Oldtimer – Jaguar MKII (1959-68)

Au début des années 60, Jaguar chassait sur les terres de Bentley ou d’Aston Martin, mais avec moins de liberté : ses rivales étaient construites sans considération de prix, alors que pour le constructeur de Coventry, le tarif était une donnée importante. Le cuir et le noyer ronceux devaient se payer d’une façon ou d’une autre, c’est pourquoi chez Jaguar, le raffinement pouvait très bien cohabiter avec des pièces bon marché, rentabilité oblige. Un bon exemple était la suspension arrière de l’élégante berline, équipée de ressorts à lame en porte-à-faux, un système d’amortisseurs largement dépassé. Il fut avantageusement échangé deux ans plus tard contre celui de la type E, avec freins suspendus et roues indépendantes. Malheureusement, pour l’installer, il fallut redessiner le coffre, et le modèle, devenu le type S, suscita de nombreuses critiques esthétiques.

Cependant, ce félin était une berline sportive de haut niveau qui frisait les 200 km/h, dotée de puissantes accélérations, d’un bon freinage et d’un six cylindres onctueux et agréable. La boîte de vitesse n’était cependant pas un modèle de vertu. Malgré les nombreux reproches qu’on fit d’elle à sa sortie, la MKII eut beaucoup de succès par la suite, et actuellement, elle est devenue un grand classique. Très prisée en compétition (catégorie tourisme), la MKII a notamment remporté le Tour de France automobile à quatre reprises consécutives entre les mains de Bernard Consten.

La Mark II : existait en trois cylindrées : 2.4, 3.4 et 3,8 litres, avec des transmissions manuelles, avec ou sans overdrive, ou automatiques, surtout pour les États-Unis.

La version 2.4 était une honnête berline sans prétentions avec une certaine mollesse ce qui n’était plus le cas avec la 3.4. La 3.8 qui était la plus sportive, a couru et gagné de nombreux rallyes dont le Tour de France auto. Elle s’est illustrée aussi dans le Monte-Carlo, mais sans le gagner.

En 1963, Jaguar décida d’introduire une nouvelle variante luxueuse de sa berline phare la MKII, utilisant aussi le moteur XK qui venait prendre une place entre la petite MKII et la grosse MKX.

La Mark II S-Type : était proposée en deux versions 3,4 et 3,8 litres. Une version 2.4 ne cadrait pas avec l’image luxueuse de la voiture.

En fait ce fut plus un nouveau modèle qu’une évolution. La caisse est totalement différente. Modifiée à l’avant avec une calandre spécifique, des phares surmontés de petites visières et des pare-chocs minces. L’arrière ressemblait à celui de la MKX posée sur une suspension indépendante qui donnait une conduite améliorée et plus confortable.

La plupart des acheteurs optèrent pour la version 3.8 la plus puissante quoique la 3.4 n’ait pas été sous motorisée. Moins rapide que la MKII puisque 200 kg plus lourde, la tenue de route était cependant reconnue meilleure et très efficace grâce à sa nouvelle suspension arrière indépendante qui était la même en plus large que celle des Type E. Les boiseries étaient beaucoup plus belles et les cuirs Connolly mieux finis.

Caractéristiques Techniques : Voir Brochure ci-dessous.

Prix du modèle neuf en 1963 : 31.000 Francs

Cote actuelle : à partir de 20.000 €

Livre & Film – Club Dumas (1993) & La Neuvième Porte (1999)

“Club Dumas” est un roman écrit par Arturo Pérez-Reverte, édité en 1993 chez Lattès puis, en Livre de Poche (No 7656). La trame du livre se déroule dans un monde de libraires antiquaires, faisant écho à son précédent ouvrage de 1990, “Le Tableau du Maître Flamand”.

L’histoire suit les aventures d’un libraire, Lucas Corso, engagé pour authentifier un manuscrit rare d’Alexandre Dumas, père. On y retrouve deux personnages de ce célèbre roman à travers Milady, sous les traits de Liana Telfer, et Rochefort, sous l’apparence d’un garde-du-corps balafré. Puis l’enquête de Corso l’amène à chercher deux exemplaires d’un livre rare (fictif) connu sous le nom de De Umbrarum Regni Novem Portis (Des neuf portes du royaume des ombres). Corso rencontre une foule de personnages intrigants au cours de son voyage d’investigation, y compris des adorateurs du diable, des bibliophiles obsédés et une femme fatale hypnotiquement séduisante. Les voyages de Corso le mènent à Madrid (Espagne), Sintra (Portugal), Paris (France) et Tolède (Espagne).

Club Dumas regorge de détails allant des habitudes de travail d’Alexandre Dumas à la façon dont on pourrait forger un texte du XVIIe siècle, en passant par un aperçu de la démonologie.

En 1998, The Club Dumas a été nominé pour le Anthony Award du meilleur roman, le Macavity Award du meilleur roman et le World Fantasy Award du meilleur roman.

Arturo Pérez-Reverte – Club Dumas (1993)

Les personnages principaux du livre :

Aristide Torchia : né en 1620, est l’auteur fictif d’un ouvrage ésotérique imaginé par Arturo Pérez-Reverte. Il fut apprenti à Leyde sous la famille Elzevir. De retour à Venise, il publie de petits ouvrages sur des thèmes philosophiques et ésotériques. En 1666, Torchia publie De Umbrarum Regni Novem Portis (Les neuf portes du royaume des ombres), basé sur le Delomelanicon, un travail prétendument écrit par Lucifer et qui permettrait au lecteur d’invoquer des démons. L’Inquisition a condamné Torchia pour magie et sorcellerie et l’a brûlé sur le bûcher en 1667.

Lucas Corso : Ce chasseur de livres de 45 ans, sans aucun scrupule, amateur de gin néerlandais parcourt l’Europe pour dénicher des éditions rares demandées par les libraires. C’est aussi un grand connaisseur de littérature populaire et un amateur de l’épopée napoléonienne, à laquelle son arrière-arrière-grand-oncle a participé en tant que grenadier puis consul en Espagne, Le monde du livre prend une dimension trop importante chez lui à tel point qu’il arrive à confondre monde réel et monde littéraire fictif.

Irene Adler : Ce personnage énigmatique (tiré de l’univers de Conan Doyle dans Sherlock Holmes) accompagne Corso tout au long de son périple, elle sera aussi son amante. On la retrouvera dans le film de Polanski sous les traits d’Emmanuelle Seigner. Elle apparaît en étudiante avec son sac de livres lors d’une conférence donné par Balkan dans un café. Elle a environ vingt ans, une “allure de garçon” et des “yeux verts presque transparents”. Non seulement elle porte le nom de l’aventurière de Sherlock Holmes, mais son passeport porte comme adresse le 223B Baker Street. Elle est un lien entre les deux univers du roman populaire et de l’ésotérisme. Grande lectrice, elle lit les Trois Mousquetaires, mais aussi de la littérature fantastique : Melmoth ou l’Homme errant et surtout Le Diable amoureux de Jacques Cazotte, dont elle semble être la réincarnation du personnage “diabolique” de Biondetta. Elle est experte en combat à mains nues, elle dit avoir appris le truc en perdant contre un ange.

Boris Balkan : Narrateur et protagoniste de l’histoire n’intervient que dans trois chapitres, pour décrire ses rencontres avec Corso. C’est un traducteur, critique littéraire et spécialiste de littérature populaire du XIXe siècle (“mon domaine est le feuilleton”), dont il est intarissable. Sa dernière intervention donnera le sens de l’ intrigue. Il est l’ “ombre de Richelieu” .

Victor Fargas : Propriétaire déchu d’une des plus prestigieuses bibliothèque d’Europe. Bibliomane, il vit dans le dénuement dans une quinta (ferme) à l’abandon proche de Sintra, au Portugal. Il est forcé pour vivre de vendre certains de ses ouvrages. il possède un des trois exemplaires des Neufs Portes . Après la visite de Corso, il meurt assassiné.

Varo Borja : Libraire ultra spécialisé (“cinquante livres en catalogue”) et “millionnaire”, il vit dans l’opulence à Tolède. Il se passionne pour la démonologie dont il possède une riche collection d’ouvrages anciens. Il demande à Corso de vérifier que son exemplaire des Neufs Portes est authentique (seul l’un des trois existants l’est d’après une interprétation de l’imprimeur Torchia et il est persuadé que le sien est faux). Son nom évoque la famille Borja/Borgia, qui comme lui avait des liens avec l’occultisme et qui a inspiré à Alexandre Dumas deux de ses ouvrages.

Les frères Pedro et Paolo Ceniza : Restaurateurs de livres anciens dans le vieux Madrid, conseillers techniques de Corso. ils possèdent les savoir-faire pour rendre à l’identique des vieux ouvrages, et on les soupçonne d’être aussi des faussaires très habiles. Ils ont eu entre leurs mains l’exemplaire des Neufs Portes, avant qu’il ne soit acquis par Vargas. L’auteur rend hommage aux frères Raso de la Papelería y Encuadernación de Madrid qu’il a fréquentée dans les années 1970.

Extraits du livre :

“Corso était un mercenaire de la bibliophilie, un chasseur de livres à gages. Ce qui veut dire doigts sales et parole facile, bons réflexes, de la patience et beaucoup de chance. Sans oublier une mémoire prodigieuse, capable de se souvenir dans quel coin poussiéreux d’une échoppe de bouquiniste sommeille ce volume sur lequel on le paiera une fortune. Sa clientèle était restreinte, mais choisie : une vingtaine de libraires de Milan, Paris, Londres, Barcelone ou Lausanne, de ceux qui ne vendent que sur catalogue, investissent à coup sûr et de tiennent jamais plus d’une cinquantaine de titres à la fois ; aristocrates de l’incunable pour qui parchemin au lieu de vélin ou trois centimètres de plus de marge se comptent en milliers de dollars.”

“C’est curieux. En littérature, il existe des personnages de fiction doués d’une identité propre, connus de millions de personnes qui n’ont pas lu les livres où ils apparaissent. L’Angleterre en a trois : Sherlock Holmes, Roméo et Robinson. En Espagne, deux : don Quichotte et don Juan. En France : d’Artagnan.”

“Tu es mort, comme tes livres. Tu n’as jamais aimé personne, Corso.” 

Le Film :

Roman Polanski – La Neuvième porte (1999)

La Neuvième Porte est un excellent thriller sorti en 1999, réalisé, produit et co-écrit par Roman Polanski. Cette coproduction internationale entre les États-Unis, le Portugal, la France et l’Espagne est librement inspirée du roman que je viens d’évoquer. L’intrigue consiste à authentifier un livre rare et ancien qui contient prétendument un secret magique pour invoquer Lucifer. La première projection eut lieu à Saint-Sébastien, en Espagne, le 25 août 1999, un mois avant le 47e Festival international du film qui s’y déroule. Bien qu’échec critique et commercial en Amérique du Nord, où les journalistes l’ont comparé défavorablement au film fantastique de Polanski Rosemary’s Baby (1968), La Neuvième Porte a tout de même été un succès populaire en Europe, notamment en France où la critique l’a injustement brocardé. Il a rapporté un montant brut mondial de 58,4 millions de dollars contre un budget de 38 millions de dollars.

Polanski suit l’intrigue de base du livre dans les deux premiers tiers du film, la finale étant considérablement modifiée. La part belle est donnée à l’enquête sur l’ouvrage sulfureux d’Aristide Torchia. Les rôles de plusieurs personnages diminuent, s’étendent, fusionnent, s’échangent ou disparaissent complètement, et l’une des intrigues secondaires les plus importantes du roman – la connexion Dumas – est entièrement supprimée. Au fil des évènements, Lucifer, le prétendu auteur du livre, exerce une emprise croissante sur Dean Corso (Johnny Deep). Les neuf gravures illustrant les trois seuls exemplaires de l’ouvrage signées alternativement Aristide Torchia ou Lucifer) représentent en fait les consignes à suivre à la lettre pour pouvoir entrer au Royaume des Ombres. Dean Corso les respecte sans même s’en apercevoir, c’est la raison pour laquelle il réussit là où d’autres ont échoué. C’est là une nouvelle lecture à faire lorsqu’on revoit ce film, qui est trop dense pour être bien appréhendé au premier visionnage.

Une autre lecture du film peut-être faite, plus satirique celle-là, (dans la même veine que le célèbre “bal des Vampires”, mais un ton en dessous) les cultes sectaires et sataniques étant tournés en dérisions à de nombreuses reprises, notamment lors des scènes tournées aux château de Ferrières et de Puivert en présence de Balkan (Frank Langella). Elles n’ont pas convaincu le public, peut-être parce-que le personnage de Corso interprété brillamment par Johnny Deep y est un peu austère, conforme au roman. Mais l’ambiance de ce tournage fut pour lui loin d’être l’enfer puisqu’il y rencontra Vanessa Paradis (sa future compagne) dans le hall de l’Hôtel Costes à Paris, comme il le racontera à la BBC en 2011 : “Elle portait une robe dos-nu et j’ai vu ce dos et ce cou et quand elle s’est retournée j’ai vu ces yeux”.

Voir sur YouTube : “La neuvième porte film complet français par “SNAP netfix-officiel.

Oldtimer & Youngtimer – Maserati Quattroporte Série 1 à 4 (1963-2003)

1963 vit la naissance de la Quattroporte. La première 4 portes construite par Maserati était caractérisée par une ligne classique due à Frua, mais aussi un aménagement intérieur et une finition impeccables. La genèse de la Quattroporte remonte à une commande du Shah d’Iran passée à Maserati. Pour le Shah, l’ingénieur Alfieri dériva un moteur routier du V8 de la 450S de compétition. Monté dans le coupé dit “Shah d’Iran” réalisé à trois unités seulement, ce V8 se retrouva bientôt sous le capot de la 5000 GT, un autre coupé 2 portes présenté au Salon de Turin 1959 et qui sera construit à 31 exemplaires. L’expérience acquise et l’absence de toute berline italienne de prestige décidèrent Maserati à lancer la Quattroporte Tipo 107.

Première génération (1963-71) (Tipo 107 & Tipo 107/A) :

Pour loger quatre ou cinq personnes, l’équipe d’Alfieri dut dessiner un nouveau châssis ou plutôt une structure mixte, mi-coque, mi-châssis à l’avant, avec suspensions arrière à essieu De-Dion. La caisse, dessinée par Frua, était construite chez Vignale. Côté moteur, il y eut révision à la baisse par rapport aux 5 litres et 340 chevaux de la 5000 GT : la Quattroporte dut se contenter d’un peu plus de 4,1 litres et 260 chevaux lors de son lancement au Salon de Turin d’octobre 1963.

La Quattroporte Tipo 107 fut remplacée en 1969 par la 107/A à essieu arrière rigide et moteur 4,7 litres de 290 chevaux. Elle est reconnaissable à ses phares avant : 2 paires de projecteurs jumelés au lieu des simples optiques rectangulaires de la première série. La dernière 107/A fut construite en 1971 et la production totale des deux versons fut de 679 unités.

Deuxième génération (1971-79) (AM121 & AM123) :

Maserati vient à cette époque d’être racheté par Citroën. La Quattroporte II eut une gestation très laborieuse en raison de l’influence de responsables Citroën sur la direction de l’entreprise. Un premier projet est resté à l’état de prototype chez les designer Frua et Bertone. La seconde version de la Quattroporte sera présentée en 1973 et sera la dernière automobile Maserati de la période très mouvementée laissée après la gestion Citroën. Le dessin de la voiture porte la griffe du célèbre carrossier Bertone et plus précisément de son designer en chef Marcello Gandini. Elle sera équipée d’un moteur Maserati V6 de 3 litres, le même qui équipera entre autres les Maserati Merak et Citroën SM. Il aura bien de la peine à donner à la voiture le caractère sportif attendu par les clients habituels de la marque. De plus; ce modèle sera doté de la traction avant, d’un gabarit très imposant mais ne connaîtra pas le succès que sa ligne aurait pu laisser envisager ; elle tombait en pleine crise pétrolière, et une vraie GT de marque ne peut être une traction avant. La voiture recevra aussi les suspensions hydrauliques de la SM ainsi que d’autres attributs plus modestes dans l’habitacle.

La Maserati Quattroporte 2ème série ne sera construite qu’en 13 exemplaires entre 1974 et 1975, en raison du placement en redressement judiciaire de la marque par Citroën. Cette voiture avait été conçue pour concurrencer les Fiat 130, Jaguar XJ6, BMW 2800 et autres Mercedes 280 au lendemain de la crise pétrolière, mais son poids de 1,6 tonne et surtout ses dimensions imposantes (empattement de 3,07 m) étaient beaucoup trop importants pour le petit moteur V6 que Citroën s’entêta à maintenir. Ce n’est qu’au printemps 1975, lors du salon de Genève, que la version enfin équipée d’un moteur digne de la voiture, un 3,2 litres développant 200 ch, voit le jour mais il était trop tard pour retrouver une clientèle exigeante, passée à la concurrence.

Troisième génération (1979-85) (AM330 & AM337) :

Dessinée par la designer Giorgetto Giugiaro, cette Maserati se caractérise, comme toutes les voitures italiennes de cette époque, par des lignes très tendues. C’est la première automobile conçue pendant la période De Tomaso, avec pour code projet usine le «330». Sa motorisation reprend un moteur Maserati V8 en deux cylindrées : 4136 cm3 et 260 ch ou 4930 cm3 et 290 ch, ainsi que la propulsion arrière. Elle a été fabriquée jusqu’en 1990 en 2141 exemplaires.

Une version spéciale baptisée « Royale » apparait en 1986, construite à 51 exemplaires. Elle fut la voiture officielle du Président de la République italienne Sandro Pertini. Elle fut blindée comme celles destinées aux Présidents du Sénat et du Conseil italien.

Quatrième génération (1985-2001) (M139) :

Cette Quattroporte IV était la version à quatre portes des Maserati Ghibli II. Motorisée par un 2 litres, un 2,8 litres ou un 3,2 litres, elle reprendra les bases mécaniques des modèles précédents. Les blocs moteurs V6 proviendront des Maserati Ghibli II GT en versions moins puissantes, quant au moteur V8, il s’agira d’une version dérivée de celui de la Maserati Shamal, le vilebrequin plat étant remplacé par un vilebrequin en croix, au fonctionnement plus doux.

Quattroporte IV Evoluzione : En 1998, après la reprise de la marque par le groupe Fiat Auto, elle prendra le label Evoluzione. Cette version sera le premier signe de la nouvelle direction de la marque qui passera sous la direction opérationnelle de Ferrari. Ce modèle intègre les 400 points d’amélioration que l’équipe Ferrari, nouvel actionnaire de la marque, impose à la fabrication des Maserati Quattroporte. La célèbre montre, qui ornait jusqu’à présent le tableau de bord sur les modèles de la marque au trident, disparaît pour être remplacée par un afficheur numérique des plus ordinaires.

Cinquième génération (2001-2013) (M156) :

Cette génération de Quattroporte a été présentée au salon de l’automobile de Francfort 2003. Dessinée par le maître Pininfarina, elle comporte trois modèles : base, Executive GT et Sport GT. Les trois variantes sont équipées du même moteur V8 (F136) de 4244 cm3 de cylindrée d’origine Ferrari, développant une puissance de 400 ch. La version restylée de la Quattroporte V (2008) reçoit quant à elle le même 4,2 litres (développant désormais 405 ch) que la 1re version, mais une évolution portée à 4,7 litres, développant 440 ch sur la S et la GTS. Elle permet de très bonnes accélérations : 0 à 100 km/h en 5,8 secondes. pour la 4.2, 5,4 secondes. pour la S et 5,1 secondes. pour la GT S, des reprises de 70 à 120 km/h en 4,4 secondes pour la 4,2 litres, 4,7 secondes pour la S et la GTS. Des prestations qui nécessitent environ 17,3 litres aux 100 km.

Sixième génération : Depuis 2013 :

Cette dernière génération de Quattroporte a été présentée officiellement en novembre 2012. Elle sera commercialisée lors du salon de l’Automobile de Détroit 2013, donc en janvier. Pour l’été 2016, la Quattroporte sera restylée, avec une carrosserie entièrement en aluminium. Dessinée par le chef du style du groupe Fiat, Lorenzo Ramaciotti, un ancien styliste de Pininfarina, elle se décline en trois versions : V6 410 ch – propulsion classique, V6 410 ch – 4×4, V8 530 ch – propulsion classique, V8 580 ch – propulsion classique. Les moteurs, tous deux d’origine Ferrari, sont entièrement en aluminium. La Quattroporte 6 fut restylée courant 2016. Elle possède une calandre à barrettes chromées, proche de celle de la Maserati Levante, et un nouveau bouclier, ce qui lui permet aussi de s’enrichir de deux nouvelles finitions : GranLusso et GranSport.

Caractéristiques Techniques : Voir Brochures ci-dessous.

Prix du modèle neuf : 110.000 F en 1970 ; 399.000 F en 1984 ; 500.000 F en 1988 (Quattroporte Royale) ; 107.000 € en 2006.

Prix du modèle d’occasion : Modèle 1 : à partir de 70.000 € ;  Modèle 3, 4 et 5 : à partir de 15.000 €.

Hifi Vintage – JBL Everest (1985-89)

En 1985, le Projet Everest fut l’apothéose des plus belles réalisations de JBL et obtint un succès remarquable. Cette enceinte était une réussite visuelle et sonore, digne héritière des célèbres JBL Hartsfield et Paragon, ainsi que l’aboutissement d’un projet censé être “le sommet absolu de toutes les innovations technologiques, matérielles et techniques disponibles dans le domaine de l’art et de la science de l’audio à cette époque”.

L’Everest fut conçue par Bruce Scrogin, alors président de JBL International. Après la fin de la production du modèle JBL Paragon en 1983, le manager s’était rendu compte qu’il restait de la demande pour une enceinte de prestige. Cette demande provenait presque exclusivement du Japon où résident les plus exigeants (et fortunés) des audiophiles. Il fut donc décidé de donner une suite à la Paragon qui ciblait déjà ce marché. Le développement du projet fut entrepris par Bruce Srogin qui pris sa tête, Greg Timbers s’occupa de l’ingénierie et Dan Ashcraft du design industriel. Pour fournir des informations sur les exigences uniques du marché japonais, Keizo Yamanaka, un critique audio japonais réputé, fut embauché comme consultant par JBL dans les domaines acoustiques et cosmétiques.

Le projet :

La conception de l’Everest subit une évolution assez poussée avant d’arriver à sa configuration finale. A l’origine, le concept était de développer une “super L300” avec un caractère sonore similaire. Le système serait conçu autour d’un nouveau concept acoustique appelé «Directivité définie» (le DD dans DD55000). Ce concept mis au point par Don Keele pour la 4660, permettait à une personne marchant sur une ligne horizontale entre les haut-parleurs d’être exposée à un niveau sonore constant.

Le premier prototype qui fut développé en 1984 avait une configuration à quatre voies. De nombreux problèmes existaient dans ce prototype liés à l’intégration des quatre transducteurs. Il fut décidé de simplifier la conception du modèle pour aboutir à ce qui serait fondamentalement un modèle à deux voies. Un super tweeter serait ajouté plus tard pour fournir une extension dans les octaves les plus élevés. Par conséquent, la configuration finale se transforma en un système à trois voies.

Les Haut-Parleurs : 

Le haut-parleur de grave sélectionné pour l’Everest fut le transducteur professionnel E145 (150-4H en version grand public). Il fut choisi parce que c’était à l’époque, le haut-parleur de basse le plus “rapide” de l’inventaire de JBL. Bien qu’initialement conçu comme un haut-parleur pour guitare de basse, il est remarquablement plat bien que doté d’une topologie de bobine mobile suspendue qui maintient l’action du piston sur toute sa plage grâce à un cône profond et droit. Le moteur magnétique est surdimensionné par rapport aux autres haut-parleurs JBL de 15 pouces, et il en résulte une réponse des graves très efficace de 100 dB/1w/1m.

Normalement, la réponse dans les basses du E145 est considérée comme étant quelque peu limitée, mais étant donné que ce dernier chargeait un caisson suffisamment volumineux, il pouvait fournir de vraies basses profondes. C’était la raison du volume impressionnant de cette enceinte. La section basse a été conçue pour un volume interne de 2,4 mètres cubes. Initialement, il était prévu que le volume derrière le pavillon médium puisse être utilisé dans le cadre du caisson de grave. Cependant, la trompe en fibre de verre n’était pas suffisamment rigide pour empêcher les résonances de la contre-pression. En fin de compte, cette partie de l’enceinte fut cloisonnée ce qui augmenta l’encombrement de l’Everest (Poids en kg : 145, H.L.P. en cm : 141x92x51).

L’Everest utilise une compression de 1 pouce (la 2425H) fixée au pavillon asymétrique (modèle 2346) pour les médiums-aigus. Un haut-parleur d’un pouce a été choisi, le pavillon d’origine équipant aussi le modèle 4660 ayant été conçu pour cet haut-parleur. Une compression de deux pouces aurait pu fournir une meilleure réponse, mais la gorge plus grande aurait présenté des problèmes de contrôle du modèle. Un tweeter 2405 fut ajouté pour une meilleure réponse dans le spectre extrême de la haute fréquence.

Une écoute sur mesure pour les japonais : 

L’ensemble du système avait une empreinte sonore spécifique visant à séduire le marché japonais, c’est à dire, une réponse dans les graves légèrement atténuée dans l’octave la plus basse alors que normalement, on s’attend à ce que, sur des réalisations très haut de gamme, les basses restent linéaires (la pente est bien visible sur la brochure technique ci-dessous). Ce n’est pas censé être une caractéristique euphonique, mais plutôt convenir à l’ergonomie des salles d’écoute japonaises typiques. Leurs plus petites pièces, par rapport à l’Amérique du Nord, ont tendance à favoriser les graves. Donc, gare aux mauvaises surprises si l’enceinte est mal placée dans une trop grande pièce, impliquant une possible sensation d’anémie dans l’extrême grave…

Une réussite primée :

Dan Ashcraft de Ashcraft Designs, avec la contribution de Bruce Scrogin et Keizo Yamanaka, donna une magnifique cosmétique à l’Everest qui est particulièrement réussie. Cette première commande de JBL fut une épreuve par le feu qu’il réussit admirablement. C’était une conception très compliquée car l’objectif était de rendre ce système massif visuellement moins imposant. L’utilisation inventive de faces inclinées a volontairement masqué la profondeur de ce système. Le woofer a été légèrement incliné pour “tricher” sur la directivité des basses fréquences et le super tweeter a été délibérément orienté pour viser la position d’écoute centrale en raison de sa directivité.

L’Everest eût un succès immédiat. Le magazine japonais Stereo Sound lui donna le titre prestigieux de “Produit de l’année” en 1985. Il n’y a pas eu de cycle de production prédéterminé, mais on pense qu’environ 500 paires ont été produites régulièrement jusqu’à l’introduction de la JBL K2 en 1989. Cependant, il resta encore possible de commander l’Everest jusqu’en 1991. L’enceinte fut vendue essentiellement au Japon, marché pour lequel elle était destinée, mais un nombre honorable de modèles furent écoulés aux USA et en Europe, notamment en France.

Prix du modèle neuf en 1986 (l’unité) : 4995 $

Prix d’occasion : entre 7000 € et 10.000 € la paire.

Les Cités Utopiques (Auroville, Slab City, Bombay Beach)

Rares sont les villes qui ont été bâties en privilégiant avant tout le bien-être humain. Au moyen-âge, les architectes et les maîtres d’œuvres se préoccupaient avant tout de la sécurité en lovant les habitations à l’intérieur de remparts les protégeant des envahisseurs, telle la fameuse cité de Carcassonne qui sera restaurée bien plus tard, sous le second empire, par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc. Sous Napoléon III, Paris aussi se refit une beauté grâce à Georges Eugène Haussmann qui construisit d’élégants bâtiments équipés du confort moderne (destinés cependant aux gens aisés) bordant de longues et larges avenues qu’il perça dans les insalubres bâtisses rescapées du moyen-âge.

Au milieu du XXième siècle arrivèrent les grands ensembles marqués par un urbanisme de barres et de tours inspiré des préceptes de l’architecture moderne permettant certes un large accès au confort moderne pour les gens modestes mais mal conçus car loin des commerces, loin des transports, exempts d’insonorisation ou de vie de quartier, propices à la ghettoïsation.

Le fait de mettre le monde dans l’homme et non le contraire demande à l’architecte moderne de devenir philosophe et ce n’est pas facile, même de nos jours. Certains s’y sont essayés avec plus ou moins de succès dans les années 60 notamment en France. Jean Balladur, bâtisseurs des célèbres immeubles pyramidaux de la station balnéaire de La Grande Motte disait : «L’architecture, on le voit, joue à La Grande Motte son rôle naturel d’organisation et de protection pratique de la vie de ses habitants, tout en leur apportant le système enrichissant des formes contemporaines du béton, associées à une symbolique qui parle à leur âme autant qu’à leur cœur».

Cependant, pour Auroville, les instigateurs de la plus extrême des visions de la cité du futur ne sont pas des architectes mais des philosophes spiritualistes, certes épaulés par l’architecte Roger Anger.

Auroville (La Cité du New Age) :

Architecture avant-gardiste – Auroville – Inde

“Les villes aussi se croient l’œuvre de l’esprit ou du hasard, mais ni l’un ni l’autre ne suffisent pour faire tenir debout leurs murs. Tu ne jouis pas d’une ville à cause de ses sept ou soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu’elle apporte à l’une de tes questions.” répond Marco Polo à Kublai Khan dans son dialogue imaginé par Italo Calvino. Cet extrait du roman “Les Villes Invisibles”, résume à lui seul la raison d’être d’Auroville, cette ville expérimentale située à une dizaine de kilomètres au nord de Pondichéry dans l’État du Tamil Nadu en Inde et qui a pour vocation d’être, selon les termes de sa conceptrice, «le lieu d’une vie communautaire universelle, où hommes et femmes de tous pays apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de tous les crédos, orientations politiques et nationalités».

Dès 1965, Roger Anger (qui fut aussi l’architecte des trois tours de l’île verte à Grenoble) conçut le plan d’Auroville qu’il nomma la « Galaxie », où quatre zones, constituées de grands bâtiments futuristes, s’enroulent autour du temple et de ses jardins en formant un cercle parfait. Auroville fut créée dans la pratique en 1968 par Mirra Alfassa (Mirra Richard), plus connue sous le nom de la Mère et compagne spirituelle du philosophe indien Sri Aurobindo, fondateur d’un ashram à Pondichery. « La Mère » est décédée en 1973. Un demi-siècle plus tard, si des bâtiments administratifs et des habitations sont sortis de terre, ils sont pour la plupart de taille modeste. Pour les voyageurs de passage à Auroville, la plupart des constructions sont presque invisibles, cachées par une végétation touffue plantée par les Aurovilliens.

La cité compte aujourd’hui 80 installations et près de 2400 personnes, venues de 49 nations et engagées dans des activités diverses comme le reboisement, l’agriculture organique, les services médicaux, le développement du village, etc… À présent, le tout est géré par la fondation Auroville. Au centre d’Auroville, se trouve la zone de la Paix, laquelle abrite le Matrimandir et ses jardins, l’amphithéâtre contenant l’Urne de l’Humanité (dans laquelle se trouve mélangée un peu de terre de 124 pays différents) et un lac censé créer une ambiance de calme et réapprovisionner la nappe phréatique. Le Matrimandir est un dôme culminant à 29 mètres recouvert de 1415 disques dorés qui abrite une salle de méditation futuriste en marbre blanc, éclairée par un globe en cristal massif de 70 cm pesant environ une tonne qui fut coulé en 1987 chez chez Chotts à Mayence et livré une fois poli à Auroville par l’entreprise allemande Zeiss en 1991 pour une somme de 230.000 Marks.

Quatre zones s’ordonnent autour de cette zone centrale :

La zone culturelle située à l’est de la zone centrale qui est vouée aux activités éducatives, artistiques, culturelles et sportives. Les activités culturelles incluent des programmes de théâtre, de musique de danse. L’institut international Sri Aurobindo de recherche éducative coordonne le système entier de l’éducation à Auroville. En plus d’héberger un festival de cinéma qui se déroule deux fois par an, les Auroviliens et les visiteurs ont, durant toute l’année, un accès gratuit à une multitude d’activités et de représentations culturelles : cinéma, théâtre, musique, danse, chorale, lectures de poésie, expositions, présentations PowerPoint, conférences, etc… L’énergie créative qui caractérise Auroville est aussi fondatrice du climat encourageant diverses formes d’expression esthétique, notamment les festivals artistiques d’Auroville et les expositions qui sont aussi largement accueillies en Inde.

La zone internationale située à l’ouest de la zone de la Paix, destinée à accueillir des pavillons nationaux et culturels, regroupés par continents. Elle ressemble à un campus cosmopolite, un lieu de rencontre pour des compatriotes.

La zone industrielle située au nord de la zone de la Paix, qui sert à abriter les industries vertes, les centres de formation, l’artisanat, et les services administratifs de la ville. Cette section gère des unités de production pour Auroville, qui aspire à être une ville financièrement indépendante. Elle sponsorise plusieurs industries, telles des unités de traitement alimentaire et des entreprises d’embouteillage, de boulangerie, de fabrication de saumure, de vêtements, d’assemblage de composants électroniques, etc…

La zone résidentielle au sud de la zone de la Paix qui est réservée à l’habitat sur 45 % de sa superficie et à la verdure sur 55 %. Elle inclut des structures qui vont des huttes à des maisons individuelles et des appartements. Tous les biens immobiliers (terrains, maisons, puits) sont la propriété de la fondation Auroville, la propriété privée étant interdite. Pour devenir l’occupant d’une maison existante, il faut faire don à la fondation du montant équivalent à la valeur de la maison et il en est de même pour bâtir une maison.

Autour de ces quatre zones périphériques s’étend une ceinture verte de 1,25 km de rayon, regroupant fermes biologiques, laiteries, vergers, forêt, habitat protégé pour la faune. Elle est censée fournir bois de construction, nourriture, remèdes, et servir de lieu de détente et de poumon vert.

La Cuisine Solaire est la plus importante cuisine collective de la communauté d’Auroville. Elle a été terminée en décembre 1997. Depuis lors, elle sert les déjeuners dans un grand réfectoire et elle envoie également des repas à différents endroits, écoles et particuliers. Elle tire son nom du grand concentrateur solaire sur le toit, qui fournit une partie de la vapeur de cuisson chaque jour ensoleillé de l’année. L’autre partie de la vapeur nécessaire est fournie par une chaudière au diesel.

Les résidents d’Auroville ont créé quelques infrastructures de base (routes, eau, électricité, télécommunications, y compris un réseau de communication électronique). Plusieurs endroits offrent le Wifi gratuit à Auroville, de même qu’une dizaine maisons d’hôtes.

Certains ont perdus leurs illusions sur l’utopie originelle d’Auroville. La communauté devait fonctionner sans argent, mais elle a dû se résoudre à en introduire pour des raisons pratiques, les habitants s’autofinançant pour la plupart par un métier (l’hébergement des invités, la fabrication d’encens, de produits bio, bougies, poteries, bijoux, vêtements, que l’on peut acheter dans les boutiques d’Auroville et de Pondichéry, mais aussi au-delà des frontières de l’Inde. Un tiers des bénéfices revient à la communauté), une rente ou une pension. L’intégration des populations tamoules présentes sur le site n’est pas non plus un modèle de réussite sociale sachant qu’ils sont payés au tarif de base local (c’est à dire 80€ par mois environ…). Cependant la critique est aisée mais l’art difficile et l’on ne peut nier qu’Auroville est le seul projet d’urbanisme alternatif cohérent qui ait vu le jour et soit resté viable depuis la fin des années 60.

Voir sur YouTube : Auroville, “la ville dont la Terre a besoin” par Guillaume Estivie

Slab City (La Cité du squat) :

Installation de Salvation Mountain – Slab City – Californie

Si Auroville est une vraie cité conçue par un architecte urbaniste investi dans une démarche philosophique, Slab city est plutôt un campement permanent situé en plein désert près de Salton Sea, dans le sud-est de la Californie, servant de port d’attache à des marginaux qui cherchent un dernier espace de liberté et de gratuité dans un pays ultra-libéral ou bien, le temps de la saison d’hiver, à des snowbirds (boomers en mal d’aventure désertant le froid du nord au volant de leur camping-car de luxe).

L’histoire du lieu : Avant l’entrée officielle des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, le Corps des Marines des États-Unis prit la décision d’implanter un terrain d’entraînement pour les unités d’artillerie antiaérienne dans une zone accessible aux avions décollant des porte-avions près de San Diego. Pour créer la base d’entraînement, 255 ha furent adjugés à l’armée. Le gouvernement nomma la base en hommage au brigadier général du Corps des Marines Robert Henry Dunlap. Une fois la construction du camp Dunlap terminée, il fut mis en service le 15 octobre 1942. Le camp disposait de bâtiments, d’eau, de routes et de collectes d’eaux usées pleinement fonctionnels. La base a été utilisée pendant trois ans pendant la guerre. En 1949, les opérations militaires au Camp Dunlap furent considérablement réduites, mais une équipe limitée resta sur place jusqu’à ce que la base soit démantelée. En 1956, la tâche de démolition s’acheva, mais les dalles bétonnées furent laissées intactes.

La zone qui est maintenant connue sous le nom de Slab City (Slab signifie dalle en Anglais) était jadis le lieu d’entraînement d’artillerie pour le camp. Il a d’abord été squatté par quelques vétérans qui y avaient travaillé, suivis plus tard par des marginaux vivant de l’aide sociale et enfin par des camping-caristes à la recherche d’emplacements de camping gratuits à l’extérieur de Palm Springs. Les résidents actuels se désignent eux-mêmes comme des Slabbies tandis que les touristes sont appelés Normies.

La popularité de Slab City a augmenté après la publication d’un article dans Trailer Life et RV Magazine vers 1984 et par la suite en 2007, par Sean Penn qui dans un passage du film “Into The Wild”, fait évoluer son héros dans la cité notamment lors d’une visite de Salvation Montain. Le site ne comporte aucune règle et il n’y a pas de taxe pour le parking. Il n’y a pas d’électricité, pas d’eau courante, pas de toilettes et autres services publics de la sorte. De nombreux campeurs utilisent des centrales ou des panneaux solaires pour produire de l’électricité. L’alimentation peut être trouvée dans la petite ville proche de Niland à cinq kilomètres au Sud-Ouest et où les enfants des résidents vont à l’école.

Réalisations artistiques et scéniques :

Salvation Mountain : Située directement à l’Est de l’autoroute 111, l’entrée de Slab City est facilement reconnaissable grâce à l’installation artistique de Salvation Mountain, une petite colline d’une quinzaine de mètres couverte de peintures et de versets de la Bible, un projet du résident Leonard Knight, décédé le 10 février 2014 à l’âge de 82 ans. Une nécrologie de Knight a déclaré qu’il “a passé près de 30 ans à construire la montagne colorée. Construite en adobe (brique mêlée de paille) et en béton couverts de peinture au latex, Knight travaillait sur la montagne toute la journée, tous les jours. Il dormait au pied de la montagne à l’arrière d’un camionnette, sans électricité ni eau courante “.  En 2002, la Montagne du Salut a été nommée trésor national d’art par le Congrès.

East Jesus : est une installation artistique expérimentale, durable et habitable située dans Slab City. Il n’y a pas de connotation religieuse dans le nom de Est Jésus (c’est plutôt un langage familier pour une œuvre au milieu de nulle part et en apparence, totalement futile). L’installation hors réseau fonctionne sans services publics municipaux. Début 2007, Charlie Russell quitta son emploi dans l’industrie de la technologie, emballa toutes ses affaires dans un conteneur qu’il expédia à Slab City, dans un coin jonché de déchets, où il a commença à entourer ses deux voitures de sculptures. Russell, souvent appelé Container Charlie, a nommé ce site East Jesus. Il est décédé en mai 2011 et son œuvre est protégée par l’association de Frank Redford qui gère les expos des artistes itinérant qui s’y posent ainsi que les visites gratuites. Au fil des années, East Jesus est devenu un lieu unique où les artistes peuvent s’exprimer de manières non conventionnelles, voire radicales. C’est un endroit pour vivre et travailler loin des traditionnelles galeries, des musées et du monde de l’art contemporain institutionnalisé. L’art ici ne nécessite pas l’approbation d’un critique, et n’est pas non plus fait avec l’intention d’être vendu.

The Range : est une discothèque en plein air avec scène, lumières, amplificateurs et haut-parleurs, équipée de canapés en lambeaux et de vieilles chaises pour s’asseoir. Tous les samedis soirs, vers le crépuscule, les habitants et les visiteurs se rencontrent pour un spectacle mettant en vedette des musiciens résidents permanents et toute autre personne souhaitant monter sur scène et se produire. Le lieu est géré par William Ammon, ancien résident, connu sous le nom de “Builder Bill”.

Un article du magazine Smithsonian en octobre 2018 qualifiait la communauté de “paradis des squatteurs” que les habitants considèrent comme “l’un des derniers endroits libres d’Amérique”. L’article disait à propos de la population: «Il y a clairement des gens là-bas qui ne veulent pas être trouvés, ils veulent disparaitre du système, et le désert offre ce genre d’opportunité.»

Voir sur YouTube : Les campeurs sauvages de slab city par Corentin Mullender et Into the Wild-Salvation Mountain Scene par gse3

Bombay Beach (La Cité post-apocalyptique) :

Installation d’avion – Bombay Beach – Californie

Dans les années 1940 et 1950, avant d’être détruite par la mer de Salton, Bombay Beach était censée être un terrain de jeu pour les riches vacanciers. Elle fut conçue pour être la version californienne de la Côte d’Azur, et des célébrités telles que Frank Sinatra, les Beach Boys et Bing Crosby l’aurait fréquenté pour y pratiquer la navigation de plaisance, le ski nautique et la pêche. La région attirait un demi-million de touristes annuellement, rivalisant avec le parc national de Yosemite.

Mais une série d’inondations causées par les tempêtes tropicales des années 1970 engendra un ruissellement d’eau chargée des pesticides traitant les cultures environnantes qui s’accumulèrent dans ce lac fermé soumis à une forte évaporation pendant l’été. La pollution et l’augmentation de salinité entraînèrent d’importantes morts d’oiseaux et de poissons. De nombreux résidents autour de la mer de Salton, y compris ceux de Bombay Beach, déménagèrent en raison de l’odeur du poisson en décomposition et de la peur des problèmes de santé liés à la pollution et des inondations répétées.

Ceux qui restèrent étaient soit trop pauvres pour déménager, soit trop attachés à l’histoire de la région pour partir. En septembre 2019, un rapport de l’Institut du Pacifique signalait que dix ans plus tôt, “il y avait quelque 100 millions de poissons dans la mer. Aujourd’hui, plus de 97 pour cent de ces poissons ont disparu.”

La zone ne s’est jamais remise. Les quelques résidents restants vivent aujourd’hui dans des caravanes, où ils se cachent du soleil brûlant. La plupart des quelques habitants utilisent des voiturettes de golf pour se déplacer, car la station-service la plus proche se trouve à 32 km à Niland. Il n’y a que deux magasins dans la ville, dont l’un est un dépanneur, et l’hôpital le plus proche est à plus de 45 minutes à Brawley. Le bar et restaurant Ski Inn est le seul établissement de restauration et de boisson de la ville. Le “Bombay Beach Drive-In” est une installation artistique composée de vieilles voitures abandonnées dans un cinéma drive-in. Un visiteur en 2019 a écrit qu’il y avait de nombreuses «maisons et roulottes depuis longtemps abandonnées» et que de nombreux bâtiments étaient «des façades sans fenêtre recouvertes de graffitis, entourées de meubles cassés et de gravats».

Le statut de «ville fantôme habitée» de Bombay Beach a attiré de nombreux photographes, cinéastes, explorateurs urbains et touristes, au point que les habitants ont tendance à demander aux visiteurs s’ils sont des cinéastes qui sont là pour tourner un documentaire.  La communauté organise la Biennale de Bombay Beach chaque printemps depuis 2016, invitant “des artistes, des universitaires, des écrivains et des cinéastes à créer des œuvres, à donner des conférences et à mettre en scène des événements”.

Voir sur YouTube : Bombay Beach CA Rediscovered par DesertUSA

Les Écodomes SuperAdobe : l’écocité du futur?

Bonita Domes – Josua Tree – Californie

Inventé par l’architecte iranien Nader Khalili, l’écodome en Superadobe est une construction durable rapide à édifier pour un prix modique, adaptable à tous pays quelques soit les climats. On peut l’auto-construire en petit groupe de 6 à 10 personnes après avoir suivi une rapide formation pratique ; la construction d’une structure de 100 m2 prend 2 à 3 mois, puis à cela il faut ajouter une à deux semaines de délai pour la première couche d’enduit et le second œuvre (plomberie, électricité, pose des portes et fenêtres,…), et encore une à deux semaines pour les 2ème et 3ème couches d’enduit à plusieurs mois d’intervalle. L’écodome est relativement isotherme, il résiste aux ouragans, aux séismes, aux inondations et aux incendies et il s’inscrit dans une démarche respectueuse de l’environnement.

La Technique : Les écodomes sont constitués de sacs empilés remplis de gravats et de terre locale. Les sacs sont maintenus par des fils de fer barbelés. La terre sèche avec le temps. Il suffit de recouvrir le tout pour protéger les sacs des rayons ultra-violets. Un écodome ne coûte que 10.000 dollars. La technique Superadobe de construction rapide pour les maisons (et des bâtiments publics) est un formidable espoir pour les zones dévastées mais il peut être utilisé également comme résidence familiale.

Le concepteur de l’écodome superadobe : Nader Khalili, reçoit sa formation en philosophie et en architecture en Iran, en Turquie et aux États-Unis. En 1970, il obtient une licence de l’État de Californie et exerce la profession d’architecte aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Khalili s’est fait connaître par l’application du système Geltaftan Earth-and-Fire, connu sous le nom de “Ceramic Houses”, et par la technique de construction Earthbag appelée “SuperAdobe”. Ses conceptions s’inspirent fortement de celles des maisons arides traditionnelles en Iran, son pays natal. En 1984, il développe son système Super Adobe, en réponse à un appel de la NASA pour la conception d’établissements humains sur la Lune et sur Mars. Le projet garde un caractère totalement théorique jusqu’à la Guerre Iran-Irak, au cours de laquelle des réfugiés sont envoyés en Iran. C’est alors que Khalili s’associe au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et met ses recherches au service des abris d’urgence.

En 1991, il fonde à Hesperia le California Institute of Earth Art and Architecture (Cal-Earth) où il enseigne sa technique de construction Super Adobe. Une promenade autour du campus est une promenade à travers l’évolution historique de la technologie de construction SuperAdobe. Les conceptions de bâtiments vont d’un petit abri d’urgence pour une personne qui peut être construit en une journée afin de créer un village d’hébergement temporaire, à une maison tout confort équipée de 3 chambres et d’un garage pour 2 voitures, tous construits selon les mêmes principes. Alors que certaines des structures sur place sont entièrement finies, d’autres font partie du processus de recherche et développement en cours. Les successeurs de Nader Khalili (décédé en 2008 à l’âge de 72 ans) étudient la performance de la structure en réponse aux conditions climatiques et aux événements sismiques. Ces structures sont des ébauches, mais sont extrêmement informatives. La leçon première que les étudiants apprennent à Hespéria est que la force de la géométrie de la voûte reste inégalée à ce jour!

On peut se demander pourquoi une structure possédant de telles qualités ne s’est pas plus répandue, surtout à notre époque où le développement durable s’érige en nouvelle religion. D’ailleurs les gens intéressés par l’écodome dans le but d’en faire leur résidence principale se rendent vite compte qu’il n’est pas très populaire auprès des services d’urbanisme de notre pays en raison des normes d’isolation et d’esthétique en vigueur (pour respecter la norme RT 2012, et la nouvelle RE 2020, il faut ajouter une fibre isolante dans les enduits ; certains PLU exigent des des toits inclinés à 45 degrés, etc…). Mais en y réfléchissant bien, on subodore une autre explication à ce manque d’intérêt : Une maison individuelle en superadobe peut être construite à moindre coût (45.000 euros environ terrain compris…). On peut penser qu’un tel projet, s’il se généralisait au bénéfice des plus modestes, ne serait pas du goût de l’état qui rentrerait beaucoup moins de taxes. Pensons aussi aux entreprises du bâtiments qui se retrouveraient amputées d’une grosse partie de leurs revenus. Avec la forte diminution du montant du crédit immobilier et de sa durée de remboursement (pour ceux qui ne s’autofinanceraient pas), les banquiers pleureraient sur leurs pertes. Bref, ces belles maisons économiques en superadobe ont un défaut majeur pour notre système économique ultralibéral : elles permettent de faire de belles économies à ceux qui les construisent, mais peu de bénéfices à ceux qui voudraient les vendre et en faire un business…

François

Voir sur YouTube :  Sustainable Architecture: Hesperia’s Superadobes par KCETSoCalConnected

Photo entête d’article : Le Matrimandir – Auroville – Inde