ou les faire reprendre par votre banque, elles vous resteront sur les bras comme cela a faillit être le cas pour moi.

François

Film – Zardoz (1974)

“Zardoz” de John Boorman, bien qu’il n’ait pas eu de succès à sa sortie, est devenu indiscutablement un film culte pour les amateurs de science-Fiction. C’est un voyage dans un avenir imaginé avec talent par John Boorman où se côtoient minimalisme apaisant et avant-gardisme psychédélique. Il se déroule dans l’Irlande de 2293 qui ressemble exactement aux fabuleux espaces de l’Irlande d’aujourd’hui, jusqu’à ce que vous pénétriez à l’intérieur du Vortex. Là, soudain, apparaissent des décors paisibles, des salles de réunion futuristes ainsi que de belles personnes juvéniles vêtus de costumes aux couleurs chatoyantes.

Ce sont les Eternels. Ils ne mourront jamais parce-qu’il ne le peuvent pas. Chaque fois qu’ils essaient, leurs corps sont implacablement restaurés par l’esprit informatique mystique qui dirige le Vortex (le Tabernacle, une sorte de cristal qui les relie télépathiquement tous entre eux ). Mais tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes: ils ne peuvent pas mourir, mais ils peuvent vieillir, et lorsqu’ils commettent des infractions aux règles de la communauté des Eternels, ils sont condamnés à vieillir de quelques années. S’ils ne brident pas leur pulsions rebelles, ils finiront peut-être par devenir des immortels séniles. D’autres souffrent d’un mal inguérissable : l’apathie. Bref, ce n’est pas la joie.

En dehors du Vortex, une civilisation barbare survit. Les Esclaves cultivent la terre et rassemblent les récoltes, dominés par des maîtres sadiques (les Brutes) qui leur courent après pour les exterminer afin de réguler la population excédentaire. Un de ces barbares est Zed, joué par Sean Connery qui tient ici à la perfection le rôle paradoxal d’une “brute cultivée”. Un jour, dans son passé, Zed trouve un livre d’alphabet d’enfant. Il apprend à lire, puis dévore frénétiquement le contenu de bibliothèques entières. Il lit notamment “Wizard of Oz”, livre dans lequel Frank Baum évoque un magicien imposteur derrière son masque. Fort de cette idée et voulant le démasquer, Zed s’introduit clandestinement à bord du gigantesque vaisseau de pierre en forme de masque contrôlé par Arthur Frayn (le maître des “terres extérieures” connu par les Brutes sous le nom de Zardoz). Celui-ci s’en sert pour récupérer les récoltes des esclaves qui nourrissent les Eternels mais aussi pour distribuer des armes aux Brutes afin qu’elles exterminent l’excédent d’esclaves. Ainsi, Zed accède au vortex n° 4 où il devient spécimen d’étude, parce que les Eternels en perdant la capacité de mourir sont également devenus impuissants et sont condamnés à vivre l’éternité sans désir. Zed, (qui n’a pas ce problème et représente un modèle d’étude pour comprendre l’évolution des Brutes dans le monde extérieur) va passablement perturber les rouages de leur monde réglé jusque là comme une horloge…

Le film est talentueusement mené par Boorman, à qui l’on avait donné carte blanche pour réaliser un projet personnel après l’immense réussite commerciale et cinématographique du film “Delivrance.”

Boorman a réalisé ce film de science fiction et de Fantasy inspiré par le livre de Frank Baum, “The Wonderful Wizard of Oz”, en caressant l’espoir de prendre Burt Reynolds dans le rôle principal. Mais avant que la production ne puisse commencer, Reynolds dut être hospitalisé des suites d’un ulcère et par la suite subir une convalescence prolongée. Boorman envoya le manuscrit à Sean Connery. Quand l’acteur lut le script, il fut étonné par son originalité et comme il en fit part à Gordon Gow en 1974 : “C’était l’une des meilleures idées que j’avais vu depuis des lustres… Donc, le week-end suivant, je me suis rendu en Irlande pour me préparer au tournage. Ce qui me préoccupait surtout, c’était d’imaginer le mode de vie des gens dans l’existence future, par opposition aux vaisseaux spatiaux, aux armes futuristes et tout le reste … […] … ce qui m’intéresse, c’est le développement possible de la société dans les siècles à venir. La façon dont les différents intervenants (les Brutes, les Esclaves et les Eternels) évoluent dans le script est intrigante et rafraîchissante, et ce monde pourrait bien un jour devenir réalité.”

Ce film baroque mais génial aurait pu nuire à la carrière d’un acteur de moindre envergure, mais Sean Connery joue son rôle avec bonheur et talent et à ce jour le compte comme l’un de ses préférés. Connery accepta d’être payé “seulement” 200 000 $ – un sixième du cachet qu’il avait perçu pour “Diamonds Are Forever”, et cela sans même tenir compte de l’inflation!

Réalisation : John Boorman
Interprétation :
Sean Connery – Zed
Charlotte Rampling – Consuella
Sara Kestelman – May
John Alderton – Friend
Sally Anne Newton – Avalow
Niall Buggy – Arthur Frayn “Zardoz”
Bosco Hogan – George Saden
Jessica Swift – l’apathique
Bairbre Dowling – Star
Christopher Casson – le vieux scientifique
Reginald Jarman – la Mort
Ecriture : John Boorman
Production : John Boorman
Montage : John Merritt
Photographie : Geoffrey Unsworth
Musique : David Munrow
Costumes : Christel Kruse Boorman
Décors : John Hoesli
Casting : Miriam Brickman
Maquillage/coiffure :
Colin Jamison – styliste coiffure
Basil Newall – artiste maquillage
Chef décoration : Anthony Pratt
Son : Jim Atkinson
Effets spéciaux : Gerry Johnson
Musique non-originale : Ludwig van Beethoven – extrait de la “7e symphonie”

Voir sur YouTube : “Trailer for Zardoz (1974)” par tubesoda’s channel

Livre SF – Christopher Priest – Le Monde Inverti (1974)

Christopher Priest est un écrivain de science-fiction anglais agé de 73 ans. Nombre de ses romans ont obtenu une distinction honorifique, mais le plus célèbre d’entre eux qui reçut deux récompenses (le British Science Fiction Association award en 1974, et le Hugo award en 1975) est sans aucun doute “Le monde inverti”.

Ce roman de S.F. est profondément troublant, et les seuls livres qui se rapprochent du délire imaginatif de Christopher Priest sont ceux de Philip K. Dick lorsqu’il est au meilleur de sa forme. Mais là où les intuitions ludiques de Dick sont véhiculées dans un langage parfois négligé, Priest est majestueux, parfois même froid et extrêmement précis dans son métier de conteur. Le ton et le cadre sont semblables à ce que vous attendez d’un roman de S.F. dans lequel le monde entier tourne autour de la quête du héros.

Il n’est pas facile d’imaginer une ville comme celle du roman de Christopher Priest, “Le monde inverti”.  Ici, nous avons une ville entourée de murs élevés et une population ignorant que la mégalopole entière repose et se déplace sur des rails, tirée lentement par un treuil géant afin de résister à un champ de gravité écrasant. Priest, dès la première phrase du roman, nous plonge dans une étrange nouvelle réalité:

“J’avais atteint l’âge de six cent cinquante miles”.

Le narrateur, Helward Mann, est apprenti dans un système de guilde qui maintient cette ville en mouvement.

La guilde organise un mariage pour Helward, mais avant qu’il puisse rendre visite à sa femme, ils le prennent à l’extérieur de la “Cité de la Terre” pour la première fois. Il est étourdi à la vue du soleil. On lui avait toujours enseigné qu’il était rond, mais il apparaît maintenant différemment, en forme de soucoupe de lumière irisée aux pôles avec deux spires incandescentes sur les côtés. Helward a peu de temps pour méditer sur cette découverte car il commence son apprentissage.

Nous suivons la formation de Helward dans sa Guilde des topographes du futur, et apprenons progressivement que la “Cité de la Terre”, comme on la nomme, traverse des rivières, des gouffres et de larges étendues depuis 200 ans. Avant cela, un vague événement apocalyptique appelé “Le Crash” a changé la vie sur la planète. Alors que diverses guildes se concentrent sur le déplacement de la ville, sa population est protégée de la vérité et se concentre sur l’éducation des enfants et la création d’aliments synthétiques.

Bien avant que des considérations philosophiques ne se posent, l’histoire de Priest est fascinante pour une raison pratique et fondamentale: comment, en effet, déplacer une ville? Une grande partie de la première moitié du livre est consacrée à décrire ce processus extraordinaire qui suggère des travaux de titans tels que la construction des pyramides ou la pose de chemins de fer Transcontinentaux. Ici, Helward décrit une visite guidée par son professeur:

“Au bout du nord de la ville, il y avait cinq câbles qui se trouvaient sur le sol, à côté des pistes, et qui disparaissaient du champ de vision derrière la crête. […] Les câbles ont été tendus et les cales ont été creusées, il m’a emmené aux emplacements et m’a montré comment les poutres d’acier étaient enterrées profondément dans le sol pour fournir un ancrage assez solide pour les câbles.”

Ensuite, le treuil tire la ville sur environ deux miles. Puis, les rails et le treuil doivent être déplacés à nouveau vers l’avant. Helward réalise bientôt que la ville se déplace toujours vers le nord, que les gens de la guilde appellent “l’avenir”, et loin du sud, qu’ils appellent “passé”, essayant d’atteindre un point qu’ils appellent l’optimum, un emplacement toujours en avance sur la ville, une ligne d’arrivée en mouvement que la ville en fait n’atteint jamais mais continue de poursuivre. Chaque guilde joue un rôle dans cette lutte sans fin. La Guilde de la Traction traverse la ville en avant le long des voies ; la Guilde du troc achète du travail et emprunte des femmes aux indigènes ignorants (les femmes de la ville sont mystérieusement incapables d’avoir des enfants) ; les bâtisseurs de ponts arrangent le passage à travers les fleuves et les ravins ; et les géomètres du futur s’aventurent vers le nord afin que les navigateurs puissent planifier l’itinéraire de la ville. Ils reviennent de l’avenir curieusement âgés.

La guilde d’Helward l’envoie vers le passé pour escorter trois jeunes femmes jusqu’à leur ville d’origine où elles ont été «empruntés» pour la reproduction. C’est là que nous apprenons finalement pourquoi la ville doit continuer à bouger…

«Le monde inverti» nous rappelle ces vieilles histoires sur la création du monde que l’on retrouve dans presque toutes les traditions mythologiques antiques. Vous savez, ces images primitives de la Terre imaginée comme une petite île entourée d’océan, reposant sur le dos d’une tortue (selon une histoire iroquoise), flottant sur une goutte d’eau, ou posée au creux de la main d’une divinité.

Dans ces ces visions mythiques du monde, la vie humaine occupe un espace délicat et petit, menacé de tous côtés par les forces titanesques de la nature indomptée. Ces légendes reflétaient les efforts ininterrompus de nos ancêtres pour comprendre notre place dans l’univers, et dans “Le monde inverti”, Priest nous révèle ce mythe à nouveau, le plaçant dans un avenir où l’histoire et toutes les chroniques anciennes ont été effacées pour les citoyens de la “Cité de la Terre”. Ce livre nous montre une communauté plongée dans l’ignorance, essayant de comprendre sa place et son devenir. Vous terminez ce roman en appréciant les efforts de notre culture pour protéger ses souvenirs collectifs et en vous inquiétant également du fait que tout ce qui est tenu pour acquis peut facilement être perdu lorsqu’on est confronté à la réalité.

Youngtimer – Lamborghini P300 Uracco (1974-80)

C’est une triste histoire que celle de la Lamborghini Uracco, cette jolie voiture qui a fait le malheur de son constructeur. Lamborghini avait une position enviable à la fin des années 60, avec ses modèles à moteur V12 qui rivalisaient de succès avec ceux de Ferrari. Mais 1974 est un tournant dans l’histoire de la firme. Ferruccio Lamborghini vend 49% de ses parts à un autre investisseur suisse, René Leimer, et perd tout intérêt pour sa firme automobile. Mais contrairement à son associé, Leimer suit de très près ce qu’il se passe et sous l’impulsion de l’ingénieur Paolo Stanzani, le salon de Turin 1974 devient un véritable festival de Lamborghini V8. Sur le stand figure entre autre, la P200 (pour faire face à la hausse de TVA sur les moteurs supérieurs à 2 litres) et la P300 (identifiable à son capot strié et dont le moteur est un nouveau V8 de 2994 cm3 de cylindrée).

Un véritable bijou : 

Comme son modèle de Maranello, le constructeur de Sant’Agata voulait créer un modèle de “petite” cylindrée. Il oubliait que la Dino n’aurait pu exister sans le soutient de Fiat. En effet, c’est une vieille loi, toujours vraie mais toujours oubliée, qu’un petit modèle coûte presque aussi cher à construire qu’un gros, mais qu’on ne peut pas le vendre au même prix. Il faut se rattraper sur la quantité, ce qui n’est possible que si l’on s’appelle Fiat. L’Uracco qui fut présenté au salon de Genève 70 (mais commercialisée bien plus tard, en 74) comme on pouvait s’y attendre, fut considérée comme un véritable bijou, pour la mécanique avec son V8 transversal, autant que pour la carrosserie signée Bertone, mais elle ne fut vendue qu’à 775 exemplaires.

Le dos au mur : 

Pour ne rien arranger s’annonçait la crise du pétrole, et bientôt le constructeur eut le dos au mur : il lui était impossible de fabriquer, puis de vendre l’Uracco en nombre suffisant pour être rentable. Les difficultés de Lamborghini ne faisaient que commencer, et n’étaient pas près de s’achever. C’était bien dommage pour lui et pour l’Uracco qui aurait mérité mieux.

Caractéristiques :

Moteur : V8, 4 arbres à came en tête ; cylindrée : 2994 litres ; puissance : 260 ch DIN à 7500 tr/mn.

Transmission : Roues arrières motices ; boîte de vitesses à 5 rapports.

Dimensions : empattement, 2,45 m ; voies avant et arrière, 1,45 m ; poids : 1250 kg.

Performance : vitesse de pointe : 250 km/h.

Prix de vente en 1974 : 117 100 Francs soit 102.389 € actuels en tenant compte des 473 % d’inflation sur la période.

Prix constaté en 2016 : entre 50.000  et 100.000 € pour un modèle fiabilisé en état collection.

Voir sur YouTube : “Rare 1975 Lamborghini Urraco Test Drive and Drive By” par  Sunset Classics