Disque – Jacques Brel – Les Marquises (1977)

Jacques Brel, (1929-1978) est un auteur-compositeur-interprète, poète, acteur et réalisateur belge francophone. Sa carrière de chanteur débute en 1953, quand il réalise un disque maquette, 78 tours qu’il envoie en France à Jacques Canetti, découvreur de talents, directeur artistique de Philips et propriétaire du théâtre parisien « Les Trois Baudets ». Séduit par les chansons qu’il vient d’entendre, le 1er juin 1953, Jacques Canetti, l’appelle dans la nuit pour le rencontrer immédiatement. Brel quitte la capitale belge pour se rendre seul à Paris. Sa famille ne lui coupe pas les vivres, mais le laisse se débrouiller seul en lui gardant une place dans l’entreprise familiale de cartonnerie.

Jacques Canetti le soutiendra contre vents et marées de 1953 à 1962. Il le fait débuter aux Trois Baudets en septembre 1953 dans la première partie du spectacle de Mouloudji. Puis en 1954 dans le spectacle Ciné Massacre, où débutent également Boris Vian et Jean Yanne, et qui voit le triomphe de l’humoriste Fernand Raynaud. Aux Trois Baudets, dans les tournées de Canetti, qu’il ait ou non du succès, Jacques Brel est assuré de chanter tous les soirs, de tester ses chansons et de gagner sa vie. De 1954 à 1965, Canetti organise des tournées en France et à l’étranger dans lesquelles Brel est souvent programmé en compagnie d’artistes tels que Sidney Bechet, Catherine Sauvage, Philippe Clay, etc. avant d’être lui-même la vedette.

Succès et consécration : 

En 1956, il rencontre le pianiste François Rauber, qui devient son arrangeur musical, puis sera l’orchestre qui l’accompagnera durant toute sa carrière de chanteur. Cette même année paraît son premier grand succès public, « Quand on n’a que l’amour ». En 1957, pressé d’achever ses études musicales au conservatoire, François Rauber renonce aux tournées à travers le pays. Il est alors remplacé par un autre étudiant du conservatoire, Gérard Jouannest, qui composera pour Brel les musiques de 35 de ses chansons. Jouannest est son accompagnateur exclusif sur scène, tandis que Rauber, revenu vers Brel une fois son diplôme obtenu, est son principal orchestrateur.

À force de travail, Brel trouve son style et son public, et connaît enfin le succès lors de ses galas. En 1957, son second 33 tours Quand on a que l’amour reçoit le grand prix de l’académie Charles-Cros et, fin 1958, c’est le succès à l’Olympia en première partie. L’année suivante, il est tête d’affiche à Bobino, où il crée « Ne me quitte pas », écrite pour l’actrice Suzanne Gabriello et La Valse à mille temps. Dès lors, les tournées s’enchaînent à un rythme infernal, Brel donnant parfois plus de concerts qu’il n’y a de jours dans l’année. En 1960, il achète, entre Monaco et le Cap Martin, sur la plage de Cabbé au Golfe bleu, une maison qu’il occupe jusqu’en 1970. Ses amis y viennent en visite, notamment Leny Escudero ou Serge Gainsbourg. C’est là qu’il composera « La Fanette » et « Amsterdam ».

En mars 1962, il quitte la maison de disques Philips pour Barclay (avec qui il signera un contrat exceptionnel de trente ans en 1972). Le 6 mars 1962, il enregistre « Le Plat Pays », hommage à la Flandre. En octobre 1962, il crée sa maison d’éditions musicales Arlequin, qui devient six mois plus tard les éditions Pouchenel (Polichinelle en bruxellois). Son épouse en est la directrice. En 1963, il interprète « Les Vieux » en référence à ses parents. La mort de son père, suivie de très près par celle de sa mère, amène Brel à évoluer vers des chansons de plus en plus dramatiques, telles que « La Fanette », « Au suivant » ou encore en 1964 « Amsterdam ». En 1966, au sommet de son art, Jacques Brel sort Ces gens-là, un nouvel album qui, outre la chanson homonyme Ces gens-là, compte plusieurs titres qui deviennent des classiques incontournables de son œuvre : « Jef », « La Chanson de Jacky », « Le Tango funèbre », « Fernand », « Mathilde »… C’est lors d’un concert à Laon, au début de l’été 1966, que se produit l’incident qui le décide à abandonner la scène. Alors qu’il interprète « Les Vieux », le cinquième titre du programme, il s’aperçoit qu’il a doublé machinalement un couplet, et n’accepte plus de « tricher » face au public en perdant de sa spontanéité et de son authenticité. Pour autant, il honore ses contrats pendant encore plus d’un an et fait ses adieux officiels à l’Olympia en octobre 1966. Le 16 mai 1967, il donne son dernier récital à Roubaix.

Les Marquises (1977) : est le treizième et dernier album studio de Jacques Brel. Sans titre à l’origine (sinon le simple nom de Brel), il est désormais identifié par celui de la chanson qui clôt le disque. Sorti le 17 novembre 1977 sans aucune promotion, à savoir aucune interview et pas d’envoi radio avant la mise en vente, l’album réussit à se classer à la première place des meilleures ventes d’albums et à être disque d’or en 1978 pour 100.000 exemplaires vendus et disque de platine en 1981 pour 400.000 exemplaires vendus. Le total des ventes dépasse le million d’exemplaires.

Installé aux Îles Marquises depuis quelques années et quasiment retiré de la vie publique, Jacques Brel, atteint d’un cancer du poumon qui le ronge depuis trois ans, revient à Paris afin de travailler sur son nouvel album Les Marquises. Pisté lors de ses venues en France par les paparazzis, à cause de la rumeur qui court concernant son état de santé, il se cache dans un hôtel près de la Place de l’Étoile et garde son rythme polynésien dans la capitale. Il se rend à quelques mètres de là chez son arrangeur François Rauber pour lui présenter ses nouvelles chansons, répétées rue de Verneuil chez Juliette Greco. Gérard Jouannest, fidèle compositeur et pianiste de Brel, se trouve présent à ces réunions de travail. Peu après la fin des séances, Brel retourne aux Marquises, avant de revenir à Paris en juillet 1978 pour soigner son cancer qui s’aggrave et vivre ses derniers jours, jusqu’à son décès, le 9 octobre 1978.

Les séances d’enregistrement débutent en septembre 1977 avenue Hoche, dans les studios Barclay, à huit heures du matin. Au studio B, avec un demi-poumon en moins et un second irradié, Brel enregistre guère plus de deux chansons par séance mais selon un rituel immuable : une prise, en direct et avec l’orchestre, comme la chanson-titre, enregistré le dernier jour des sessions. Premier album de l’artiste en dix ans à contenir des chansons inédites, Les Marquises est une sorte de testament musical puisque Brel, au moment de l’écriture et de l’enregistrement, se sait condamné par la maladie. Le ton de l’album se révèle sombre, traitant de la mort et la vieillesse, et seul « Les Remparts de Varsovie », se distingue par son apparente légèreté. Le titre Les F… (connu également sous le titre Les Flamingants), que l’auteur qualifie de « chanson comique », s’en prend aux nationalistes flamands, comme il l’avait fait dix ans auparavant avec La la la…, et provoque un scandale.

Discographie :

1954 : Jacques Brel et ses chansons
1957 : Quand on n’a que l’amour
1958 : Au printemps
1959 : La Valse à mille temps
1961 : Marieke
1962 : Les Bourgeois
1966 : Les Bonbons
1966 : Ces gens-là
1967 : Jacques Brel 67
1968 : J’arrive
1968 : L’Homme de la Mancha (album tiré de la comédie musicale L’Homme de la Mancha)
1972 : Ne me quitte pas (nouveaux enregistrements)
1977 : Les Marquises

Source

Voir sur Dailymotion et YouTube : « Jacques Brel Les Marquises » par Philippe Voiles Aventures ; « JACQUES BREL – Adieux à l’OLYMPIA (1966 – COMPLET) -1/4 » et « JACQUES BREL – Final des Adieux à l’OLYMPIA (1966) » par TheFloflonovitch