Au début des années 90, 2 CV et 4 L tirent leur révérence

Le 27 juillet 1990, la production de la Citroën 2 CV prend officiellement fin. La dernière “Deudeuche” est une Charleston qui sort de l’usine de Mangualde située à environ 80 km au sud est de Porto. L’arrêt de cette chaîne de montage suit de peu celle de l’usine française de Levallois-Perret qui, devenue trop vétuste avait cessé son activité le 29 février 1988. C’est la fin de deux voitures cultes françaises puisque en décembre 1992, c’est au tour de la Régie de livrer son dernier exemplaire de R4.

La “Deudeuche” (1948-90) : 

Lorsque Michelin prend le contrôle de Citroën en 1935, l’idée d’une petite voiture vraiment populaire est dans l’air chez tous les constructeurs. Les problèmes de la traction ayant été résolus, le directeur de Citroën, Pierre Boulanger, définit un cahier des charges draconien :  quatre places, 50 kg de bagages, 50 km/h et 5 litres aux 100 km. Il spécifie que l’entretient devra être réduit au minimum et à la portée du client. Les suspensions devront être douces et à grand débattement pour passer dans tous les chemins ruraux. L’équipe qui a conçu la traction se remet au travail après une étude de marché méthodique. Prête pour le Salon de 1939 qui n’aura pas lieu, la 2 CV n’apparaitra officiellement qu’après la seconde guerre mondiale.

Très controversée au départ, la 2 CV impose ses qualités sans concurrence jusqu’en 1961, année où apparait la Renault 4. Au salon de Paris de 1960, la 2CV prend des couleurs plus gaies et reçoit un moteur de 12 ch sous un nouveau capot à ouïes latérales. Signe des temps, le moteur original de 375 cm3 est abandonné pour un 425 cm3 et un embrayage centrifuge est offert en option. Bien pratique en ville, la 2 CV n’est plus une voiture de campagnard.

Début 1970, toute la gamme des 2 CV est modifiée et se divise désormais en deux modèles : la 2 CV 4 équipée d’un 435 cm3 de 24 ch (à 6 750 tr/min) n’ayant plus grand-chose à voir avec le 425 cm3 d’antan et la 2 CV 6 équipée d’un 602 cm3 de 29 ch proche de celui des Ami 6, avec plus de couple que le moteur de la 2 CV 4. Ces deux modèles conservent l’appellation 2 CV, bien que la 2 CV 6 ait en fait une puissance fiscale de 3 CV. De nouvelles teintes de carrosserie apparaissent : rouge, vert, jaune, bleu, couleurs plus vives dans l’esprit des années 1970.

En 1975, arrive en plus la 2 CV Spécial, version dépouillée (elle reprend le tableau de bord ancien modèle) de la 2 CV 4, qui perd la 3e glace latérale. Elle sera la seule à conserver des optiques rondes, les 2 CV 4 et 2 CV 6 ayant opté pour des optiques rectangulaires.

Au début des années 1980, la 2CV est boudée dans de nombreux pays à cause de réglementations de plus en plus strictes en matière de sécurité, de résistance et pollution. Citroën connaîtra pourtant un dernier succès avec la 2 CV 6 : la Charleston, qui est une série limitée produite à partir d’octobre 1980 à 8 000 exemplaires en noir et rouge Delage (avec cuvelage des phares en rouge Delage). Citroën la produira ensuite en série (mais le cuvelage des phares deviendra chromé).

En tout,  5.114.961 exemplaires auront été produits.

Caractéristiques Techniques : Voir brochure ci-dessous.

Prix du modèle neuf en 1970 : 2 CV6 : 6.892 F soit 8.000 € avec 661% d’inflation sur la période.

Cote actuelle : à partir de 3.000 €.

La “4 L” (1961-92) :

La 2 CV poursuivait allègrement sa carrière en ce début des sixties. Renault s’était penché à son tour sur ce segment prometteur, en lançant la 4 CV en 1947 (1.250.000 exemplaires construits) puis la Dauphine en 1956 (sortie à 2.150.000 exemplaires), mais sans arriver à renouveler le succès phénoménal de la “Deudeuche”. En 1961, la production de la 4 CV venait d’être stoppée et la Dauphine était en fin de carrière. La relève était prête. La nouvelle arme de popularisation de l’automobile de la régie s’appelait Reanult 4, même si c’est l’appellation 4 L (pour Luxe) qui s’imposera.

Dans l’histoire de la marque, ce modèle est une révolution, puisque c’est sa première traction, le principe ayant été validé sur l’Estafette. Elle adopte aussi le premier circuit fermé de refroidissement avec un vase d’expansion, ce qui supprime la fastidieuse  vérification du niveau d’eau. D’emblée, la 4L se présente sous un aspect mois frêle et moins simpliste que la 2 CV. Sa forme de mini-break est plus rassurante et offre plus de volume que la vieille Citroën. La 4 L joue la carte de la vraie voiture. Ce sera son principal atout dans la lutte contre la marque aux chevrons. Bien sûr ce n’est pas le grand luxe. La 4L n’a que trois vitesses dont la première n’était même pas synchronisée, et les deux autres rapports mal étagés. Son volant était trop fin et trop vertical. Un simple levier de vitesse à boule noire au tableau de bord, des sièges avec une armature en tubes apparente, de la tôle peinte à tous les étages et des vitres coulissantes à l’avant et fixes à l’arrière. la banquette arrière ne se replie pas, mais s’extrait facilement et le toit en toile s’ouvre. Son moteur, celui de la 4 CV, lui permet d’atteindre 104 km/h en pointe. La tenue de route est globalement satisfaisante, malgré un roulis important.

Durant sa longue carrière, la R4 ne change pas fondamentalement, cependant, plusieurs améliorations sont apportées au fil des ans. Sur les modèles 1964, les pare-chocs à lames sont généralisés, remplaçant avantageusement le fragile modèle tubulaire ; l’aération des passagers arrière est revue grâce à des vitres coulissantes sur les portes arrière entraînant en contrepartie la suppression du pivotement des glaces de custode.

Les modèles 1967 reçoivent une nouvelle planche de bord avec un vide-poches intégré côté passager ainsi qu’une boîte de vitesses à quatre rapports. En 1968, une nouvelle calandre chromée élargie permet à la R4 d’aborder les années 1970 avec une nouvelle physionomie.

Sur le modèle 1975, une calandre en plastique noir remplace la calandre en aluminium montée jusqu’alors. Pour l’année-modèle 1977, la Renault 4 perd également ses petits clignotants ronds à l’avant, ainsi que les feux de position placés sur les ailes avant, au profit de clignotants rectangulaires intégrant les feux de position. Elle adopte une grille d’aération en plastique noir sous le pare-brise.

Sur le millésime 1983 une nouvelle planche de bord accueille un combiné plus grand bien plus lisible (issu de la Renault 5). À l’extérieur, la calandre en plastique gris est généralisée à toute la gamme (auparavant, elle était réservée au seul modèle GTL apparu en 1978). À cette occasion, la R4 perd également son plancher totalement plat.

Les moteurs utilisés sur la Renault 4 au fil des années évoluèrent de 603 cm3 pour une puissance de 23 ch et couple de 4,3 kg/m en 1962, jusqu’à 1.108 cm3 pour une puissance de 34 ch et couple de 7,5 kg/m sur la série la 4 GTL à partir du début 1978. En France, la R4 fut en tête des ventes de 1962 à 1965 (succédant à la Renault Dauphine), puis en 1967 et 1968. Elle est la deuxième voiture française la plus vendue avec 8.135.424 exemplaires derrière la Peugeot 206.

Caractéristiques Techniques : Voir brochure ci-dessous.

Prix du modèle neuf en 1970 : 7.110 F soit 8.253 € avec 661% d’inflation sur la période.

Cote actuelle : à partir de 1.500 €.

Disque – Jacques Higelin – Tombé du Ciel (1988)

Chanteur de style rive-gauche à ses débuts, comédien et acteur de cinéma quelque temps, Jacques Higelin (1940-2018) s’est lancé en 1974 dans le grand cirque Rock’n’rollien. En 1976, la reconnaissance nationale viendra enfin, ouvrant la porte à bien d’autres groupes de chanteurs français et fondant les bases du rock hexagonal, le faisant ainsi entrer dans l’histoire musicale. Comme le dit la biographie extraite de son site : “Higelin est autant chanteur que diseur, autant auteur que musicien, il n’a plus rien à prouver. Il fait se côtoyer des chansons classiques qui nous restent en tête dès la première écoute, et de longs textes épiques. Quiconque l’a déjà vu sur scène ne s’en étonnera pas : dans la ferveur des concerts, sans filet, il aime se promener dans des monologues drolatiques ou poétiques, tordant la langue, jouant avec les sens, entraînant le public dans des délires d’images et de mots. Mais comment, en studio, rendre l’ampleur de la folie scénique ?”

Ses albums de 1976 à 1988 :

Higelin se tourne résolument vers le rock avec l’album BBH 75 puis Irradié, auquel participe Louis Bertignac, futur guitariste de Téléphone. Avec l’album Alertez les bébés ! sorti en 1976, où alternent compositions rock et chansons, il reçoit le prix de l’académie Charles-Cros. Il devient alors, dans les années qui suivent, un des chanteurs rock les plus populaires de France, notamment grâce à des prestations scéniques où il donne beaucoup de sa personne, dans une débauche d’énergie communicative avec le public. No man’s land (avec “Pars”, premier tube en 1977), le double album Champagne et Caviar (initialement sorti en deux albums simples : Champagne pour tout le monde, et Caviar pour les autres…), et l’album en public Higelin à Mogador, font de lui l’égal de Bernard Lavilliers ou de Téléphone. En 1977, Higelin participe aussi au premier Printemps de Bourges, en compagnie de Charles Trenet.

Fin 1981, Jacques Higelin, s’installe au Cirque d’Hiver, il en extraira un 45 tours Informulé sorti en 1982. Dans la foulée du succès rencontré au Cirque d’Hiver, les Carpentier lui consacrent une émission Formule 1 en janvier 1982. Son talent d’improvisateur et son énergie poétique lui donnent une relation particulière avec les spectateurs. Musicalement, il se nourrit de plus en plus de rythmes africains (Nascimo ou plus tard Criez Priez). Il invite Youssou N’Dour et Mory Kanté à partager la scène de Bercy.

Higelin est également présent en 1984 aux premières Francofolies de La Rochelle, où il revient régulièrement pour des soirées musicales, vivement soutenu par l’animateur de France Inter Jean-Louis Foulquier.

Son album Tombé du ciel sort en décembre 1988. Le disque s’est vendu à 426.600 exemplaires et a été certifié double disque d’or en 1989 et disque de platine en 1991. Les musiques, paroles et arrangements sont de Jacques Higelin, sauf : “Ballade pour Roger” (paroles de J.Higelin, Marie Rivière et Roger Knobelspiess) et “La fuite dans les idées” (arrangements de William Sheller).

Cette année  1988, Higelin participe aussi à l’hommage rendu à Léo Ferré à La Rochelle, où il reprend Jolie môme. Dans les années 1990, toujours présent sur scène, son image disparaît progressivement des médias et, avec la crise du disque, il éprouve des difficultés à être produit. En 2003, toujours fidèle à Ferré, il participe à l’album hommage sorti pour les dix ans de sa disparition.

Fin 2006, Higelin sort l’album studio Amor doloroso. Le 21 juin 2007, à l’invitation du groupe Sweet Air, il se produit pour un concert à l’Élysée Montmartre. Pour la sortie de son album Coup de foudre le 22 février 2010, il bénéficie d’une large couverture médiatique : dans la presse (il est le rédacteur en chef du quotidien « Libération » du 18 février 2010), à la radio, à la télévision. La sortie de l’album est suivie d’une tournée, avec six dates à Paris, en mars, à La Cigale. Il retrouve la scène du Saint-Jean-d’Acre le 13 juillet aux Francofolies 2010. Le 18 octobre, il fête ses 70 ans au Zénith avec deux de ses enfants, Arthur H et Izïa.

Le 1er avril 2013, il publie Beau Repaire, nouvel album écrit et composé par ses soins, coréalisé par Mahut et Édith Fambuena, et sur lequel figure un duo avec la comédienne Sandrine Bonnaire.

Discographie : 

1969 : Higelin et Areski
1971 : Jacques Crabouif Higelin
1974 : BBH 75
1975 : Irradié
1976 : Alertez les bébés !
1978 : No Man’s Land
1979 : Champagne pour tout le monde…
1979 : … Caviar pour les autres
1980 : La Bande du Rex
1982 : Higelin ’82
1985 : Aï
1988 : Tombé du ciel
1991 : Illicite
1994 : Aux héros de la voltige
1998 : Paradis païen
2005 : Jacques Higelin chante Vian et Higelin
2006 : Amor Doloroso
2010 : Coup de foudre
2013 : Beau Repaire
2016 : Higelin 75

Voir sur YouTube : “Jacques Higelin en cinq chansons” par Le Monde ; “Jacques Higelin – Champagne (1980)” par Les archives de la RTS

Film – La Situation est Grave… Mais pas Désespérée ! (1976)

L’histoire :

En ce jour du réveillon de noël, dans leur superbe propriété, Sophie de Valrude (Maria Pacôme) et Bertrand Duvernois (Jean Lefebvre) attendent l’arrivée du secrétaire d’état à la culture Pierre Mazard (Michel Serrault). Bertrand, qui est promoteur immobilier, veut essayer d’obtenir une dérogation permettant la construction d’une tour de quarante étages à Paris. Cette rencontre devant se faire dans la plus grande discrétion, le ministre n’hésite pas à profiter de l’occasion pour venir au rendez-vous en compagnie de sa jeune secrétaire et maîtresse (Catherine Serre). Naturellement, tout va partir en vrille, et les précautions prises pour respecter l’incognito de l’homme politique vont se voir rapidement réduite à néant. Non seulement la voiture du ministre est accidentée, mais au moment de son arrivée, un dangereux criminel en fuite à la suite d’un hold-up choisit de se cacher dans le parc du château et provoque la mobilisation de la brigade anti-gang. L’inspecteur Landrin (Daniel Prévost) fait irruption dans la propriété et commence ses recherches.

La situation s’embrouille encore plus quand Philippe de Valrude (Gabriel Cattand), l’ancien mari de Sophie porté disparu en Amazonie, est de retour dans ses pénates suite à une longue amnésie. De même, rien ne s’arrange quand Florence (Colette Teissèdre), la très jalouse femme du ministre, survient sur les lieux. Enfin, pour couronner le tout, un homme mystérieux s’en vient mourir sous le divan du salon de Sophie. Devant le “fantôme” de son ancien patron Philippe de Valrude, qui soucieux de ne pas effrayer sa femme par son retour impromptu, se cache dans les placards, et un cadavre ambulant que chacun dissimule du mieux qu’il peut afin d’éviter un scandale, Annie, la bonne de Sophie (Cécile Vassort) passe son temps à s’évanouir, ce qui force Pierre Mazard à jouer les médecins, dans l’espoir de préserver son incognito compromis. L’inspecteur Landrin découvrira finalement le corps de son chef, le commissaire Lebreton (Gaston Meunier) qu’il a lui-même tué par méprise. La situation est vraiment grave… Mais la suite prouvera qu’elle n’est pas désespérée.

Le film : 

La Situation est Grave… Mais pas Désespérée !

Cette comédie hilarante réalisée par Jacques Besnard est menée tambour battant par un quatuor de talent : Jean Lefebvre, Michel Serrault, Maria Pacôme et Daniel Prévost. Le scénario est tiré d’une pièce de Pierre Germont et les dialogues sont de Jean Amadou. Les scènes ayant lieu dans la propriété ont été tournées au château de Nandy, en Seine-et-Marne, devant la porte et dans le parc du Château de Rueil à Seraincourt, dans le Val-d’Oise ainsi que dans la chapelle de ce château. Le film a fait 600.000 entrées en France.

Voir sur Dailymotion : “La situation est grave mais pas désespèrée” par Laurent Cleret

Film & Livre – Fantomas (1964-67)

Fantomas est connu pour son adaptation au cinéma réalisée par André Hunebelle, premier opus d’une trilogie mettant en scène le trio Jean Marais, Louis de Funès et Mylène Demongeot. Mais il faut savoir que ce personnage est très librement inspiré d’une saga de trente-deux titres écrits par Pierre Souvestre et Marcel Allain qui, un siècle plus tard, garde toute sa vitalité inventive et jubilatoire. Et le mystère engendré par ce criminel demeure l’un des plus fascinants qui soient, digne des figures les plus troublantes de la littérature contemporaine. Fantômas inspira aussi cinq adaptations cinématographiques réalisées par Louis Feuillade entre 1913 et 1914, ainsi qu’une mini-série franco-allemande en quatre épisodes de 90 minutes, créée par Bernard Revon, réalisée en 1979 par Claude Chabrol et Juan Luis Buñuel et diffusée en 1980 sur Antenne 2.

La saga en roman (1910-1911) :

Fantômas est un personnage de fiction français créé en 1910-1911 par Pierre Souvestre et Marcel Allain. La silhouette encagoulée du maître du crime devient une figure emblématique de la littérature populaire de la Belle Époque et du serial français à la suite de la diffusion des trente-deux romans des deux coauteurs (1911-1913) et des adaptations cinématographiques réalisées par Louis Feuillade (voir ci-dessous le film muet : “Fantomas – A l’ombre de la guillotine (1913)”. La saga connaît un succès public et suscite l’enthousiasme de grands écrivains et artistes.

Interrompue par la mort de Pierre Souvestre et le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la série est reprise par le seul Marcel Allain après-guerre. Fantômas demeure un des feuilletons les plus marquants de la littérature populaire en France, bien que le personnage-titre s’inscrive dans la tradition des génies du crime incarnés par Rocambole (et le mentor de ce dernier, Sir Williams), le colonel Bozzo-Corona (“parrain” de la société secrète criminelle des Habits noirs imaginée par Paul Féval), Zigomar (criminel masqué créé par Léon Sazie), Erik, le Fantôme de l’Opéran de Gaston Leroux et l’Arsène Lupin de Maurice Leblanc, moins terrifiant mais non dénué d’ombres. Pierre Souvestre et Marcel Allain qui écrivent des roman-feuilletons depuis 1909, cosignent entre 1911 et 1913 Fantômas, une série de trente-deux volumes à 65 centimes, l’éditeur Arthème Fayard leur imposant par contrat l’écriture d’un roman par mois.

Selon Marcel Allain, à cause du rythme de production exigé par Arthème Fayard, les volumes du roman ont été initialement dictés par lui et Pierre Souvestre à l’aide d’un dictaphone, puis saisis la nuit par des dactylos. Par ce procédé, Fantômas impose un style débridé (qui évoquera aux surréalistes l’écriture automatique) ainsi que des intrigues sombres et tortueuses construites autour des crimes de son (anti)héros à l’imagination sans limite, intrigues animées par des courses poursuites échevelées qui font appel à toutes les ressources de la technologie (automobile, train, paquebot – et même fusée dans les années 1960) et baignées dans une atmosphère poético-fantastique.

Fantômas ressuscite par ailleurs, pour les lecteurs contemporains, la société de la Belle Époque et notamment un Paris disparu, dans la lignée des feuilletonistes du XIXe siècle (Eugène Sue notamment), les apaches succédant aux mohicans d’Alexandre Dumas dans la jungle urbaine européenne. L’insaisissable bandit, l’«armée du crimen» dont il dispose ainsi que ses adversaires font également de brèves échappées en Afrique et en Amérique, jusque dans l’espace dans le dernier épisode rédigé par Marcel Allain seul. Pierre Souvestre et Marcel Allain collectionnent ainsi les faits divers qui émaillent la presse française mais aussi anglo-saxonne, participant à la psychose d’insécurité relayée par cette presse.

Le triomphe du bandit masqué fut immédiat : Blaise Cendrars écrit dans la revue d’Apollinaire Les Soirées de Paris : «Fantômas, c’est l’Énéide des temps modernes». Apollinaire, Max Jacob, Blaise Cendrars, Robert Desnos, Jean Cocteau et les surréalistes célébrèrent à l’envi le criminel en cagoule et collants noirs (l’uniforme de la plupart de ses mauvais coup nocturnes) ou masqué d’un loup noir, en frac et haut de forme, enjambant Paris en brandissant un couteau ensanglanté (la célèbre couverture de l’édition originale du premier volume, souvent reprise et elle-même inspirée par une publicité pour des pilules).

La Trilogie d’André Hunebelle (1964-1967) : 

Fantomas (1964)

Fantômas est davantage connu aujourd’hui dans l’imaginaire populaire par le biais des comédies d’aventures avec Louis de Funès et Jean Marais. Cependant, le masque bleu et les gadgets technologiques (dont la Citroën DS volante) du bandit, le Juve hystérique et maladroit et le Fandor ambigu (pour cause puisque le même acteur – Jean Marais – interprète à la fois le criminel et son irréductible ennemi, le journaliste Fandor) de cette trilogie cinématographique n’entretiennent aucun rapport avec la saga littéraire de Pierre Souvestre et Marcel Allain, le seul élément fidèle demeurant la propension au déguisement des personnages principaux.

Reprenant les personnages principaux (Fantômas, le journaliste Fandor, le commissaire Juve, Hélène et Lady Beltham) de l’œuvre, Hunebelle et Jean Halain son fils et scénariste proposent dans la trilogie un Fantômas d’un genre nouveau. On retrouve bien l’inquiétant criminel aux mille visages mais le climat macabre est escamoté au profit d’un mélange de fantaisie, d’humour et d’action. La formule du Fantômas selon Hunebelle comprend l’action (Jean Marais), le rire (Louis de Funès), le charme (Mylène Demongeot) et la menace (Raymond Pellegrin la voix inquiétante de Fantômas) le tout imprégné de références à la culture «pop» française des années 1960 et notamment les premiers James Bond au cinéma, la DS, le fourgon HY, la science-fiction, la Terrasse Martini sur les Champs-Élysées, la télévision, etc…

Même si plus de 50 ans séparent la parution du premier roman de cette adaptation, Marcel Allain, un des deux pères de Fantômas, a pu découvrir la trilogie. Dans la préface de Sur la piste de Fantômas, Mylène Demongeot écrit : «Je me souviens avoir rencontré Marcel Allain au moment où il achevait la lecture du scénario… Il n’était pas content du tout ! Mais, après le grand succès du film, il semble qu’il se soit résigné, et, finalement, il a été satisfait de voir son Fantômas revivre de cette façon-là.» Toutefois, certains aspects des films ont passablement irrité Allain, comme la cour que fait Fantômas à Hélène dans les deux premières aventures (dans les romans, Fantômas est le père d’Hélène) ou le frère que l’on donne à Hélène dans Fantômas se déchaîne.

Les acteurs : 

Le Juve incarné par Louis de Funès dans les trois films est loin du Juve de Souvestre et Allain. Dans les romans, le policier est un calculateur qui établit des plans extraordinaires et qui possède une étonnante puissance de déduction à la Sherlock Holmes. Le Juve de Hunebelle est très différent, râleur et gaffeur, et l’interprétation trépidante de de Funès, génial dans Fantômas contre Scotland Yard selon Jean Tulard dans son Dictionnaire du cinéma, entraîne la trilogie vers le comique. De plus, entre le premier et le dernier Fantômas, de Funès accumulant les succès avait changé de stature et Michel Wyn, le réalisateur de la seconde équipe sur Fantômas contre Scotland Yard confie : «Le rôle de Jean Marais était escamoté au profit des pitreries de de Funès, au fur et à mesure des films. Marais éprouvait une certaine amertume, il dépassait les cinquante ans et avait du mal à effectuer les cascades.»  Mylène Demongeot l’a déclaré à différentes reprises : « Le génie comique de Louis de Funès faisait de l’ombre à Jean Marais. De Funès ne pouvait pas faire autrement, Marais l’a mal pris. On le sent dans le troisième épisode. Après, la question des salaires a définitivement réglé le problème. »

Un 4e script, Fantômas à Moscou (dans lequel Fandor apprend qu’il est le véritable fils de Fantômas) était cependant dans les tiroirs pour parer à toute éventualité (cette information avait été lâchée par Jean Marais à France-Soir le soir de la première du film).

Voir sur YouTube : “Fantomas avec louis de funes – Le film” par imineo

Voir sur Vimeo : Film muet : “Fantomas – A l’ombre de la guillotine (1913)” par George Morbedadze

Youngtimer – Fiat 131 (1974-85)

Berline moyenne de la gamme Fiat lancée en octobre 1974, la 131 était bien classique avec son moteur avant et ses roues arrières motrices. Par rapport à la Fiat 124, l’empattement (qui devenait gênant par rapport aux concurrentes) fut allongé pour augmenter les dimensions de l’habitacle. Pour la première fois, un modèle automobile de la marque Fiat abandonnait son appellation purement numérique pour voir figurer le nom de l’usine dans laquelle elle est produite, l’usine géante de Mirafiori, dans la banlieue de Turin.

Trois versions :

1974-78 : les motorisations comprenaient un premier moteur de 1297 cm3 de 65 ch et un autre de 1585 cm3 de 75 ch, tous deux à simple arbre à cames latéral. La gamme était articulée autour de 2 niveaux de finition:

– La 131 Mirafiori – avec des phares rectangulaires et des flancs sans baguettes.

– La 131 Mirafiori Special, avec des doubles phares ronds, de fines baguettes latérales de protection, des jantes différentes dites “spéciales”, une finition intérieure très soignée avec un niveau d’équipements complet. La gamme comprenait dès l’origine 3 types de carrosserie : berline 2 portes, berline 4 portes et Familiale baptisée “Station Wagon” et un coupé pour l’Europe du nord.

1978-81 : En 1978, Fiat réalisa un rhabillage de la 131 qui donnera vie à la seconde série du modèle très apprécié sur les marchés, européens ou autres. La structure de la voiture ne sera pas touchée, seul l’avant avec de larges feux rectangulaires et une nouvelle calandre feront leur apparition en intégrant un capot moteur complètement lisse sans aucune nervure apparente. Les feux arrière seront agrandis et complètement intégrés dans la carrosserie. L’habitacle sera également entièrement revu en recevant un niveau de finition de la classe des 2 litres avec des sièges en velours, une épaisse moquette au sol et un tableau de bord complet.

La gamme s’est étoffée avec les versions 131 Mirafiori L et CL, avec de gros pare-chocs en inox et bande de caoutchouc, un équipement relativement complet, un peu plus riche que sur les précédentes versions de base avec de nouvelles motorisations à simple arbre à cames de 1301 cm3 pour mieux répondre aux taxations de certains pays, ou le 1585 cm3 ou encore les tous nouveaux diesels produits par la filiale Fiat-Sofim à Foggia de 1995 cm3 et 2445 cm3 développant 60 et 72 ch. Les versions 131 Supermirafiori intégraient des pare-chocs en matériaux de synthèse, des jantes en alliage représentant un trèfle à 4 feuilles (reprises par toute la gamme), des appuie-têtes aux places arrière, des finitions de luxe, et une boite 5 vitesses de série. Les motorisations étaient des 4 cylindres à double arbres à cames en tête de 1301 cm3 de 78 ch ou 1585 cm3 de 96 ch ou le nouveau diesel de 2445 cm3. La version diesel était parfaitement reconnaissable avec la bosse sur le capot et ses doubles phares ronds à l’avant.

C’est également avec cette seconde série que la version sportive Racing fait son apparition, équipée d’un moteur 1995 cm3 développant 115 ch. Une variante Course est aussi produite pour l’écurie Fiat Corse.

1981-85 : En 1981, Fiat lance la troisième série de la 131. Les seuls changements concernent les pare-chocs et les feux arrière, pour l’extérieur, mais tout l’habitacle est revu. La version SuperMirafiori reçoit des jantes en alliage avec une anneau poli et une large bande latérale de protection. Seule la finition Mirafiori CL sera maintenue, la L disparait du catalogue ainsi que les versions avec carrosserie 2 portes.

Les motorisations à simple arbre à cames latéral sont remplacées par de nouveaux moteurs à arbres à cames en tête de 1367 cm3 en configuration arbre simple à 70 ch, où double arbre de 75 ch (la puissance est abaissée pour des raisons fiscales sur certains marchés). Le 1600 développe maintenant 85 ch y compris la version avec boîte automatique à 3 vitesses, le deux arbres à cames en tête passe à 97 ch. Un nouveau moteur à deux arbres en tête fait son apparition sur la 131 SuperMirafiori 2000 TC de 1995 cm3, 113 ch, 180 km/h. Les versions Panorama sont proposées uniquement avec les motorisations : 1600 Mirafiori CL essence et 2500 Supermirafiori Diesel.

La 131 Abarth (1976-81) : En Italie, tout ce qui roule peut et doit courir. L’équipe officielle Fiat avait épuisé les ressources du Spider 124. La 131, revue par Arbarth pour 1976-79, hérita d’un brillant 2 litres à injection en version de série 140 ch à 6400 tr/mn. De ce modèle du commerce, Fiat développa une machine de rallye à partir de la coque deux portes rigide. Avec 11 de compression et autres améliorations, la deux litres donna jusqu’à 230 ch. La saison 1980 fut celle du titre mondial pour Fiat qui avait remporté le Monte-Carlo, le rallye du Portugal, le rallye d’Angleterre, les milles lacs, le San Remo et terminé deuxième en Nouvelle-Zélande et troisième en Suède.

Caractéristiques Techniques : voir brochure ci-dessous.

Prix du modèle neuf en 1982 : Mirafiori 1.6l : 41.000 F . Supermirafiori 2000 : 56.000 F soit 21.240 € en tenant compte des 149% d’inflation.

Cote actuelle : à partir de 2500 € pour une 1.6l ; 15.000 € pour une Racing ; 35.000 € pour une Abarth.