Livre & Série TV – Les Secrets de la Mer Rouge

L’auteur : 

Henry de Monfreid (né à La Franqui, le 14 novembre 1879, et mort le 13 décembre 1974 à Ingrandes) était un aventurier et écrivain français. Son père, George-Daniel de Monfreid, était peintre et graveur. En 1913, il se marie avec une allemande, Armgart Freudenfeld, dont il aura trois enfants. Elle aura une grande influence sur son œuvre d’écrivain. Il tira de ses aventures dans la mer Rouge, les eaux littorales de la Corne de l’Afrique et le détroit de Bab-el-Mandeb, des romans et nouvelles.

Il part en 1911 à Djibouti, alors possession française, faire le négoce du café et de peaux. Il construit lui-même ses boutres, dont le plus célèbre, l’Altaïr, et fréquente les côtes de la mer Rouge. Sa connaissance des mouillages et des ports en fait une source de renseignements utile à la France pendant la Première Guerre mondiale. Il rejoindra plus tard l’organisation des Croix-de-feu.

Il entame ensuite une vie de contrebandier, se convertit à l’islam en 1914. Il vit de différents trafics, perles, armes, haschisch, et même morphine qu’il revend aux riches Égyptiens , ce qui lui vaut plusieurs séjours en prison. Il se base à Obock : sa maison est prés du rivage, ce qui permet à sa femme de disposer des lumières sur la terrasse si la vedette des gardes-côtes est à l’affut… Puis, il se fixe en Éthiopie : il a fait assez de bénéfices pour acheter une minoterie et construire une centrale électrique dans sa ville de résidence.

Kessel lui conseille d’écrire ses aventures. Ses romans remportent un franc succès dans les années 1930. Il est également correspondant de presse. Après la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle il s’engage au côté des italiens, après s’être réinstallé en Éthiopie, et suite à la débâcle de l’armée du Duce, il est capturé par les Britanniques, puis est déporté au Kenya. Libéré, il vit de chasse et de pêche sur les pentes du Mont Kenya. Il retourne en France en 1947 et s’installe dans une grande maison à Ingrandes (Indre), où il peint, joue du piano, et surtout écrit.

Le livre :

Henry de Monfreid arrive à trente-deux ans à Djibouti où il devient commerçant en cuirs et cafés. Mais cette existence le lasse vite. Il marche peut-être sur les traces de Rimbaud par son étoffe d’aventurier, mais la littérature ne l’intéresse guère pour l’instant ; pas plus que la civilisation, ces petits comptoirs coloniaux où il étouffe. Il lui faut l’air du large, le pont vibrant de son boutre, toutes voiles dehors fuyant coups de vent et tempêtes, en compagnie de ses fidèles Danakils, dont il porte le turban et le simple pagne. Remarquable marin, il trafique les perles et les fusils avec une égale audace, déjouant (le plus souvent) les pièges d’une administration sourcilleuse, rusant avec les marchands ou les pirates. Monfreid n’est pas poète, mais homme d’action. Prodigieux conteur pourtant : cette mer aux flots limpides, illuminés sous un azur aveuglant, il a su comme personne en exprimer la toute-puissante magie.

Extrait du livre :

« Je sors d’une séance pénible dans le bureau de mon patron où, flanqué de son fondé de pouvoir, il vient de m’accabler de reproches pour mon manque de goût au métier de commerçant en cuirs et cafés. Je suis encore trempé de sueur, car je n’étais pas sous le bienfaisant panka dont le rythme paisible ponctuait les phrases tonnantes chargées de reproches mérités : erreurs de comptes, manques dans les stocks dont j’avais trop légèrement contrôlé les entrées, tout cela causé par ces excursions en mer sur ce damné boutre que j’avais acheté dernièrement.
En raison de l’intimité du gouverneur Pascal et de mon patron, je compris que ce dernier avait été gagné à la cause gouvernementale et que sa diatribe contre ma négligence n’était qu’une tentative pour me faire renoncer à la navigation.
Je vais à mon bateau, pour me remettre de cette scène fâcheuse et secouer le joug que je sens de plus en plus peser sur moi, ce joug terrible que doit subir celui qui veut se faire une place dans la considération de ce monde de trafiquants de denrées coloniales, travaillant avec le système des traites documentaires, cette espèce d’acrobatie financière où l’on risque de se balancer entre la faillite et la correctionnelle.
C’est l’heure de la marée basse ; mon petit bateau est couché sur le sable humide découvert par le jusant. Ahmed et Abdi dorment béatement au frais, à l’ombre de la coque, dans le courant d’air du large.
La mer, retirée à l’accore du récif, emplit l’air lumineux de son bruit. Il semble être la voix de cette écume blanche qui, éternellement, frange le bleu profond de l’océan sans âge.
Je m’assieds sous le ventre de la barque. Un dégoût profond me vient au souvenir de ce bureau sombre où des employés s’agitent dans les relents de naphtaline et de cuirs verts.
Pourquoi m’ astreindre à cette vie qui, pour moi, équivaut à un bagne ? Pourquoi ne pas céder à l’appel de cet horizon bleu, au gré de cette mousson puissante et suivre ces petites voiles blanches que je vois chaque jour disparaître vers cette mer Rouge, pleine de mystères ? Pourquoi escompter un avenir de bon commerçant, si je n’ai rien pour le devenir?
Mon parti est pris : je vais donner ma démission.
N’ayant pas les moyens de loger à l’hôtel, je m’installe sur mon boutre, en compagnie de mon équipage.
Je vais tenter de faire d’abord la pêche des perles, car l’argent me manque pour acheter des armes.
Cheik-Saïd est à l’ordre du jour. Un journaliste est venu faire un reportage sur ce petit territoire, que les vieux atlas Foncin de mon enfance, marquaient en rose, couleur consacrée des Possessions françaises.
Ce journaliste vient me voir et me raconte qu’il ne peut pas trouver de boutre pour le mener à Cheik-Saïd.
Je n’en suis pas surpris et je comprends fort bien qu’aucun nacouda ne veuille prendre la responsabilité de débarquer à Cheik-Saïd ce Parisien botté, casqué et harnaché de tout un attirail d’explorateur.
– Vous tenez absolument à y aller? lui demandai-je.
– Essentiellement… »

La Série TV : 

Les Secrets de la mer Rouge est une série télévisée française en 26 épisodes de 26 minutes, créée par Claude Guillemot assisté de Pierre Lary. La première saison a été diffusée du 5 mai au 1er septembre 1968 sur la première chaîne de l’ORTF et la deuxième du 7 septembre au 30 novembre 1975. Elle présente les aventures de Henry de Monfreid, célèbre aventurier français, interprété par Pierre Massimi.

Voir sur YouTube : « LES SECRETS DE LA MER ROUGE » par Eric Aleix

Livre SF – Flashforward – Robert J. Sawyer (1999)

Flashforward est un roman de science-fiction écrit par l’auteur canadien Robert J. Sawyer en 1999. L’histoire se passe au CERN, en 2009, alors que des physiciens effectuent des essais sur l’accélérateur du grand collisionneur de hadrons pour rechercher une nouvelle particule, le boson de Higgs. L’expérience a un effet secondaire spectaculaire : la race humaine entière perd conscience pendant environ deux minutes. Et pendant ces deux minutes, presque tout le monde expérimente sa vie dans le futur, plus exactement, vingt et un ans et six mois dans l’avenir. Ce «flashforward» se traduit par d’innombrables morts et accidents impliquant des véhicules, des avions et tout autre appareil nécessitant un contrôle humain au moment de l’expérience. Le roman a inspiré la série télévisée de 2009 du même nom.

L’histoire :

Lloyd Simcoe, un physicien canadien des particules âgé de 45 ans, supervise les recherches sur le grand collisionneur de hadrons. Il travaille avec sa fiancée Michiko Kamura, qui a une fille, Tamiko. L’expérience apporte de façon inattendue une vision d’un futur plausible dans lequel les personnages ont vingt ans de plus. Les conséquences incluent la mort de Tamiko suite à la perte de contrôle d’un véhicule qui fonce sur elle dans son école. Aucun dispositif d’enregistrement dans le monde n’a fonctionné dans le présent pendant l’événement. Plusieurs autres personnages (ceux qui n’ont rien vu d’eux dans le futur) perdent aussi leur vie dans la vision du flashforward. Cela inclut l’ami de Lloyd, le chercheur Theo Procopides, qui apprend qu’il sera assassiné. Mais Theo tente d’empêcher son propre meurtre. Au fil du temps, il devient clair que les événements du futur ne sont pas prédestinés. Certaines personnes, y compris Dimitrios, le frère de Theo, se suicident après avoir été déprimés par des visions de leur propre avenir lugubre. D’autres personnages se hâtent de transformer ces futurs en réalité. Au CERN, les scientifiques prévoient de répéter l’essai, mais ce coup-ci en avertissant le monde de l’heure exacte, pour que les gens se préparent…

La quatrième de couverture :

« Le roman qui a inspiré la série TV Flashforward ! L’espace de quelques minutes, l’humanité a perdu conscience. Durant ce laps de temps, chacun a eu un aperçu fugitif de son avenir vingt ans plus tard. Quand le monde s’éveille de nouveau, plus rien n’est comme avant : le black-out a causé des milliers de morts et de blessés. Plus encore : ces visions ont bouleversé les esprits à jamais. Et vous, qu’avez-vous vu ? »

Extrait du premier chapitre : 

Jour 1 : mardi 21 avril 2009

Une faille dans l’espace-temps…

« Le bâtiment abritant le centre de contrôle du Grand collisionneur de hadrons du CERN était flambant neuf : sa construction avait été autorisée en 2004 et achevée en 2008. Il entourait une cour intérieure centrale, bien entendu surnommée « le noyau ». Chaque bureau possédait une fenêtre donnant soit sur le noyau soit sur le reste du vaste complexe du CERN. Le quadrilatère entourant la cour était haut de deux étages, mais les ascenseurs principaux en distribuaient quatre : les deux niveaux au-dessus du sol, le sous-sol – qui abritait les chaufferies et les entrepôts – et le niveau moins cent mètres, qui ouvrait sur la zone d’embarquement pour le monorail servant à voyager le long de la circonférence de quelque vingt-sept kilomètres du tunnel du collisionneur. Le tunnel lui-même courait sous des champs, les abords de l’aéroport de Genève, et les contreforts du Jura.

Dans le centre de contrôle, le mur sud du couloir principal était divisé en vingt longues sections, chacune décorée d’une mosaïque créée par un artiste d’un des pays membres du CERN. Celle de la Grèce représentait Démocrite et l’origine de la théorie atomique, celle d’Allemagne la vie d’Einstein, celle du Danemark la vie de Niels Bohr. Ces œuvres n’avaient pas toutes la physique pour thème, cependant. Ainsi, celui de France qui représentait la ligne d’horizon de Paris, et l’italien un vignoble avec des milliers d’améthystes polies figurant les grappes de raisin.

La salle de contrôle du Grand collisionneur de hadrons était un carré parfait, avec de larges portes coulissantes placées précisément au centre de deux de ses côtés. La salle était haute de deux étages et sa partie supérieure était vitrée, de sorte que des groupes de visiteurs pouvaient observer le travail mené en contrebas. Le CERN proposait en effet au public une visite de ses installations pendant trois heures, le lundi et le samedi, à 9 heures et 14 heures. Les drapeaux des vingt pays membres étaient accrochés aux murs sous la partie vitrée. La vingt et unième place était occupée par le drapeau bleu et or de l’Union européenne.

La salle de contrôle contenait des dizaines de consoles. L’une était consacrée au maniement des injecteurs de particules et supervisait les débuts des expériences. Juste à côté, on en trouvait une autre avec une face pentue et dix moniteurs intégrés qui afficheraient les résultats rapportés par les détecteurs ALICE (acronyme pour « A Large Ion Collider Experiment » : expérience sur un grand collisionneur d’ions) et CMS (« Compact Muon Solenoid » : solénoïde compact à muons) : deux énormes systèmes souterrains qui enregistreraient et tenteraient d’identifier les particules produites par les expériences du LHC (pour « Large Hadron Collider », la version anglaise de « Grand collisionneur de hadrons »). Les moniteurs d’une troisième console montraient des portions légèrement courbes du tunnel du collisionneur, avec la voie du monorail rivée au plafond.

Lloyd Simcoe, un chercheur d’origine canadienne, était assis devant la console de l’injecteur. Il avait quarante-cinq ans, était grand et rasé de près. Ses yeux étaient bleus et ses cheveux en brosse d’un brun si sombre qu’on pouvait presque les qualifier de noirs, sauf aux tempes où ils grisonnaient »…

La série TV : 

La série télévisée américaine a été adaptée à la télévision par Brannon Braga et David S. Goyer et fut diffusée pour une saison sur ABC entre le 24 septembre 2009 et le 27 mai 2010. Elle est inspirée du roman éponyme de Robert J. Sawyer. La trame des épisodes reprend les grandes lignes du livre : perte de connaissance collective, vision de l’avenir, mort annoncée d’un des personnages,… Mais la comparaison s’arrête là. À l’origine, deux saisons devaient être tournées, mais le 13 mai 2010, il a été signalé que la deuxième saison ne serait pas faite en raison d’un déficit d’audience. L’épisode final de la saison 1 a été tournée avant qu’on sache que le spectacle serait annulé et a dévoilé un autre événement flashforward se produisant plus de 20 ans dans le futur, suivant en cela de près le livre. La série, disponible en DVD, est aussi captivante que le livre. Dommage qu’il n’y ait pas eu de suite…

Voir sur YouTube : « FlashForward – Bande annonce » par Disney FR

Film & Livre – L’homme qui voulut être roi (1975)

John Huston a longtemps attendu pour faire ce film, et son histoire est une sorte de légende hollywoodienne. Il voulait prendre à l’origine Clark Gable et Humphrey Bogart, mais Bogart mourut, et le projet resta à l’écart jusqu’en 1975. D’autres duos furent pressentis, notamment Newman et Redford mais le casting final de Huston qui se fixa sur Michael Caine et Sean Connery était tout simplement parfait. Ils travaillent si bien ensemble, ils interagissent si facilement et avec une telle camaraderie, que les regarder est un plaisir. Mais au-delà de cette simple entente, la transposition à l’écran de cette histoire de Kipling exigeait beaucoup plus que cela : il fallait filmer de manière subtile et intelligente sans tomber dans le cliché du film d’aventure, même si l’énergie pure inhérente au film et le talent des acteurs rendaient l’interprétation plus facile ; c’est le défit majeur qu’Huston réussit à relever.

L’histoire :

Les deux acteurs jouent d’anciens soldats britanniques (Daniel Dravot et Peachy Carnehan) qui s’engagent à explorer le Kaferistan (une province reculée située au nord est de l’Afghanistan) et à devenir roi de cette contrée qui n’est pas encore touché par la civilisation. Avec leurs fusils et leurs entrainements aux techniques de la guerre, ils pensent qu’ils pourront manipuler les grands prêtres locaux et se mettre en avant en tant que dirigeants. Ils racontent leur plan à un journaliste anglais, un certain Kipling (joué très bien par Christopher Plummer) et, avec son aide ils partent à destination de ces montagnes reculées. Après quelques aventures, y compris une avalanche, ils rencontrent par hasard un ancien militaire de la compagnie des indes, un Ghurka qui se fait appeler Billy Fish, seul survivant d’une expédition cartographique disparue des années auparavant. Billy parle l’anglais parfaitement, ainsi que la langue locale, et il devient l’interprète de Carnehan et Dravot, les aidant dans leur ascension vers le trône.

Ils offrent leurs services comme conseillers militaires, aidant un village puis un autre à triompher de leurs ennemis pour s’en faire des alliés. Lorsqu’au cours d’une bataille Dravot reçoit une flèche en pleine poitrine mais continue à se battre, les indigènes le croient immortel. En fait la flèche a été arrêtée par une cartouchière dissimulée sous la tunique rouge de Dravot. Dravot et Carnehan décident de ne pas détromper les indigènes, afin de les impressionner. Plus tard, leurs exploits parviennent aux oreilles du grand-prêtre, qui les convoque…

Rudyard Kipling : Rudyard Kipling est un écrivain britannique, né à Bombay le 30/12/1865 et mort à Londres, le 18/01/1936. C’est un auteur de romans, de poèmes et de nouvelles qui ont essentiellement pour toile de fond l’Inde et la Birmanie sous la domination britannique. Parmi les plus célèbres œuvres de fiction de Kipling, il faut retenir « Multiples Inventions » (1893), mais surtout le « Livre de la jungle » (1894) et le « Second Livre de la jungle » (1895) : ces recueils de contes animaliers et anthropomorphiques, considérés comme ses plus grandes œuvres, mettent en scène le personnage de Mowgli, petit d’homme qui grandit dans la jungle mais choisit finalement de rejoindre le monde des humains.

« L’homme qui voulut être roi » par Rudyard Kipling : extrait de Contes Choisis (Traduction par Louis Fabulet, Robert d’Humières) .

Premier extrait :

« — Le pays ne donne pas la moitié de ce qu’il devrait parce que le gouvernement ne veut pas qu’on y touche. Ils passent tout leur sacré temps à gouverner et on ne peut pas soulever une bêche, faire sauter un éclat de pierre ou forer pour de l’huile sans que le gouvernement crie « À bas les pattes et laissez-nous gouverner. » C’est pourquoi, tel quel, nous allons le laisser en paix et partir pour quelque autre pays où l’on puisse jouer des coudes et faire son chemin. Nous ne sommes pas de petits hommes et nous n’avons peur de rien, que de la boisson, et nous avons signé un contrat sur ce point. Donc, nous nous en allons être rois.

— Rois de plein droit, murmura Dravot.

— Oui, c’est entendu, dis-je. Vous avez traîné vos guêtres au soleil, la nuit est plutôt chaude, et vous feriez peut-être mieux d’aller dormir sur votre idée. Venez demain.

— Ni coup de soleil, ni verre de trop, dit Dravot. Voilà un an que nous dormons sur notre idée ; nous avons besoin de voir des livres et des atlas, et nous avons conclu qu’il n’y a plus qu’un pays au monde où deux hommes à poigne puissent faire leur petit Sarawak. Cela s’appelle le Kafiristan. À mon idée c’est dans le coin de l’Afghanistan, en haut et à droite, à moins de trois cents milles de Peshawer. Ils ont trente-deux idoles, les païens de là-bas, nous ferons trente-trois. C’est un pays montagneux et les femmes, de ces côtés, sont très belles.

— Mais ça, c’est défendu dans le contrat, dit Carnehan. Ni femmes, ni boisson, Daniel.

— C’est tout ce que nous savons, excepté que personne n’y est allé et qu’on s’y bat. Or, partout où l’on se bat, un homme qui sait dresser des hommes peut toujours être roi. Nous irons dans ce pays, et, au premier roi que nous trouverons, nous dirons : « Voulez-vous battre vos ennemis ? » et nous lui montrerons à instruire des recrues, car c’est ce que nous savons faire le mieux. Puis nous renverserons ce roi, nous saisirons le royaume et nous fonderons une dynastie.

— Vous vous ferez tailler en pièces à cinquante milles passé la frontière, dis-je. Il vous faut traverser l’Afghanistan pour arriver dans ce pays- là. Ce n’est qu’un fouillis de montagnes, de pics et de glaciers que jamais Anglais n’a franchis. Les habitants sont de parfaites brutes, et, en admettant que vous arriviez à eux, il n’y aurait rien à faire. »

— J’aime mieux ça, dit Carnehan. Si vous nous trouviez encore plus fous, ça nous ferait encore plus de plaisir. Nous sommes venus à vous pour nous renseigner sur ce pays, pour lire des livres qui en parlent et consulter vos cartes. Nous avons envie de nous faire traiter de fous et de voir vos livres. »

Second extrait :

« Mais savez-vous ce qu’ils firent à Peachey entre deux troncs de pins ? Ils le crucifièrent, Monsieur, comme ça se voit en regardant ses mains. Ils lui enfoncèrent des chevilles de bois dans les mains et dans les pieds, et il n’est pas mort. Il resta accroché là, et il hurlait. On le descendit le jour suivant, et tout le monde dit que c’était un miracle qu’il ne fût pas mort. Ils le descendirent — pauvre vieux Peachey qui ne leur avait rien fait — qui ne leur avait…

Il se mit à se balancer en pleurant amèrement et s’essuyant les yeux du revers de ses mains scarifiées. Il gémit comme un enfant pendant quelque dix minutes.

— Ils furent assez cruels pour lui donner à manger dans le temple, parce qu’ils disaient qu’il était plus Dieu que son vieux Daniel qui était homme. Puis ils le jetèrent dehors sur la neige, et lui dirent de retourner dans son pays et Peachey retourna — il mit à peu près une année — en mendiant le long des routes. Il n’avait pas peur parce que Daniel Dravot marchait devant et disait : « Viens, Peachey, c’est de grandes choses que nous faisons. » Les montagnes dansaient la nuit, et elles tâchaient de tomber sur la tête de Peachey ; mais Dan levait la main et Peachey suivait tout le long et courbé en deux. Il ne lâchait jamais la main de Dan et il ne lâcha jamais la tête de Dan. Ils la lui donnèrent dans le temple, pour qu’il se rappelle de ne plus revenir, et quoique la couronne soit en or pur et que Peachey eût faim, jamais Peachey n’aurait voulu la vendre. Vous avez connu Dravot, Monsieur ? Vous avez connu le très vénérable F⸫ Dravot ! Regardez-le maintenant !

Il fouilla dans l’épaisseur des loques qui entouraient sa taille tordue, retira un sac de crin noir brodé de fil d’argent, et en secoua sur la table la tête desséchée et flétrie de Daniel Dravot ! Le soleil matinal, car depuis longtemps les lampes avaient pâli, frappa la barbe rouge, les yeux aveugles dans les orbites creuses, de même que le lourd cercle d’or incrusté de turquoises brutes que Carnehan plaça tendrement sur les tempes blêmies.

— Vous contemplez maintenant l’empereur en son appareil ordinaire, comme il vivait — le roi du Kafiristan avec la couronne en tête. Pauvre vieux Daniel qui fut monarque une fois !

Je frémis, car défigurée par vingt blessures, je reconnaissais malgré tout la tête de l’homme que j’avais vu à la gare de Marwar. Carnehan se leva pour partir. J’essayai de le retenir. Il n’était pas en état d’affronter la température extérieure. »

Voir sur YouTube : « Rudyard Kipling’s The Man Who Would Be King (1975)

Série TV & Livre – Les brigades du Tigre (1974-83)

La série TV :

« Au milieu des années 70, les Français découvraient sur leur petit écran « Les Brigades du Tigre », un nouveau feuilleton policier. Les inspecteurs champions de savate traquant les malfaiteurs à bord de leur De Dion-Bouton allaient connaître un immense succès, confirmé depuis par de nombreuses rediffusions » (Charles Diaz). « Les Brigades du Tigre » est une série télévisée en 36 épisodes de 55 minutes, coproduite par la France, l’Allemagne de l’Ouest, la Belgique et la Suisse. Elle fut diffusée entre décembre 1974 et novembre 1983 sur la deuxième chaîne de l’ORTF puis sur Antenne 2. La série a été rediffusée sur TMC en avril 2006. Diffusées de 1981 à 1983, les cinquième et sixième saisons des Brigades du Tigre constituent la série dite Les Nouvelles Brigades du Tigre. Les épisodes des quatre premières saisons se déroulent avant la Première Guerre mondiale et les épisodes des cinquième et sixième saisons ont lieu durant l’entre-deux-guerres, de 1919 à 1930.

Le thème : 

En 1907, au début du XXe siècle est créée une brigade de police motorisée dirigée par le commissaire divisionnaire Faivre. Inspirée par Georges Clemenceau, à l’époque ministre de l’Intérieur et surnommé « le Tigre », elle prend le nom de « Brigades du Tigre ». Le commissaire Paul Valentin (Jean-Claude Bouillon) reçoit une promotion alors qu’il est inspecteur à la Police Judiciaire. Constatant que la police doit impérativement se moderniser, il intègre les Brigades du tigre. Réfléchi, séducteur, têtu et parfois frondeur, il en devient vite l’âme et le moteur (sous la férule de leur directeur, l’intransigeant Monsieur Faivre). L’inspecteur Marcel Terrasson (Pierre Maguelon) est l’un des deux inspecteurs travaillant avec Valentin. Possédant un fort accent méridional, cette force de la nature n’hésite pas à se servir de ses poings pour se défendre. Ami fidèle de Pujol et de Valentin, c’est un homme de terrain prêt pour l’action. L’inspecteur Gustave Pujol (Jean-Paul Tribout) est le second partenaire de Valentin, frêle inspecteur, agile dans ses mouvements et à l’allure de « titi parisien », il se caractérise par sa discrétion exemplaire. Passé maître dans l’art de la filature et du déguisement, il est souvent envoyé par Valentin pour surveiller les suspects. Claude Faivre (François Maistre) qui est le chef des Brigades mobiles, sera remplacé par Gabrielli (Pinkas Braun) à partir de la saison 5, dans Les Nouvelles Brigades du Tigre.

La musique des Brigades du Tigre qui est devenue culte fut composée par Claude Bolling, Les paroles du générique (« La complainte des Apaches »), chanté par Philippe Clay, sont signées Henri Djian.

L’épopée des brigades du tigre – Charles Diaz (Calmann-Levy 1994)

Le livre : L’épopée des Brigades du Tigre de Charles Diaz :

Ce livre relate la véritable et passionnante naissance des brigades mobiles créées par Clemenceau en 1907 pour lutter contre les bandes organisées qui sévissaient impunément sur tout le territoire. Haut responsable de la police judiciaire, Charles Diaz raconte ici cette saga d’une poignée d’hommes attachants, Jules Sébille, dit « le Puritain », le père Faivre ou Jules Belin, apprenti policier et futur tombeur de Landru. De la « bande à Pollet » aux « chauffeurs de la Drôme », de Bonnot au vol de la Joconde, il retrace toutes les grandes enquêtes qui ont forgé la légende des « mobilards » et marqué les débuts de la police moderne.

Charles Diaz, né en 1957, ancien chef d’état-major de la P.J., est commissaire principal à la direction centrale de la police judiciaire et chef de l’Office central pour la répression du trafic des armes, des explosifs et des matières nucléaires.

Extrait de l’avant-propos :

« Au milieu des années 70, au moment où la vague disco battait son plein et que bien des cœurs s’enflammaient pour les exploits des footballeurs de l’A.S. Saint-Etienne, le public français découvrait sur son petit écran un nouveau feuilleton policier : Les Brigades du Tigre.

Cette production made in France, dont l’action se situe à la Belle Époque, c’est-à-dire juste avant la Première Guerre mondiale, tranchait d’emblée avec toutes les séries américaines du moment qui, de Mannix à Kojak, gouvernaient déjà nos soirées. Et pour cause, on était loin, avec elle, des habituels détectives hâlés au soleil de Californie et armés jusqu’aux dents des derniers modèles de chez Smith et Wesson ; loin aussi des courses-poursuites effrénées entre puissantes cylindrées dans un univers d’autoroutes et de gratte-ciel.

A dire vrai, à côté de tout cela, Les Brigades du Tigre avaient quelque chose de résolument « ringard ». Chaque épisode nous ramenait en effet au temps des ancestrales De Dion-Bouton, des Panhard-Levasseur pilotées par des chauffeurs à casquette, lunettes et gros manteau de fourrure. Le héros, le commissaire Valentin, chapeau melon et costume sombre, traquait des « méchants » échappés de l’imagerie de la « bande à Bonnot » et les arrêtait au pistolet ou à la « savate ».

Bien réalisé, bien interprété, le feuilleton allait connaître un vrai succès d’audience, toujours confirmé par de nombreuses rediffusions. À l’instar des Français — dont il me faut avouer que je partage ce goût si particulier pour la nostalgie — , je devins moi-même un assidu téléspectateur des Brigades du Tigre. Quand elles firent leur première apparition T.V., j’étais étudiant en droit à la Sorbonne, et c’est sans remords que je délaissais un instant mes polycopiés et mes Dalloz, terriblement ennuyeux, pour suivre les enquêtes de Valentin et de ses hommes… »

Source

Voir sur YouTube : « (27) Les Brigades du Tigre – Le vampire des Carpates » par Les Brigades du Tigre

Série TV et Album BD – Hergé et la SF : Vol 714 pour Sydney (1992)

Avec « Vol 714 pour Sydney » publié pour la première fois en 1968, Hergé abordait la Science-Fiction, un domaine du fantastique qu’il n’avait encore jamais exploité. Thélépathie, extraterrestres et soucoupe volante sont donc au rendez-vous de cette avant-dernière aventure de Tintin extraite de la série télévisée d’animation franco-belgo-canadienne en 19 épisodes de 40 minutes adaptée des albums du célèbre dessinateur. Cette série fut diffusée à partir du 5 mai 1992 sur FR3 tous les mardis à 20 h 45 puis régulièrement rediffusée dans les différents programmes jeunesse de France 3 mais aussi sur M6, France 5 et 6ter.

Vol 714 pour Sydney : 

C’est une aventure hors du commun que vont vivre à l’autre bout du monde Tintin, le capitaine Haddock et le professeur Tournesol. Elle commence en effet par le détournement d’un avion supersonique et s’achève par l’apparition d’une soucoupe volante…Dans Vol 714 pour Sydney, Hergé a réuni une belle brochette de canailles en tous genres. À la tête de celles-ci, il y a l’incontournable Rastapopoulos auquel sa victime, Laszlo Carreidas, se met tout à coup à discuter le titre de génie du mal… Il y a aussi l’inquiétant docteur Krollspell, le directeur d’un institut psychiatrique de New Delhi et son sérum de vérité, le perfide Spalding qui trahit son employeur Carreidas et enfin Allan, le complice de Rastapopoulos.

L’histoire :

Alors qu’ils se rendent à Sydney pour assister à un congrès International d’Astronautique, Tintin et ses amis font escale à Djakarta, où ils tombent nez à nez avec Szut (Coke en Stock), un pilote estonien que le milliardaire Laszlo Carreidas a engagé à son service. Comme celui-ci se rend également à Sydney, il propose aux trois voyageurs de les emmener dans son jet privé et charge son secrétaire, Spalding, de prendre les mesures nécessaires.

Une fois en vol, Spalding et ses complices détournent l’avion vers Pulau-Pulau Bompa, une petite île de l’océan indien où les attend le commanditaire de l’opération, Roberto Rastapopoulos. Il s’agit pour celui-ci de faire en sorte que, grâce au sérum de vérité que va lui injecter le docteur Krollspell, Lazlo Carreidas révèle le numéro de son compte en banque.

Tintin, le capitaine Haddock, Tournesol, Szut et le steward Gino parviennent à s’échapper du bunker dans lequel ils avaient été enfermés. Peu après, ils libèrent Carreidas des griffes de Rastapopoulos et du docteur Krollspell. Ayant fait ceux-ci prisonniers, ils fuient devant les hommes de Rastapopoulos quand Tintin entend une voix lui indiquer le chemin à suivre pour trouver refuge dans les souterrains de l’île. C’est là qu’ils rencontrent leur sauveur, un certain Mik Ezdanitoff, de la revue Comète. Pratiquant le télépathie et l’hypnose, l’homme dit être en liaison avec des extra-terrestres…

Les sources d’inspiration d’Hergé dans cet album : 

Le modèle de Mik Ezdanitoff n’est autre que Jacques Bergier, Français d’origine russe qui fonda avec le journaliste Louis Pauwels la mythique revue Planète. Jacques Bergier était un individu hors du commun, dont la carte de visite portait la mention suivante : « Jacques Bergier, amateur d’insolite et scribe des miracles. » Les deux hommes avaient fondé Planète dans la foulée du succès de leur ouvrage, Le Matin des Magiciens. Dans ce livre, ils abordaient des sujets aussi différents que la parapychologie, les civilisations disparues, les racines occultes du nazisme et l’obscurentisme scientiste du XIXème siècle.

Les années Science-Fiction : 

Dans les années 60, la conquête spatiale suscita un tel engouement auprès du grand public que la science-fiction connut un formidable regain de popularité. C’est ainsi que l’exploration de l’espace à la recherche d’autres formes de vie devint l’un des thèmes favoris de très nombreux ouvrages. L’un de ceux-ci retint particulièrement l’attention d’Hergé :  intitulé Le livre des maîtres du monde, il était essentiellement consacré aux traces que des extra-terrestres auraient laissés sur notre planète après y être venus. Selon l’auteur, Robert Charoux, de telles traces existent bel et bien dans des civilisations anciennes. Dans un autre de ses ouvrages, il présente même la photo d’une tête sculptée reproduisant  d’après lui celle d’un cosmonaute extra-terrestre.

Voir sur YouTube :  « Tintin Vol 714 pour Sidney »