Série TV & Livre – Les brigades du Tigre (1974-83)

La série TV :

“Au milieu des années 70, les Français découvraient sur leur petit écran “Les Brigades du Tigre”, un nouveau feuilleton policier. Les inspecteurs champions de savate traquant les malfaiteurs à bord de leur De Dion-Bouton allaient connaître un immense succès, confirmé depuis par de nombreuses rediffusions” (Charles Diaz). “Les Brigades du Tigre” est une série télévisée en 36 épisodes de 55 minutes, coproduite par la France, l’Allemagne de l’Ouest, la Belgique et la Suisse. Elle fut diffusée entre décembre 1974 et novembre 1983 sur la deuxième chaîne de l’ORTF puis sur Antenne 2. La série a été rediffusée sur TMC en avril 2006. Diffusées de 1981 à 1983, les cinquième et sixième saisons des Brigades du Tigre constituent la série dite Les Nouvelles Brigades du Tigre. Les épisodes des quatre premières saisons se déroulent avant la Première Guerre mondiale et les épisodes des cinquième et sixième saisons ont lieu durant l’entre-deux-guerres, de 1919 à 1930.

Le thème : 

En 1907, au début du XXe siècle est créée une brigade de police motorisée dirigée par le commissaire divisionnaire Faivre. Inspirée par Georges Clemenceau, à l’époque ministre de l’Intérieur et surnommé « le Tigre », elle prend le nom de « Brigades du Tigre ». Le commissaire Paul Valentin (Jean-Claude Bouillon) reçoit une promotion alors qu’il est inspecteur à la Police Judiciaire. Constatant que la police doit impérativement se moderniser, il intègre les Brigades du tigre. Réfléchi, séducteur, têtu et parfois frondeur, il en devient vite l’âme et le moteur (sous la férule de leur directeur, l’intransigeant Monsieur Faivre). L’inspecteur Marcel Terrasson (Pierre Maguelon) est l’un des deux inspecteurs travaillant avec Valentin. Possédant un fort accent méridional, cette force de la nature n’hésite pas à se servir de ses poings pour se défendre. Ami fidèle de Pujol et de Valentin, c’est un homme de terrain prêt pour l’action. L’inspecteur Gustave Pujol (Jean-Paul Tribout) est le second partenaire de Valentin, frêle inspecteur, agile dans ses mouvements et à l’allure de « titi parisien », il se caractérise par sa discrétion exemplaire. Passé maître dans l’art de la filature et du déguisement, il est souvent envoyé par Valentin pour surveiller les suspects. Claude Faivre (François Maistre) qui est le chef des Brigades mobiles, sera remplacé par Gabrielli (Pinkas Braun) à partir de la saison 5, dans Les Nouvelles Brigades du Tigre.

La musique des Brigades du Tigre qui est devenue culte fut composée par Claude Bolling, Les paroles du générique (“La complainte des Apaches”), chanté par Philippe Clay, sont signées Henri Djian.

L’épopée des brigades du tigre – Charles Diaz (Calmann-Levy 1994)

Le livre : L’épopée des Brigades du Tigre de Charles Diaz :

Ce livre relate la véritable et passionnante naissance des brigades mobiles créées par Clemenceau en 1907 pour lutter contre les bandes organisées qui sévissaient impunément sur tout le territoire. Haut responsable de la police judiciaire, Charles Diaz raconte ici cette saga d’une poignée d’hommes attachants, Jules Sébille, dit « le Puritain », le père Faivre ou Jules Belin, apprenti policier et futur tombeur de Landru. De la « bande à Pollet » aux « chauffeurs de la Drôme », de Bonnot au vol de la Joconde, il retrace toutes les grandes enquêtes qui ont forgé la légende des « mobilards » et marqué les débuts de la police moderne.

Charles Diaz, né en 1957, ancien chef d’état-major de la P.J., est commissaire principal à la direction centrale de la police judiciaire et chef de l’Office central pour la répression du trafic des armes, des explosifs et des matières nucléaires.

Extrait de l’avant-propos :

“Au milieu des années 70, au moment où la vague disco battait son plein et que bien des cœurs s’enflammaient pour les exploits des footballeurs de l’A.S. Saint-Etienne, le public français découvrait sur son petit écran un nouveau feuilleton policier : Les Brigades du Tigre.

Cette production made in France, dont l’action se situe à la Belle Époque, c’est-à-dire juste avant la Première Guerre mondiale, tranchait d’emblée avec toutes les séries américaines du moment qui, de Mannix à Kojak, gouvernaient déjà nos soirées. Et pour cause, on était loin, avec elle, des habituels détectives hâlés au soleil de Californie et armés jusqu’aux dents des derniers modèles de chez Smith et Wesson ; loin aussi des courses-poursuites effrénées entre puissantes cylindrées dans un univers d’autoroutes et de gratte-ciel.

A dire vrai, à côté de tout cela, Les Brigades du Tigre avaient quelque chose de résolument « ringard ». Chaque épisode nous ramenait en effet au temps des ancestrales De Dion-Bouton, des Panhard-Levasseur pilotées par des chauffeurs à casquette, lunettes et gros manteau de fourrure. Le héros, le commissaire Valentin, chapeau melon et costume sombre, traquait des « méchants » échappés de l’imagerie de la « bande à Bonnot » et les arrêtait au pistolet ou à la « savate ».

Bien réalisé, bien interprété, le feuilleton allait connaître un vrai succès d’audience, toujours confirmé par de nombreuses rediffusions. À l’instar des Français — dont il me faut avouer que je partage ce goût si particulier pour la nostalgie — , je devins moi-même un assidu téléspectateur des Brigades du Tigre. Quand elles firent leur première apparition T.V., j’étais étudiant en droit à la Sorbonne, et c’est sans remords que je délaissais un instant mes polycopiés et mes Dalloz, terriblement ennuyeux, pour suivre les enquêtes de Valentin et de ses hommes…”

Source

Voir sur YouTube : “(27) Les Brigades du Tigre – Le vampire des Carpates” par Les Brigades du Tigre

Série TV et Album BD – Hergé et la SF : Vol 714 pour Sydney (1992)

Avec “Vol 714 pour Sydney” publié pour la première fois en 1968, Hergé abordait la Science-Fiction, un domaine du fantastique qu’il n’avait encore jamais exploité. Thélépathie, extraterrestres et soucoupe volante sont donc au rendez-vous de cette avant-dernière aventure de Tintin extraite de la série télévisée d’animation franco-belgo-canadienne en 19 épisodes de 40 minutes adaptée des albums du célèbre dessinateur. Cette série fut diffusée à partir du 5 mai 1992 sur FR3 tous les mardis à 20 h 45 puis régulièrement rediffusée dans les différents programmes jeunesse de France 3 mais aussi sur M6, France 5 et 6ter.

Vol 714 pour Sydney : 

C’est une aventure hors du commun que vont vivre à l’autre bout du monde Tintin, le capitaine Haddock et le professeur Tournesol. Elle commence en effet par le détournement d’un avion supersonique et s’achève par l’apparition d’une soucoupe volante…Dans Vol 714 pour Sydney, Hergé a réuni une belle brochette de canailles en tous genres. À la tête de celles-ci, il y a l’incontournable Rastapopoulos auquel sa victime, Laszlo Carreidas, se met tout à coup à discuter le titre de génie du mal… Il y a aussi l’inquiétant docteur Krollspell, le directeur d’un institut psychiatrique de New Delhi et son sérum de vérité, le perfide Spalding qui trahit son employeur Carreidas et enfin Allan, le complice de Rastapopoulos.

L’histoire :

Alors qu’ils se rendent à Sydney pour assister à un congrès International d’Astronautique, Tintin et ses amis font escale à Djakarta, où ils tombent nez à nez avec Szut (Coke en Stock), un pilote estonien que le milliardaire Laszlo Carreidas a engagé à son service. Comme celui-ci se rend également à Sydney, il propose aux trois voyageurs de les emmener dans son jet privé et charge son secrétaire, Spalding, de prendre les mesures nécessaires.

Une fois en vol, Spalding et ses complices détournent l’avion vers Pulau-Pulau Bompa, une petite île de l’océan indien où les attend le commanditaire de l’opération, Roberto Rastapopoulos. Il s’agit pour celui-ci de faire en sorte que, grâce au sérum de vérité que va lui injecter le docteur Krollspell, Lazlo Carreidas révèle le numéro de son compte en banque.

Tintin, le capitaine Haddock, Tournesol, Szut et le steward Gino parviennent à s’échapper du bunker dans lequel ils avaient été enfermés. Peu après, ils libèrent Carreidas des griffes de Rastapopoulos et du docteur Krollspell. Ayant fait ceux-ci prisonniers, ils fuient devant les hommes de Rastapopoulos quand Tintin entend une voix lui indiquer le chemin à suivre pour trouver refuge dans les souterrains de l’île. C’est là qu’ils rencontrent leur sauveur, un certain Mik Ezdanitoff, de la revue Comète. Pratiquant le télépathie et l’hypnose, l’homme dit être en liaison avec des extra-terrestres…

Les sources d’inspiration d’Hergé dans cet album : 

Le modèle de Mik Ezdanitoff n’est autre que Jacques Bergier, Français d’origine russe qui fonda avec le journaliste Louis Pauwels la mythique revue Planète. Jacques Bergier était un individu hors du commun, dont la carte de visite portait la mention suivante : “Jacques Bergier, amateur d’insolite et scribe des miracles.” Les deux hommes avaient fondé Planète dans la foulée du succès de leur ouvrage, Le Matin des Magiciens. Dans ce livre, ils abordaient des sujets aussi différents que la parapychologie, les civilisations disparues, les racines occultes du nazisme et l’obscurentisme scientiste du XIXème siècle.

Les années Science-Fiction : 

Dans les années 60, la conquête spatiale suscita un tel engouement auprès du grand public que la science-fiction connut un formidable regain de popularité. C’est ainsi que l’exploration de l’espace à la recherche d’autres formes de vie devint l’un des thèmes favoris de très nombreux ouvrages. L’un de ceux-ci retint particulièrement l’attention d’Hergé :  intitulé Le livre des maîtres du monde, il était essentiellement consacré aux traces que des extra-terrestres auraient laissés sur notre planète après y être venus. Selon l’auteur, Robert Charoux, de telles traces existent bel et bien dans des civilisations anciennes. Dans un autre de ses ouvrages, il présente même la photo d’une tête sculptée reproduisant  d’après lui celle d’un cosmonaute extra-terrestre.

Voir sur YouTube :  “Tintin Vol 714 pour Sidney”

Livre SF et Film – Arthur C. Clarke – 2010 : Odyssée deux (1982)

“2010: Odyssée deux” est un livre hybride dans lequel Arthur C. Clarke tente de connecter son roman, “2001 : l’Odyssée de l’Espace” datant de 1968, avec le film de Stanley Kubrick sorti la même année. Ce roman de science-fiction fut écrit par Clarke parallèlement au tournage du film mais l’histoire est basée sur une de ses nouvelles intitulée “La Sentinelle” parue en 1951.

La quatrième de couverture :

L’auteur : Arthur C. Clarke : Né en 1917 en Angleterre, ancien président de l’Association interplanétaire anglaise, il est membre de l’Académie astronautique et vit à Ceylan où il peut se livrer à sa passion pour l’exploration sous-marine.

2001 : l’odyssée de l’espace – roman et film – , ce fut l’épique exploration spatiale qui passionna le monde et provoqua un jaillissement de questions : comment Dave Bowman s’est-il transformé en Enfant des Etoiles ? Pourquoi Hal, l’ordinateur plein de science et de sagesse, a-t-il assassiné l’équipage du Discovery ?
2010 : odyssée deux, c’est une nouvelle aventure, celle des hommes qui, neuf ans après, vont se lancer dans l’espace, bien décidés à rapporter à la Terre les réponses attendues. L’équipage composé de Russes et d’Américains s’embarquera à bord du vaisseau Alexeï Leonov, sous le commandement du capitaine Tatiana Orlov. Quand la navette s’arrache du terrain de Cap Canaveral, commence une mission qui peut décider du sort de l’humanité…

Le roman :

Clarke a choisi de baser “2010 : Odyssée deux” plus sur le film de Kubrick que sur son précédent roman, probablement parce que le film avait atteint un public considérable, gagnant rapidement le statut d’œuvre culte. Dans son premier opus 2001, le vaisseau “Discovery” avait pour destination Japet, la plus énigmatiques des nombreuses lunes de Saturne. Le système de Saturne était atteint via Jupiter : “Discovery” s’approchait très près de la planète géante, se servant de son énorme champ gravifique pour produire un effet de fronde et se catapulter vers la seconde étape de son voyage. Les sondes spatiales “Voyager” ont fait exactement la même manœuvre en 1979, lors de la première reconnaissance détaillée des géantes extérieures. Dans le film, par contre, Stanley Kubrick, pour éviter toute confusion, situe à juste titre la troisième confrontation entre l’homme et le monolithe parmi les lunes de Jupiter… Ainsi, au lieu d’un voyage à la découverte de Saturne, le vaisseau spatial doit se mettre en orbite autour de Jupiter. Au lieu d’un monolithe située sur Japet, il orbite autour de Io. En replaçant l’action sur l’orbite de Jupiter au lieu de Saturne dans son deuxième opus 2010, Clarke a également pu profiter de la connaissance beaucoup plus grande que les astronomes ont de Jupiter par rapport à Saturne en 1982.

Sa caractérisation des personnages n’est pas particulièrement profonde, mais les portraits qu’il peint d’eux les rendent sympathiques. Heywood Floyd représente la voix de la raison, ainsi qu’un lien vers le roman précédent. Max Brailovsky et Walter Curnow introduisent de l’humour dans la mission. Le froid Sivasubramanian Chandrasegarampillai (Dr Chandra) est peut-être la seule caricature que Clarke offre dans le livre. Ce scientifique, le créateur de l’ordinateur HAL 9000, est un personnage en contrepoint direct à l’ordinateur. HAL est peut-être le personnage le plus intéressant du roman. Comme Floyd et l’astronaute David Bowman, HAL fournit un lien vers les travaux antérieurs. Contrairement à Floyd, qui doit faire face à ses sentiments de culpabilité pour les astronautes perdus dans la première mission, ou Bowman, qui a dépassé le stade de l’émotion humaine, HAL reste constant, préoccupé par la réussite de la mission.

Exactement à mi-chemin du roman, Clarke détourne son attention de la mission de Heywood Floyd vers Jupiter pour s’intéresser à David Bowman, le seul astronaute survivant de la mission originale de Discovery. Clarke utilise cette partie du roman de 2010 pour réexaminer les chapitres finaux de 2001. Cependant, alors que le livre antérieur contenait une description mystique et confuse des événements qui sont arrivés à Bowman, dans ce roman, la créature qui était autrefois David Bowman a commencé à assimiler de nouveaux concepts et à comprendre sa nouvelle place dans l’univers. Les descriptions de Clarke sont donc plus concrètes et nous commençons à comprendre ce qui est arrivé à Bowman et pourquoi cela s’est produit. Clarke ne donne pas une explication entièrement cohérente, mais il répond à plusieurs des questions laissées ouvertes à la fin du roman : 2001 : l’Odyssée de l’Espace.

Différences entre le 2010 de Clarke et le film de Hyams (1984) :

Tout comme pour le premier opus, on ne peux pas vraiment réfléchir sur ce livre sans le comparer à sa version cinématographique, ici il s’agit du film de Peter Hyams, “2010 : L’Année du premier contact”, sorti deux ans plus tard, en 1984. Dans le livre, il est question d’une tension internationale entre les USA et l’URSS. Dans le film, les deux pays sont sur le point d’entrer en guerre et ont d’ailleurs entamé les hostilités. Alors que Hyams a augmenté la tension entre les Soviétiques et les Américains, chez Clarke, la même tension existe entre l’équipe chinoise du vaisseau Tsien et l’équipe soviétique/américaine du Alexei Leonov. Le vaisseau chinois Tsien dépasse le Leonov avant de se poser sur Europe, où il sera détruit par une créature émergeant de la glace. Dans le film, il n’y a pas de vaisseau chinois ; c’est le Leonov qui envoie une sonde vers Europe, où elle sera détruite par les forces qui manipulent le monolithe. Enfin, dans le livre, les occupants du Leonov font le long voyage vers Jupiter en apesanteur. Dans le film, le vaisseau russe est doté de structures tournantes qui créent une pesanteur artificielle grâce à la force centrifuge, à l’instar du carrousel de Discovery.

Extrait : 

“Certains dangers sont à ce point spectaculaire, si loin des expériences courantes, que l’esprit refuse d’admettre leur réalité et peut contempler une catastrophe imminente sans l’ombre d’une appréhension. L’homme qui regarde un raz de marée, une avalanche qui descend sur lui, ou le cœur vertigineux d’un cyclone, sans essayer de s’enfuir, n’est pas nécessairement paralysé par la peur ou résigné à un sort inéluctable. Il se peut simplement qu’il ne puisse croire que le message transmis par ses yeux le concerne personnellement. Tout cela arrive à quelqu’un d’autre”.

Voir sur YouTube :  “2010, l’année du premier contact – Bande-annonce [VO]” par Les extraterrestres au cinéma

Film & Livre – Blade Runner (1982)

Blade Runner est un film de science-fiction de 1982 réalisé par Ridley Scott, représentant un Los Angeles dystopique en novembre 2019. Le scénario, qui a été écrit par Hampton Fancher et David Peoples, est basé sur le roman “Do Androïds Dream of Electric Sheep?” (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?) écrit par Philip K Dick. Le film lui-même comporte les acteurs Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Edward James Olmos, M Emmet Walsh, Daryl Hannah. La musique est de Vangelis.

Le film :

Le film décrit un avenir dans lequel des êtres fabriqués par ingénierie génétique appelés “réplicants” sont utilisés pour des travaux dangereux et dégradants dans les «colonies terrestres d’outre-monde». Construit par la Tyrell Corporation comme «plus humain que l’humain», la génération Nexus-6 semble être physiquement identique aux humains – bien qu’ils aient une force et une agilité supérieures – tout en manquant de réponses émotionnelles et d’empathie comparables. Les réplicants sont devenus illégaux sur Terre après une mutinerie sanglante. Les unités de police spécialisées – les blade runners – cherchent et retirent (c’est à dire tuent) les réplicants échappés sur Terre. Suite à l’arrivée d’un groupe de réplicants particulièrement brutal et rusé à Los Angeles, l’ancien Blade Runner Rick Deckard est rappelé de sa semi-retraite pour les retrouver et les mettre hors d’état de nuire.

La critique : 

Blade Runner a d’abord reçu des critiques très polarisées de la part des journalistes de cinéma, certains confondus et déçus n’avaient pas reçu l’effet stimulant attendu d’un film d’action, tandis que d’autres avaient apprécié sa complexité thématique. Le film n’a pas bien marché dans les cinémas nord-américains alors qu’il remportait un franc succès à l’étranger. Il fut adoré par les amateurs de SF et les universitaires et atteignit rapidement le statut classique de film culte. Il a remporté une popularité encore plus grande en location vidéo, puis il fut par la suite un des premiers films à sortir en DVD. Blade Runner a été largement salué comme un classique moderne pour ses effets spéciaux immersifs et préfigurant des thèmes et préoccupations importants du 21ème siècle. Il a été loué comme l’un des films les plus influents de tous les temps en raison de son cadre détaillé et original, servant de repère visuel postmoderne avec sa représentation réaliste d’un avenir sombre. Blade Runner a mis l’auteur Philip K Dick sous les projecteurs de la scène Hollywoodienne, et de nombreux films ont depuis été inspirés par sa plume. Philip K Dick est mort avant sa sortie, mais il a vu une bobine d’essai de quarante minutes.

Le titre :

Le titre découle du roman d’Alan E. Nourse, The Bladerunner (1974), dont le protagoniste, Billy Gimp, gère des lames chirurgicales et des médicaments pour Doc (Docteur John Long) dans le cadre d’un marché noir illégal de médecine clandestine. Le cadre est une société cauchemardesque où un traitement médical gratuit et complet est disponible, mais seulement pour les personnes qui acceptent de se conformer aux Lois Eugéniques des Trust pharmaceutiques fascisants. En 1979, William Burroughs publie Blade Runner : a Movie où héros et situations sont empruntés au livre de Nouse. Finalement, mis à part le titre, ni le roman de Nourse ni le livre de Burroughs ne furent gardés pour un film.

Le scénario :

Le scénario, écrit par Hampton Fancher, a attiré le producteur Michael Deeley qui a convaincu le réalisateur Ridley Scott de créer son premier film américain. Mais le script ne plaisait pas à Scott. Peoples le persuada de garder l’essentiel de l’œuvre de Dick et il reprit le script de Fancher qui accepta mal les modifications et quitta le projet. Fancher revint néanmoins plus tard pour contribuer à quelques réécritures supplémentaires.

Moebius – The long tomorrow (1976)

Blade Runner doit beaucoup au film de Fritz Lang sorti en 1927, Metropolis. Scott crédite la peinture “Nighthawks” d’Edward Hopper et la bande dessinée “The Long Tomorrow” de proto-cyberpunk (écrite par Dan O’Bannon et dessinée par Moebius) comme sources d’humeur stylistique. Scott engagea Syd Mead en tant qu’artiste conceptuel, tous deux furent influencés par la revue française Métal Hurlant, à laquelle Moebius contribuait. La pré-production de Blade Runner fut proposée a Moebius, mais il déclina cette offre afin de se consacrer au film d’animation de René Laloux (Les Maîtres du temps) qui sortit en 1982, une décision que Moebius regrettera plus tard. Lawrence G. Paull (concepteur de production) et David Snyder (directeur artistique) ont réalisé les croquis de Ridley Scott et Syd Mead. Jim Burns a brièvement travaillé à concevoir les voitures volantes, appelées spinners, qui apparaissent dans le film. Un spinner peut rouler comme un véhicule terrestre et décoller aussi bien dans l’axe vertical qu’horizontal. Douglas Trumbull et Richard Yuricich ont supervisé les effets spéciaux pour le film.

La musique :

La musique originale du film est composée par Vangelis, qui vient alors de remporter l’Oscar de la meilleure musique de film pour Les Chariots de feu de Hugh Hudson. Sa composition pour Blade Runner est un mélange de mélodies sombres, de musique classique et de sons futuristes au synthétiseur qui reflètent l’ambiance voulue par Ridley Scott. Scott s’est également entouré du compositeur et pianiste Peter Skellern pour certains arrangements, de Demis Roussos, qui chante le titre Tales of the Future, et de Don Percival, qui interprète “One More Kiss, Dear”, chanson inspirée par “If I Didn’t Care” du groupe The Ink Spots. C’est le saxophoniste de jazz Dick Morrisseyn qui joue le solo du “Love Theme”. Un ensemble traditionnel japonais et un harpiste, Gail Laughton ont également participé à l’enregistrement de la musique originale. La chanteuse Mary Hopkin a participé à la bande-son sur “Rachel’s Song” mais cette contribution est absente du film et n’apparaît que sur le disque audio.

Philip K Dick – Do Androïds Dream of Electric Sheep (1968)

Le livre de Philip K. Dick : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? (1968) :

Philip K. Dick était influencé dans son écriture par les fluctuations de son aisance matérielle, de son entourage affectif et de son état psychique ; c’est ce qu’il nous confie dans une interview évoquant le livre qui a inspiré Blade Runner.

« Ce livre a été écrit alors que je connaissais une période de stabilité exceptionnelle. Nancy et moi avions une maison, un enfant et pas mal d’argent. Tout allait bien. À ce moment-là, j’opposais la chaleur de Nancy et la froideur des gens que j’avais connus auparavant. Je commençais à élaborer ma théorie de l’humain contre l’androïde, cet humanoïde bipède qui n’est pas d’essence humaine. Nancy m’avait révélé pour la première fois quel pouvait être le portrait d’un être humain vrai : tendre, aimant, vulnérable. Et je commençais donc à opposer cela à la façon dont j’avais grandi et été élevé. »

En 1992, la Terre a été dévastée par une guerre nucléaire et n’est plus habitée que par les rares humains qui ont choisi de ne pas émigrer sur Mars. Dans ce monde dévasté, les gens essaient d’oublier le vide de leur existence où cherchent à tout prix un lien d’empathie. Aussi, laisse-t-on allumé son poste de TV en permanence, regardant l’émission de variété de l’ami Wilbur Buster, présentateur toujours impeccable, toujours frais et jovial, ayant toujours quelque chose à dire, inépuisable et pourtant jamais ennuyeux apparemment. Par ailleurs, le mercerisme est une religion où l’individu cherche à ressentir la « Passion » d’un nouveau Christ, appelé Mercer, par le biais d’un appareil appelé boîte à empathie. Lorsqu’on y est connecté, l’on ressent violemment, jusqu’à en être physiquement affecté, le chemin de croix de Mercer, brutalisé et lapidé.

Par ailleurs, la plupart des espèces animales ont disparu dans le cataclysme si bien que leur simple possession est devenue, non seulement un signe de richesse, mais aussi un signe d’empathie, érigée en qualité absolue et réelle source de bien-être pour des Terriens vivant isolés.

Rick Deckard est l’un de ces hommes qui continuent à vivre sur Terre. Chasseur d’androïdes à San Francisco, il rêve de remplacer son mouton électrique par un vrai. Aussi, lorsque son supérieur lui apprend que des androïdes Nexus 6 se sont illégalement enfuis de Mars vers la Terre, il espère aussitôt que la récompense offerte pour leur capture va lui permettre de réaliser son rêve.

À l’aide du test de Voigt-Kampff, basé sur l’empathie, dont les androïdes sont censés être dépourvus, Rick Deckard entreprend alors de démasquer les androïdes fugitifs. Il se rend tout d’abord chez Rosen, le fabricant des androïdes Nexus 6, qui ne croit pas en l’efficacité du test de Voigt-Kampff. Afin de mettre celui-ci en défaut, il demande à Rick Deckard de réaliser le test sur sa nièce, Rachel Rosen. En réalité cette dernière n’est autre qu’un modèle « Nexus 6 », mais Deckard découvre la supercherie grâce à son expérience. Pourtant, il ne retire aucune satisfaction personnelle de cet épisode et s’interroge en voyant la détresse de Rachel. Peu après, celle-ci s’offre à lui, car elle espère, de même que son oncle, que Rick ne pourra plus ainsi tuer d’androïde et qu’il ne s’opposera donc plus au développement de la firme…

Voir sur YouTube : “BLADE RUNNER [The Final Cut] – Bande Annonce Offcielle (VOST) – Harrison Ford / Ridley Scott” par Warner Bros. France

Livre SF – Vernor Vinge – La captive du temps perdu (1986)

Dans ce roman, Vernor Vinge imagine une machine qui peut créer un champ de stase sphérique dans lequel le temps reste immobile pour une durée spécifiée de temps conventionnel, ce qui permet de voyager vers le futur mais sans espoir de retour. La bulle de stase, grâce à laquelle l’humain devient quasiment immortel, peut également être utilisé comme arme, comme bouclier contre d’autres armes, pour le stockage, pour le voyage spatial (combiné avec la propulsion à impulsions nucléaires) entre autres possibilités…

Vernor Vinge : 

Vernor Steffen Vinge, né le 2 octobre 1944 à Waukesha dans le Wisconsin, est un écrivain de science-fiction américain, surtout connu pour son roman “Un feu sur l’abîme” et son essai de 1993 sur la singularité technologique (ou singularité vingienne). La théorie de la singularité technologique émet l’hypothèse que l’évolution exponentielle de la technologie informatique atteindra bientôt un point au-delà duquel il ne nous sera plus possible de l’appréhender. Cette théorie est basée sur la loi de Moore qui postule un doublement de la puissance de calcul des ordinateurs tous les 18 mois. En extrapolant, il apparaît qu’en 2035 au plus tard, l’homme aura créé une intelligence supérieure à la sienne mettant ainsi fin à l’ère humaine. Vernor Vinge a également été professeur d’informatique et de mathématique à l’Université d’État de San Diego. Vernor Vinge a obtenu le prix Hugo de l’an 2000 pour son roman “A Deepness in the Sky”. II l’avait déjà reçu en 1973 pour “Un feu sur l’abîme”.

Vernor Vinge – Marooned in Realtime (1986)

Le livre : 

Le roman “La captive du temps perdu” (Marooned in Realtime) de Vernor Vinge a été publié pour la première fois en 1986 dans le magazine “Analog” et ensuite en tant que livre. C’est la suite de “The Peace War” non édité en français. “La captive du temps perdu” est paru en France aux éditions L’Atalante dans la collection Bibliothèque de l’évasion en 1996 et réédité aux éditions Le Livre de poche en 2000. Il a remporté le prix Prometheus.

L’histoire : 

Au début du 23ème siècle, pour des raisons mystérieuses, – épidémies, guerres, ou un phénomène baptisé par Vinge la “Singularité” – l’humanité tout entière a disparu et il ne reste plus que trois cents humains sur Terre qui ont échappé à cette extinction grâce aux bulles de stase. Celles-ci sont sphériques, de tailles variables et absolument indestructibles. Elles isolent ce qui se trouve à l’intérieur du cours même du temps, ce qui en fait des moyens de transport efficaces vers le futur seulement. Le problème majeur de la plupart de ces voyageurs à sens unique n’est pas des moindres : lorsque leur stase s’est terminée, ils se sont trouvés piégés après la disparition de l’humanité, certains sans ressources. Les survivants ont été rassemblés tant bien que mal au fil du temps par deux néo-tech, Yelen et Marta Korolev, au fur et à mesure que leur bulle temporelle ont cessé leur stase.

Les humains rescapés se divisent en deux groupes : les paléo-techs et les néo-techs. Les premiers sont les plus anciens voyageurs temporels. Leur technologie est relativement primitive et certains d’entre eux viennent d’une société libertarienne. Les seconds, des personnes qui ont vécu les dernières décennies avant l’extinction, sont beaucoup mieux équipés mais sont très peu nombreux, environ une dizaine.

Au moment de démarrer une nouvelle stase vers le futur lointain pour accueillir le dernier groupe de survivants, Martha Korolev est éveillée prématurément : l’ordinateur qui gère son système a été saboté et elle est livrée à l’écoulement du temps «normal» alors que tous les autres humains se trouvent en état de stase, sans vieillir. Elle se retrouve naufragée temporelle sur une Terre sauvage où, sans équipement, elle ne survivra qu’une quarantaine d’année dans une solitude absolue, à côté des autres bulles de stase inaccessibles.

Wil Brierson, paléo-tech policier shangaïé (stasé contre son gré) par quelqu’un qu’il s’apprêtait à démasquer dans une de ses enquêtes, est chargé de trouver le coupable avec l’aide de Della Lu, mais il ne dispose pour cela que du journal intime tenu par Marta…

Un beau livre étrange et captivant, écrit par un des maîtres de la SF.

Vernor Vinge – La captive du temps perdu

Deux extraits du livre : 

“Dans un sens, presque tous les invités étaient des exilés. Certains avaient été shangaïés, d’autres avaient sauté dans l’avenir pour fuir une peine (méritée ou non), d’autres (comme les Dasgupta) avaient cru devenir riches en s’affranchissant du temps durant deux ou trois siècles, pendant que leurs investissements fructifiaient… Dans l’ensemble, les sauts initiaux avaient été brefs – et tous réintégrèrent la temporalité aux XXIVe, XXVe et XXVIe siècles.
Mais quelque part au cours du XXIIIe siècle, l’humanité avait disparu. Les voyageurs revenus juste après l’Extinction ne trouvèrent que des ruines. Certains – les plus insouciants ou les criminels partis précipitamment – n’avaient rien emporté avec eux. Ils souffrirent de la faim ou vécurent quelques pitoyables années sur la Terre devenue un mausolée en pleine décrépitude. Les mieux équipés – comme les Néo-Mexicains – avaient les moyens de retourner en stase. Ils lancèrent leur bulle à travers le troisième millénaire, priant pour y trouver une civilisation renaissante. Ils ne découvrirent qu’un monde rendu à la nature, l’œuvre des hommes ensevelie sous la jungle, la forêt et la mer.
Même eux n’auraient pu survivre que quelques années dans la temporalité. Ils n’avaient ni combiné médical ni les capacités d’entretenir leurs machines ou de conserver leurs réserves alimentaires. Tôt ou tard, leurs équipements seraient tombés en panne, les abandonnant dans une nature redevenue sauvage.
Mais quelques voyageurs, très peu, étaient partis à la fin du XXIIe siècle – une époque où la technologie procurait à tout un chacun des ressources supérieures à celles de toutes les nations du XXe siècle réunies. Ils savaient entretenir et fabriquer quasiment tous leurs instruments les plus perfectionnés. La plupart avaient quitté la civilisation animés d’un authentique esprit d’aventure. Ils avaient les moyens de venir en aide aux voyageurs les moins chanceux dispersés à travers les siècles, les millénaires, et enfin les millions d’années qui s’écoulèrent”.

“Tandis que Wil flânait dans la forêt qui avait envahi la rue, l’étrangeté de la scène s’imposa graduellement à son esprit : la vie explosait de partout, mais on ne voyait nulle part d’être humain, ni même un simple robot. Les autres s’étaient-ils réveillés plus tôt, au moment précis où la bulle s’ouvrait?
Il partit chez les frères Dasgupta. À demi caché par les broussailles, quelque chose de grand et noir lui barra la route : son propre reflet. Les Dasgupta étaient toujours en stase. Les arbres encerclaient leur bulle. Des toiles aux reflets arc-en-ciel flottaient tout autour, mais sans en toucher la surface. Nulle plante grimpante, nulle araignée ne trouvait de prise sur sa surface polie comme un miroir.
Wil se rua dans la forêt, pris de panique. Maintenant qu’il savait ce qu’il cherchait, il les repérait facilement : le reflet du soleil luisait sur deux, trois, une demi-douzaine de bulles. Seule la sienne s’était ouverte. Il regarda les arbres, les oiseaux et les araignées. Ce spectacle lui devenait beaucoup moins agréable. Combien de temps survivrait-il sans la civilisation ? Le reste de la colonie pouvait sortir de stase dans quelques minutes, quelques centaines, voire quelques milliers d’années ; impossible de le savoir. En attendant, Wil était seul, peut-être l’unique homme vivant sur Terre”.