Livre SF – William Gibson – Neuromancien (Hugo du meilleur roman 1985)

William Gibson (écrivain de S.F. né le 17 mars 1948) n’a jamais eu l’intention de devenir le leader d’un mouvement. Mais avec la publication de Neuromancien en 1984, on lui a imposé ce rôle. Si vous lisiez de la S.F. dans les années quatre-vingt, alors vous avez entendu parler du cyberpunk. Il y avait alors dans l’air le sentiment – activement encouragé par la plupart des écrivains qui étaient participants – qu’un nouveau mouvement était à portée de plume et que la SF allait enfin subir sa première révolution littéraire significative depuis la Nouvelle Vague qui avait frappé à la fin des Années soixante. Gibson est un peu impliqué dans cette exagération dans la mesure ou le battage autour de sa modeste personne a galvanisé le mouvement.

Le Cyberpunk est antérieur à la publication du roman de plusieurs années. Déjà, le film Blade Runner, inspiré d’un roman de 1968 écrit par Philip K. Dick, et tourné en 1982, établissait une esthétique similaire qui a inspiré Gibson dans son roman. Mais Neuromancien a été le coup de départ du mouvement cyberpunk. Il a d’ailleurs remporté à la fois le Hugo et le prix Nebula (ainsi que le prix Philip K. Dick). Gibson a inventé le mot «cyberpunk» plus tôt, mais Neuromancien est le roman qui l’a entérinée dans le lexique populaire.

Si plus de 20 ans plus tard, la capacité de Neuromancien à nous étonner a légèrement diminué, cela reste encore une histoire divertissante à lire, un roman intemporel et élégant; ce n’est d’ailleurs pas étonnant qu’il ait remporté autant de récompenses. Il est vrai aussi que cette histoire a ouvert la voie et influencé des auteurs comme Charlie Stross, Greg Egan, et tous ceux qui ont contribué à rafraîchir la S.F. dure des Années 90.

Neuromancien est une œuvre prédictive dans la mesure où elle met en avant la notion de l’avenir de l’information dans laquelle les multinationales plutôt que les gouvernements dirigent le spectacle du monde. Certes l’internet d’aujourd’hui n’est pas le cyberespace de Gibson, mais les inventions actuelles et future permettront aisément à très brève échéance de s’immerger dans une réalité virtuelle digne du cyberespace.

L’histoire : 

Le protagoniste de Neuromancien est un ancien hacker nommé Henry Dorsett Case, dont le système nerveux a été détruit avec une toxine pour l’empêcher de continuer à pirater. Comme presque tout le monde (même ceux qui n’ont jamais lu le livre) en est probablement conscient, la seule interface informatique qui est utilisée dans Neuromancer est un implant cérébral, et l’interface de Case à été détruite. L’histoire commence lorsque, dans les bidonvilles de la ville de Chiba,  Armitage, un homme mystérieux au passé trouble, et Molly, une redoutable mercenaire, lui proposent de lui redonner accès au Cyberespace et lui offrent un accord : on le guérit en échange de ses services en tant que pirate. L’objectif de son employeur semble impliquer une I.A. appelé Wintermute, appartenant à la famille de Tessier-Ashpool propriétaire d’une énorme multinationale.  En fait, il doit en pénétrer le système informatique avec l’aide du mystérieux Muetdhiver et de sa partenaire Molly, une mercenaire cybernétiquement modifiée. Partout où l’accès au réseau est piratable, le Neuromancien s’en sert pour infiltrer les souvenirs de son interlocuteur, apparaissant toujours sous la forme d’une personne connue de lui, alors que le Muetdhiver s’en sert pour assassiner des membres de la Police de Turing (une unité régulant les I.A.)

L’intrigue est l’une des forces de Neuromancien. C’est un livre court et rapide avec beaucoup d’action tendue, des personnages dangereux, des alliances risquées. L’évocation du pouvoir indécent des entreprises, de la nature des I.A. et de l’informatique future sont développés sans ralentir l’action.  Au début de Neuromancien, Dorsett renonce à la vie et entre dans une spirale autodestructrice pour des raisons compréhensibles, mais presque jamais il ne trouve de force intérieur pour sortir de sa tourmente émotionnelle afin d’obtenir une seconde chance. Il est implacablement entraîné par des forces extérieures: une guérison, le retrait menacé de la guérison, le danger physique, et la manipulation des autres personnages. Rien ne vient de l’intérieur et c’est une des caractéristique du livre. Son destin lui échappe totalement.

Neuromancien est célèbre pour ses descriptions, en grande partie parce qu’il montre un avenir laid, répugnant et dangereux (parfois pas si éloigné du notre…). Il n’est peut-être pas aussi révolutionnaire qu’on l’a dit, mais Gibson a fait un excellent travail dans sa description sans fard des bidonvilles et de la vie de la rue d’un monde avec une meilleure technologie certes, mais pas plus d’espoir et si peu d’humanité.

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