Livre SF – Clifford D. Simak – Au carrefour des étoiles (1963)

Il y a eu un temps entre le début des années 1950 et le milieu des années 1960 où chaque roman de Clifford Simak semblait capturer la vraie magie de la science-fiction, véhiculant souvent des idées très complexes avec une lisibilité et un flux étonnants, et affichant une délicieuse expertise dans la capture d’humeur et l’atmosphère – le plus souvent celle du Midwest américain, qui semblait être le territoire naturel de Simak.

La plupart des romans de l’âge d’or de Simak sont pleins d’action et de drame. Dans ce contexte, “Au carrefour des étoiles” (1963), souvent considéré comme le meilleur d’entre eux, est le plus étrange. Pour environ la première moitié du livre, l’intrigue est pratiquement statique, le souci étant de mettre en place et d’explorer la situation dans laquelle l’action de la deuxième moitié pourra se dérouler. Bien sûr, cela pourrait s’avérer soporifique et pourtant, malgré son manque apparent d’évènements, “Au carrefour des étoiles” est passionnant. En effet dans ce livre, Simak nous offre un opéra spatial d’envergure galactique dans les limites restreintes d’une ferme solitaire du Wisconsin.

L’auteur :

Clifford Donald Simak (1904-1988), fils d’un immigré tchèque, passe son enfance dans la ferme de son père. Après ses études à l’Université du Wisconsin-Madison, il commence à travailler comme instituteur, toujours dans le Wisconsin. Il collabore aussi à plusieurs journaux locaux et il envoie, en 1931, sa première nouvelle de science-fiction “Cubes of Ganymede”, à “Amazing Stories”.

Entre 1938 et 1943, Simak publie dans “Astounding Stories”, rebaptisé “Astounding Science Fiction”, une vingtaine de nouvelles dont “City”, premier texte de son plus célèbre roman “Demain les chiens” (1952). Puis, il s’éloigne petit à petit de ce magazine pour se rapprocher d’un autre, “Galaxy Science Fiction”, dans lequel il publie près d’une soixantaine de nouvelles entre 1941 et 1948.

Sa carrière de journaliste progresse aussi, puisqu’il devient directeur de l’information au Minneapolis Star en 1949 et coordinateur du Minneapolis Tribune’s Science Reading Series à partir de 1961. Il faut attendre le début des années 1950 pour voir Simak se consacrer en priorité à l’écriture de romans dont certains sont considérés par beaucoup d’admirateurs comme ses chefs-d’œuvre : “Dans le torrent des siècles” (1951) et “Chaîne autour du soleil” (1954). “Au carrefour des étoiles” (1963) est récompensé par le prix Hugo en 1964.

En 1962, Simak abandonne son poste de directeur de l’information au Minneapolis Star pour devenir journaliste scientifique. Il sera récompensé par la Minnesota Academy of Science Award en 1967 pour son travail dans la vulgarisation scientifique. Il prend sa retraite du journalisme en 1976 et continue à écrire au rythme d’environ un livre par an. Il reçoit cette année-là, le Grand Master Award de la SFWA pour l’ensemble de son œuvre. Clifford Simak a exploré de nombreux thèmes du genre au cours de sa carrière : voyages dans le temps, mondes parallèles, mutants, et a même écrit quelques textes de fantasy: “La Réserve des lutins” (1968), “Le Pèlerinage enchanté” (1975).

Le roman : 

Clifford D. Simak – Au carrefour des étoiles (1963)

“Au carrefour des étoiles” est l’histoire d’Enoch Wallace, un homme solitaire vivant reclus dans une vieille maison du sud-ouest du Wisconsin. L’histoire est contemporaine de la date de publication du roman (au début des années 60). Il se lie avec certains voisins, notamment avec Winslowe Grant, le facteur, et une jeune fille sourde et muette dénommée Lucy Fisher.

Cependant, Claude Lewis, un agent de la CIA, découvre que d’après les registres de l’état civil, Enoch Wallace, d’apparence trentenaire, aurait en réalité 124 ans, et serait donc le dernier survivant de la guerre civile.

Nous apprenons bientôt le secret d’Enoch : de retour de la Guerre de Sécession, il a été choisi par un extraterrestre dénommé Ulysse pour devenir le gardien de la station stellaire récemment créée sur Terre, un des relais que la Confédération Galactique utilise pour permettre aux habitants de la Galaxie de voyager plus rapidement. Depuis un siècle, dans sa vieille bâtisse, il s’est donc transformé en “aiguilleur de l’espace”, ce qui lui permet de rencontrer de nombreux êtres étranges avec lesquels parfois il s’est lié d’amitié, mais aussi de se retrouver à l’abri du temps et d’échapper ainsi au vieillissement. Mais la Terre n’est pas encore prête pour l’adhésion à la confraternité des races galactiques, c’est pour cela qu’Enoch doit garder l’existence de sa station secrète. Après s’être coupé de ses congénères, Enoch consacre son temps à écrire un journal intime, sorte de cahier de rencontres où il consigne toutes ses observations sur les différentes créatures qu’il croise dans sa station.

Il a également appris une science extra-terrestre, qui l’a convaincu, à son grand désespoir, que la Terre se dirige vers une guerre nucléaire désastreuse. Si elle ne détruit pas forcément toute vie humaine, elle retardera certainement toute entrée possible de la Terre dans l’union galactique de plusieurs siècles.

Au fil du livre, plusieurs menaces différentes se concrétisent : la CIA mène son enquête sur l’anomalie temporelle créée par le champ de la station et, dans la Galaxie, le Talisman, un artefact garant de la paix entre les peuples, est dérobé, ce qui menace de plonger la Confédération Galactique dans le chaos. Enfin, le père de de son amie Lucy qui a d’étranges pouvoirs menace de lui rendre la vie difficile.

Enoch est donc confronté à une crise dans laquelle s’offrent à lui plusieurs choix désagréables : abandonner la Terre et sa station d’acheminement ; ou abandonner la maison et retourner dans la société terrestre, perdant ainsi sa connexion avec ses amis extraterrestres ; ou peut-être même demander à la société galactique de prendre des mesures drastiques concernant la limitation des capacité de l’humain à faire la guerre…

Extraits du livre : 

Extrait N°1 : 

« Enoch remit son mouchoir en poche et, le voyageur sur ses pas, regagna le perron. Tous deux s’assirent sur les marches.

– Vous devez venir de très loin, lança Enoch avec une curiosité discrète.

– De très loin, en effet. Je suis à une sacrée distance de chez moi.

– Et vous avez encore une longue route à faire ?

– Non, répondit l’étranger. Non, je crois que je suis arrivé là où il fallait que j’aille.

– Vous voulez dire…

Mais Enoch laissa sa phrase en suspens.

L’étranger reprit :

– Je veux dire : ici. Sur ces marches. J’étais à la recherche d’un homme et je pense que vous êtes cet homme. Je ne connaissais pas son nom, j’ignorais où je le rencontrerais, mais je savais que je le trouverais un jour ou l’autre. Et voilà qui est fait.

– Moi ? fit Enoch, sidéré. C’est moi que vous cherchiez ? Mais pourquoi ?

– Il fallait que cet homme présentât diverses caractéristiques. Entre autres, qu’il eût tourné ses regards vers les étoiles et se fût posé des questions à leur sujet.

– Cela m’est effectivement arrivé, dit Enoch. Bien souvent, bivouaquant dans les champs, enroulé dans ma couverture, j’ai regardé les étoiles en me demandant ce qu’elles étaient, comment il se fait qu’elles se trouvent là-haut et, surtout, pourquoi. J’ai entendu dire que chacune est un soleil semblable à celui qui brille sur la Terre. Mais je n’en sais rien et je suppose que personne ne sait grand chose à ce sujet…

– Il y a des gens qui savent.

– Vous, peut-être ? fit Enoch d’un ton légèrement railleur car l’inconnu n’avait pas l’air d’un homme qui eût des lumières particulières.

– Oui, répondit l’étranger. Quoique je n’en sache pas autant que beaucoup d’autres.

– Je me suis parfois demandé si, pour autant que les étoiles sont des soleils, il ne pourrait pas exister d’autres planètes. Et d’autres gens, aussi.

(…)

– Le croyez-vous ? demanda l’étranger.

– Ce n’était qu’une idée en l’air.

– Pas si en l’air que cela. Il existe d’autres planètes. Il existe d’autres gens. Je suis l’un d’eux. »

Extrait N°2 : 

“- Nous voyageons d’étoile en étoile. Plus vite que la pensée. Pour cela, nous nous servons de ce que vous appelleriez des machines. Mais ce ne sont pas des machines. En tous cas, pas dans le sens où vous l’entendez.

– Je suis désolé, fit Enoch avec gène, mais cela me paraît tellement invraisemblable…

– Vous vous rappelez lorsque la voie ferrée a été installée à Melville ?

– Oui. J’étais tout gosse.

– Eh bien, admettez que c’est simplement une autre vois ferrée. La Terre n’est qu’une ville et cette maison sera la gare de ce nouveau chemin de fer. Un chemin de fer d’une nature spéciale. La seule différence sera que tout le monde sur Terre, vous excepté, ignorera l’existence de cette ligne. Ce ne sera d’ailleurs qu’un gîte d’étape, une simple plaque tournante. Aucun Terrien ne pourra acheter un billet à cette gare. “

Extrait N°3 :

« Si seulement je pouvais lui apprendre la science pasimologique des Galactiques ! songea Wallace. Alors, nous pourrions parler, elle et moi, presque aussi aisément que des humains échangeant un flot de paroles. Avec du temps, ce pourrait être faisable. Le langage par signes des Galactiques était si naturel et si logique que ce devait être un mode d’expression quasi instinctif une fois qu’on en avait assimilé les principes de base.

D’ailleurs, le langage par signes existait sur Terre depuis les origines des temps. Seulement, dans le meilleur des cas, ce n’était qu’une béquille permettant à l’homme de marcher en claudiquant, mais pas de courir. Alors que le langage galactique, mis au point pendant des millénaires par une foule d’êtres différents, était une véritable langue. Fignolée, polie et repolie, et qui, désormais, constituait un outil de communication à valeur universelle.

Et c’était aussi un instrument indispensable car la galaxie était une tour de Babel. La pasimologie elle-même ne parvenait pas à surmonter tous les obstacles : dans certains cas, elle ne réussissait même pas à assurer un minimum d’échange d’informations élémentaires. C’est qu’il n’y avait pas simplement le problème des langues parlées (on en comptait trois millions) ; il y avait aussi celui des langues ne reposant pas sur les lois de l’acoustique, leurs usagers appartenant à des races qui ignoraient ce qu’était le son. De quelle utilité, en effet, pouvait être le son pour des races utilisant les infra-sons, inaudibles à toute autre ? Bien sûr, il y avait la télépathie mais, pour une race de télépathes, il s’en trouvait mille qui avaient un blocage télépathique. Beaucoup employaient un système de signes, d’autres des symboles écrits ou des pictogrammes – certaines créatures possédaient même une sorte de tableau noir chimique incorporé à leur structure physiologique.

Sans oublier cette espèce sourde et muette, originaire de mystérieuses étoiles des confins de la galaxie, dont le langage était peut-être le plus complexe de l’univers tout entier : c’était un code de signaux véhiculés par le système nerveux. »

Film & Livre – Fantomas (1964-67)

Fantomas est connu pour son adaptation au cinéma réalisée par André Hunebelle, premier opus d’une trilogie mettant en scène le trio Jean Marais, Louis de Funès et Mylène Demongeot. Mais il faut savoir que ce personnage est très librement inspiré d’une saga de trente-deux titres écrits par Pierre Souvestre et Marcel Allain qui, un siècle plus tard, garde toute sa vitalité inventive et jubilatoire. Et le mystère engendré par ce criminel demeure l’un des plus fascinants qui soient, digne des figures les plus troublantes de la littérature contemporaine. Fantômas inspira aussi cinq adaptations cinématographiques réalisées par Louis Feuillade entre 1913 et 1914, ainsi qu’une mini-série franco-allemande en quatre épisodes de 90 minutes, créée par Bernard Revon, réalisée en 1979 par Claude Chabrol et Juan Luis Buñuel et diffusée en 1980 sur Antenne 2.

La saga en roman (1910-1911) :

Fantômas est un personnage de fiction français créé en 1910-1911 par Pierre Souvestre et Marcel Allain. La silhouette encagoulée du maître du crime devient une figure emblématique de la littérature populaire de la Belle Époque et du serial français à la suite de la diffusion des trente-deux romans des deux coauteurs (1911-1913) et des adaptations cinématographiques réalisées par Louis Feuillade (voir ci-dessous le film muet : “Fantomas – A l’ombre de la guillotine (1913)”. La saga connaît un succès public et suscite l’enthousiasme de grands écrivains et artistes.

Interrompue par la mort de Pierre Souvestre et le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la série est reprise par le seul Marcel Allain après-guerre. Fantômas demeure un des feuilletons les plus marquants de la littérature populaire en France, bien que le personnage-titre s’inscrive dans la tradition des génies du crime incarnés par Rocambole (et le mentor de ce dernier, Sir Williams), le colonel Bozzo-Corona (“parrain” de la société secrète criminelle des Habits noirs imaginée par Paul Féval), Zigomar (criminel masqué créé par Léon Sazie), Erik, le Fantôme de l’Opéran de Gaston Leroux et l’Arsène Lupin de Maurice Leblanc, moins terrifiant mais non dénué d’ombres. Pierre Souvestre et Marcel Allain qui écrivent des roman-feuilletons depuis 1909, cosignent entre 1911 et 1913 Fantômas, une série de trente-deux volumes à 65 centimes, l’éditeur Arthème Fayard leur imposant par contrat l’écriture d’un roman par mois.

Selon Marcel Allain, à cause du rythme de production exigé par Arthème Fayard, les volumes du roman ont été initialement dictés par lui et Pierre Souvestre à l’aide d’un dictaphone, puis saisis la nuit par des dactylos. Par ce procédé, Fantômas impose un style débridé (qui évoquera aux surréalistes l’écriture automatique) ainsi que des intrigues sombres et tortueuses construites autour des crimes de son (anti)héros à l’imagination sans limite, intrigues animées par des courses poursuites échevelées qui font appel à toutes les ressources de la technologie (automobile, train, paquebot – et même fusée dans les années 1960) et baignées dans une atmosphère poético-fantastique.

Fantômas ressuscite par ailleurs, pour les lecteurs contemporains, la société de la Belle Époque et notamment un Paris disparu, dans la lignée des feuilletonistes du XIXe siècle (Eugène Sue notamment), les apaches succédant aux mohicans d’Alexandre Dumas dans la jungle urbaine européenne. L’insaisissable bandit, l’«armée du crimen» dont il dispose ainsi que ses adversaires font également de brèves échappées en Afrique et en Amérique, jusque dans l’espace dans le dernier épisode rédigé par Marcel Allain seul. Pierre Souvestre et Marcel Allain collectionnent ainsi les faits divers qui émaillent la presse française mais aussi anglo-saxonne, participant à la psychose d’insécurité relayée par cette presse.

Le triomphe du bandit masqué fut immédiat : Blaise Cendrars écrit dans la revue d’Apollinaire Les Soirées de Paris : «Fantômas, c’est l’Énéide des temps modernes». Apollinaire, Max Jacob, Blaise Cendrars, Robert Desnos, Jean Cocteau et les surréalistes célébrèrent à l’envi le criminel en cagoule et collants noirs (l’uniforme de la plupart de ses mauvais coup nocturnes) ou masqué d’un loup noir, en frac et haut de forme, enjambant Paris en brandissant un couteau ensanglanté (la célèbre couverture de l’édition originale du premier volume, souvent reprise et elle-même inspirée par une publicité pour des pilules).

La Trilogie d’André Hunebelle (1964-1967) : 

Fantomas (1964)

Fantômas est davantage connu aujourd’hui dans l’imaginaire populaire par le biais des comédies d’aventures avec Louis de Funès et Jean Marais. Cependant, le masque bleu et les gadgets technologiques (dont la Citroën DS volante) du bandit, le Juve hystérique et maladroit et le Fandor ambigu (pour cause puisque le même acteur – Jean Marais – interprète à la fois le criminel et son irréductible ennemi, le journaliste Fandor) de cette trilogie cinématographique n’entretiennent aucun rapport avec la saga littéraire de Pierre Souvestre et Marcel Allain, le seul élément fidèle demeurant la propension au déguisement des personnages principaux.

Reprenant les personnages principaux (Fantômas, le journaliste Fandor, le commissaire Juve, Hélène et Lady Beltham) de l’œuvre, Hunebelle et Jean Halain son fils et scénariste proposent dans la trilogie un Fantômas d’un genre nouveau. On retrouve bien l’inquiétant criminel aux mille visages mais le climat macabre est escamoté au profit d’un mélange de fantaisie, d’humour et d’action. La formule du Fantômas selon Hunebelle comprend l’action (Jean Marais), le rire (Louis de Funès), le charme (Mylène Demongeot) et la menace (Raymond Pellegrin la voix inquiétante de Fantômas) le tout imprégné de références à la culture «pop» française des années 1960 et notamment les premiers James Bond au cinéma, la DS, le fourgon HY, la science-fiction, la Terrasse Martini sur les Champs-Élysées, la télévision, etc…

Même si plus de 50 ans séparent la parution du premier roman de cette adaptation, Marcel Allain, un des deux pères de Fantômas, a pu découvrir la trilogie. Dans la préface de Sur la piste de Fantômas, Mylène Demongeot écrit : «Je me souviens avoir rencontré Marcel Allain au moment où il achevait la lecture du scénario… Il n’était pas content du tout ! Mais, après le grand succès du film, il semble qu’il se soit résigné, et, finalement, il a été satisfait de voir son Fantômas revivre de cette façon-là.» Toutefois, certains aspects des films ont passablement irrité Allain, comme la cour que fait Fantômas à Hélène dans les deux premières aventures (dans les romans, Fantômas est le père d’Hélène) ou le frère que l’on donne à Hélène dans Fantômas se déchaîne.

Les acteurs : 

Le Juve incarné par Louis de Funès dans les trois films est loin du Juve de Souvestre et Allain. Dans les romans, le policier est un calculateur qui établit des plans extraordinaires et qui possède une étonnante puissance de déduction à la Sherlock Holmes. Le Juve de Hunebelle est très différent, râleur et gaffeur, et l’interprétation trépidante de de Funès, génial dans Fantômas contre Scotland Yard selon Jean Tulard dans son Dictionnaire du cinéma, entraîne la trilogie vers le comique. De plus, entre le premier et le dernier Fantômas, de Funès accumulant les succès avait changé de stature et Michel Wyn, le réalisateur de la seconde équipe sur Fantômas contre Scotland Yard confie : «Le rôle de Jean Marais était escamoté au profit des pitreries de de Funès, au fur et à mesure des films. Marais éprouvait une certaine amertume, il dépassait les cinquante ans et avait du mal à effectuer les cascades.»  Mylène Demongeot l’a déclaré à différentes reprises : « Le génie comique de Louis de Funès faisait de l’ombre à Jean Marais. De Funès ne pouvait pas faire autrement, Marais l’a mal pris. On le sent dans le troisième épisode. Après, la question des salaires a définitivement réglé le problème. »

Un 4e script, Fantômas à Moscou (dans lequel Fandor apprend qu’il est le véritable fils de Fantômas) était cependant dans les tiroirs pour parer à toute éventualité (cette information avait été lâchée par Jean Marais à France-Soir le soir de la première du film).

Voir sur YouTube : “Fantomas avec louis de funes – Le film” par imineo

Voir sur Vimeo : Film muet : “Fantomas – A l’ombre de la guillotine (1913)” par George Morbedadze

Film & Livre – Quelques Messieurs Trop Tranquilles (1973)

Le Film : 

Loubressac, un petit village du Lot, se meurt faute d’habitants. Seul le tourisme peut sauver la région de sa lente agonie. Mais entre Julien Michalon (Jean Lefebvre) le patron du café-épicerie, Arsène Cahuzac (Henri Guybet) le fossoyeur, Michel Peloux (Michel Galabru) l’instituteur, Paul Campana (Bruno Pradal) le garagiste et Adrien Perrolas (Paul Préboist) le cultivateur, les avis divergent. Et voilà qu’arrive une tribu de Hippies érotomanes avec à leur tête Charles (Charles Southwood), un américain que la châtelaine (Renée Saint-Cyr) à autorisé à bivouaquer sur son domaine, autorisation d’autant plus facilement obtenue que la comtesse veut éviter le retrour de son ancien locataire un truand juste sorti de prison prénommé Gérard (André Pousse). Jusqu’au jour où l’on assassine le régisseur de la châtelaine dont le cadavre est retrouvé dans la carrière… Les beatniks sont alors les coupables tout désignés. Pourtant Paul n’en est pas convaincu ; il entraine ses amis Julien, Arsène, Adrien et Michel sur la piste d’indices troublants. Et ce n’est pas sans danger…

Le Livre :

La nuit des grands chiens malades (1972)

Le film sorti en 1973 et réalisé par Georges Lautner, est adapté du roman La nuit des grands chiens malades”, paru en 1972. écrit par A. D. G. (Alain Dreux Gallou) qui fut, pendant une dizaine d’années, l’un des auteurs-phares de la Série noire aux éditions Gallimard. Ce roman plein d’humour et de truculence est truffé de mots en patois berrichon :

“Nous, bien sûr qu’on est berrichons, d’entre Châteauroux et Bourges, on n’a pas la grosse cote auprès des Parisiens: qu’on serait lourds, méfiants, un peu retardés pour tout dire, pleins de croyances obscures. Seulement, on a quand même la télévision, et les Hippizes, on sait ce que c’est, des jeunes qui se droguent et qui prêtent leurs femmes à tout le monde. Alors quand on les a vus débarquer, dix, douze, sans compter les gniards, et planter leur tente à la “Grand’Côte”, là, notre sang n’a fait qu’un tour”.

Le tournage :

Le tournage du film s’est déroulé dans le village de Loubressac, dans le département du Lot. Dans “Quelques Messieurs Trop Tranquilles” Georges Lautner fait un clin d’œil à l’un de ses films précédent, “Ne nous fâchons pas” : le titre du film apparaît dans un panneau tournant lors de la scène de la fusillade entre le personnage d’André Pousse et ses deux complices, et le personnage de Jean Lefebvre a dans les deux films le nom de « Michalon ». Il fait aussi un clin d’oeil aux “Tontons Flingeurs” lors des scènes de fusillade avec l’arrivée de la comtesse ou la musique faite par les stalactites. Le château de la Comtesse est le château de Belcastel, situé à 30 km de Loubressac sur la commune de Lacave, dans le département du Lot. Les obsèques de Martin ont été tournées à Carennac, village proche de Loubressac. L’épicerie buvette de Michalon existait déjà, mais le garage de Campana a été construit spécialement pour le film, sur la place du village. La scène finale du film se déroule dans les Grottes de Cougnac. Boby Lapointe devait jouer un aubergiste dans le film, mais il meurt en juillet 1972, et son personnage est retiré du scenario.

Voir sur YouTube : “Quelques messieurs trop tranquilles de Georges Lautner (1972) #MrCinéma 104” par Cinémannonce

Livre & Série TV – Les Secrets de la Mer Rouge

L’auteur : 

Henry de Monfreid (né à La Franqui, le 14 novembre 1879, et mort le 13 décembre 1974 à Ingrandes) était un aventurier et écrivain français. Son père, George-Daniel de Monfreid, était peintre et graveur. En 1913, il se marie avec une allemande, Armgart Freudenfeld, dont il aura trois enfants. Elle aura une grande influence sur son œuvre d’écrivain. Il tira de ses aventures dans la mer Rouge, les eaux littorales de la Corne de l’Afrique et le détroit de Bab-el-Mandeb, des romans et nouvelles.

Il part en 1911 à Djibouti, alors possession française, faire le négoce du café et de peaux. Il construit lui-même ses boutres, dont le plus célèbre, l’Altaïr, et fréquente les côtes de la mer Rouge. Sa connaissance des mouillages et des ports en fait une source de renseignements utile à la France pendant la Première Guerre mondiale. Il rejoindra plus tard l’organisation des Croix-de-feu.

Il entame ensuite une vie de contrebandier, se convertit à l’islam en 1914. Il vit de différents trafics, perles, armes, haschisch, et même morphine qu’il revend aux riches Égyptiens , ce qui lui vaut plusieurs séjours en prison. Il se base à Obock : sa maison est prés du rivage, ce qui permet à sa femme de disposer des lumières sur la terrasse si la vedette des gardes-côtes est à l’affut… Puis, il se fixe en Éthiopie : il a fait assez de bénéfices pour acheter une minoterie et construire une centrale électrique dans sa ville de résidence.

Kessel lui conseille d’écrire ses aventures. Ses romans remportent un franc succès dans les années 1930. Il est également correspondant de presse. Après la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle il s’engage au côté des italiens, après s’être réinstallé en Éthiopie, et suite à la débâcle de l’armée du Duce, il est capturé par les Britanniques, puis est déporté au Kenya. Libéré, il vit de chasse et de pêche sur les pentes du Mont Kenya. Il retourne en France en 1947 et s’installe dans une grande maison à Ingrandes (Indre), où il peint, joue du piano, et surtout écrit.

Le livre :

Henry de Monfreid arrive à trente-deux ans à Djibouti où il devient commerçant en cuirs et cafés. Mais cette existence le lasse vite. Il marche peut-être sur les traces de Rimbaud par son étoffe d’aventurier, mais la littérature ne l’intéresse guère pour l’instant ; pas plus que la civilisation, ces petits comptoirs coloniaux où il étouffe. Il lui faut l’air du large, le pont vibrant de son boutre, toutes voiles dehors fuyant coups de vent et tempêtes, en compagnie de ses fidèles Danakils, dont il porte le turban et le simple pagne. Remarquable marin, il trafique les perles et les fusils avec une égale audace, déjouant (le plus souvent) les pièges d’une administration sourcilleuse, rusant avec les marchands ou les pirates. Monfreid n’est pas poète, mais homme d’action. Prodigieux conteur pourtant : cette mer aux flots limpides, illuminés sous un azur aveuglant, il a su comme personne en exprimer la toute-puissante magie.

Extrait du livre :

“Je sors d’une séance pénible dans le bureau de mon patron où, flanqué de son fondé de pouvoir, il vient de m’accabler de reproches pour mon manque de goût au métier de commerçant en cuirs et cafés. Je suis encore trempé de sueur, car je n’étais pas sous le bienfaisant panka dont le rythme paisible ponctuait les phrases tonnantes chargées de reproches mérités : erreurs de comptes, manques dans les stocks dont j’avais trop légèrement contrôlé les entrées, tout cela causé par ces excursions en mer sur ce damné boutre que j’avais acheté dernièrement.
En raison de l’intimité du gouverneur Pascal et de mon patron, je compris que ce dernier avait été gagné à la cause gouvernementale et que sa diatribe contre ma négligence n’était qu’une tentative pour me faire renoncer à la navigation.
Je vais à mon bateau, pour me remettre de cette scène fâcheuse et secouer le joug que je sens de plus en plus peser sur moi, ce joug terrible que doit subir celui qui veut se faire une place dans la considération de ce monde de trafiquants de denrées coloniales, travaillant avec le système des traites documentaires, cette espèce d’acrobatie financière où l’on risque de se balancer entre la faillite et la correctionnelle.
C’est l’heure de la marée basse ; mon petit bateau est couché sur le sable humide découvert par le jusant. Ahmed et Abdi dorment béatement au frais, à l’ombre de la coque, dans le courant d’air du large.
La mer, retirée à l’accore du récif, emplit l’air lumineux de son bruit. Il semble être la voix de cette écume blanche qui, éternellement, frange le bleu profond de l’océan sans âge.
Je m’assieds sous le ventre de la barque. Un dégoût profond me vient au souvenir de ce bureau sombre où des employés s’agitent dans les relents de naphtaline et de cuirs verts.
Pourquoi m’ astreindre à cette vie qui, pour moi, équivaut à un bagne ? Pourquoi ne pas céder à l’appel de cet horizon bleu, au gré de cette mousson puissante et suivre ces petites voiles blanches que je vois chaque jour disparaître vers cette mer Rouge, pleine de mystères ? Pourquoi escompter un avenir de bon commerçant, si je n’ai rien pour le devenir?
Mon parti est pris : je vais donner ma démission.
N’ayant pas les moyens de loger à l’hôtel, je m’installe sur mon boutre, en compagnie de mon équipage.
Je vais tenter de faire d’abord la pêche des perles, car l’argent me manque pour acheter des armes.
Cheik-Saïd est à l’ordre du jour. Un journaliste est venu faire un reportage sur ce petit territoire, que les vieux atlas Foncin de mon enfance, marquaient en rose, couleur consacrée des Possessions françaises.
Ce journaliste vient me voir et me raconte qu’il ne peut pas trouver de boutre pour le mener à Cheik-Saïd.
Je n’en suis pas surpris et je comprends fort bien qu’aucun nacouda ne veuille prendre la responsabilité de débarquer à Cheik-Saïd ce Parisien botté, casqué et harnaché de tout un attirail d’explorateur.
– Vous tenez absolument à y aller? lui demandai-je.
– Essentiellement…”

La Série TV : 

Les Secrets de la mer Rouge est une série télévisée française en 26 épisodes de 26 minutes, créée par Claude Guillemot assisté de Pierre Lary. La première saison a été diffusée du 5 mai au 1er septembre 1968 sur la première chaîne de l’ORTF et la deuxième du 7 septembre au 30 novembre 1975. Elle présente les aventures de Henry de Monfreid, célèbre aventurier français, interprété par Pierre Massimi.

Voir sur YouTube : “LES SECRETS DE LA MER ROUGE” par Eric Aleix

Livre SF – Flashforward – Robert J. Sawyer (1999)

Flashforward est un roman de science-fiction écrit par l’auteur canadien Robert J. Sawyer en 1999. L’histoire se passe au CERN, en 2009, alors que des physiciens effectuent des essais sur l’accélérateur du grand collisionneur de hadrons pour rechercher une nouvelle particule, le boson de Higgs. L’expérience a un effet secondaire spectaculaire : la race humaine entière perd conscience pendant environ deux minutes. Et pendant ces deux minutes, presque tout le monde expérimente sa vie dans le futur, plus exactement, vingt et un ans et six mois dans l’avenir. Ce «flashforward» se traduit par d’innombrables morts et accidents impliquant des véhicules, des avions et tout autre appareil nécessitant un contrôle humain au moment de l’expérience. Le roman a inspiré la série télévisée de 2009 du même nom.

L’histoire :

Lloyd Simcoe, un physicien canadien des particules âgé de 45 ans, supervise les recherches sur le grand collisionneur de hadrons. Il travaille avec sa fiancée Michiko Kamura, qui a une fille, Tamiko. L’expérience apporte de façon inattendue une vision d’un futur plausible dans lequel les personnages ont vingt ans de plus. Les conséquences incluent la mort de Tamiko suite à la perte de contrôle d’un véhicule qui fonce sur elle dans son école. Aucun dispositif d’enregistrement dans le monde n’a fonctionné dans le présent pendant l’événement. Plusieurs autres personnages (ceux qui n’ont rien vu d’eux dans le futur) perdent aussi leur vie dans la vision du flashforward. Cela inclut l’ami de Lloyd, le chercheur Theo Procopides, qui apprend qu’il sera assassiné. Mais Theo tente d’empêcher son propre meurtre. Au fil du temps, il devient clair que les événements du futur ne sont pas prédestinés. Certaines personnes, y compris Dimitrios, le frère de Theo, se suicident après avoir été déprimés par des visions de leur propre avenir lugubre. D’autres personnages se hâtent de transformer ces futurs en réalité. Au CERN, les scientifiques prévoient de répéter l’essai, mais ce coup-ci en avertissant le monde de l’heure exacte, pour que les gens se préparent…

La quatrième de couverture :

“Le roman qui a inspiré la série TV Flashforward ! L’espace de quelques minutes, l’humanité a perdu conscience. Durant ce laps de temps, chacun a eu un aperçu fugitif de son avenir vingt ans plus tard. Quand le monde s’éveille de nouveau, plus rien n’est comme avant : le black-out a causé des milliers de morts et de blessés. Plus encore : ces visions ont bouleversé les esprits à jamais. Et vous, qu’avez-vous vu ?”

Extrait du premier chapitre : 

Jour 1 : mardi 21 avril 2009

Une faille dans l’espace-temps…

“Le bâtiment abritant le centre de contrôle du Grand collisionneur de hadrons du CERN était flambant neuf : sa construction avait été autorisée en 2004 et achevée en 2008. Il entourait une cour intérieure centrale, bien entendu surnommée « le noyau ». Chaque bureau possédait une fenêtre donnant soit sur le noyau soit sur le reste du vaste complexe du CERN. Le quadrilatère entourant la cour était haut de deux étages, mais les ascenseurs principaux en distribuaient quatre : les deux niveaux au-dessus du sol, le sous-sol – qui abritait les chaufferies et les entrepôts – et le niveau moins cent mètres, qui ouvrait sur la zone d’embarquement pour le monorail servant à voyager le long de la circonférence de quelque vingt-sept kilomètres du tunnel du collisionneur. Le tunnel lui-même courait sous des champs, les abords de l’aéroport de Genève, et les contreforts du Jura.

Dans le centre de contrôle, le mur sud du couloir principal était divisé en vingt longues sections, chacune décorée d’une mosaïque créée par un artiste d’un des pays membres du CERN. Celle de la Grèce représentait Démocrite et l’origine de la théorie atomique, celle d’Allemagne la vie d’Einstein, celle du Danemark la vie de Niels Bohr. Ces œuvres n’avaient pas toutes la physique pour thème, cependant. Ainsi, celui de France qui représentait la ligne d’horizon de Paris, et l’italien un vignoble avec des milliers d’améthystes polies figurant les grappes de raisin.

La salle de contrôle du Grand collisionneur de hadrons était un carré parfait, avec de larges portes coulissantes placées précisément au centre de deux de ses côtés. La salle était haute de deux étages et sa partie supérieure était vitrée, de sorte que des groupes de visiteurs pouvaient observer le travail mené en contrebas. Le CERN proposait en effet au public une visite de ses installations pendant trois heures, le lundi et le samedi, à 9 heures et 14 heures. Les drapeaux des vingt pays membres étaient accrochés aux murs sous la partie vitrée. La vingt et unième place était occupée par le drapeau bleu et or de l’Union européenne.

La salle de contrôle contenait des dizaines de consoles. L’une était consacrée au maniement des injecteurs de particules et supervisait les débuts des expériences. Juste à côté, on en trouvait une autre avec une face pentue et dix moniteurs intégrés qui afficheraient les résultats rapportés par les détecteurs ALICE (acronyme pour « A Large Ion Collider Experiment » : expérience sur un grand collisionneur d’ions) et CMS (« Compact Muon Solenoid » : solénoïde compact à muons) : deux énormes systèmes souterrains qui enregistreraient et tenteraient d’identifier les particules produites par les expériences du LHC (pour « Large Hadron Collider », la version anglaise de « Grand collisionneur de hadrons »). Les moniteurs d’une troisième console montraient des portions légèrement courbes du tunnel du collisionneur, avec la voie du monorail rivée au plafond.

Lloyd Simcoe, un chercheur d’origine canadienne, était assis devant la console de l’injecteur. Il avait quarante-cinq ans, était grand et rasé de près. Ses yeux étaient bleus et ses cheveux en brosse d’un brun si sombre qu’on pouvait presque les qualifier de noirs, sauf aux tempes où ils grisonnaient”…

La série TV : 

La série télévisée américaine a été adaptée à la télévision par Brannon Braga et David S. Goyer et fut diffusée pour une saison sur ABC entre le 24 septembre 2009 et le 27 mai 2010. Elle est inspirée du roman éponyme de Robert J. Sawyer. La trame des épisodes reprend les grandes lignes du livre : perte de connaissance collective, vision de l’avenir, mort annoncée d’un des personnages,… Mais la comparaison s’arrête là. À l’origine, deux saisons devaient être tournées, mais le 13 mai 2010, il a été signalé que la deuxième saison ne serait pas faite en raison d’un déficit d’audience. L’épisode final de la saison 1 a été tournée avant qu’on sache que le spectacle serait annulé et a dévoilé un autre événement flashforward se produisant plus de 20 ans dans le futur, suivant en cela de près le livre. La série, disponible en DVD, est aussi captivante que le livre. Dommage qu’il n’y ait pas eu de suite…

Voir sur YouTube : “FlashForward – Bande annonce” par Disney FR